Chronique – reprise


DE LA NÉCESSAIRE ET BIENVENUE RÉCONCILIATION DES AUTEURS DE CETTE CHRONIQUE  

Je suis soulagé, l’armistice vient d’être déclaré entre les trois membres du triumvirat chargé de la rédaction de ces lignes.

Le réfrigérateur qui m’avait traduit en justice s’est désisté après une conversation longue, franche mais cordiale. Il est ressorti de celle-ci que le malentendu provenait de certains exemplaires d’un magazine datant de mon adolescence retrouvés fort récemment et dont l’hôte de ma cuisine considérait la présence comme révélatrice d’un malaise évident et d’une concurrence déloyale.

J’ai déposé lesdits exemplaires à la cave ce qui l’a immédiatement apaisé. Par ailleurs, je lui ai promis d’écrire incessamment à Xylophone – dont nous avons parlé récemment – pour lui proposer les services de mon réfrigérateur comme jardinier ce qui m’a paru un tant soit peu bizarre je dois l’admettre. Il y a certainement là un sens caché que je n’ai pas perçu immédiatement mais peut-être vous aurez davantage de succès à cet égard. Peu importe, la paix est au bout du tunnel et la perspective d’une interruption des chroniques bien en-deça de celui-ci.

L’extincteur est lui tout aussi placide et paisible qu’à l’accoutumé. Je n’ai absolument pas à m’en plaindre. Il s’agit d’un compagnon discret et à l’oreille attentive. Jamais un mot plus haut que l’autre et toujours disponible pour un conseil ou un soutien moral. Si vous deviez avoir envie de changer d’animal de compagnie n’hésitez pas un instant, optez pour un extincteur, ce n’est pas salissant, c’est fidèle, cela ne consomme pas grand-chose et il y a peu de risque qu’il vous échappe. Par ailleurs, c’est un être intéressant et pas le moins du monde colérique, contrairement aux réfrigérateurs dont j’ai parlé antérieurement qui sont des êtres passionnés mais ambivalents. En tout état de cause, notre coopération est fructueuse et si d’aventure des extraterrestres devaient envahir notre planète nous retrouver près d’un représentant de la puissance dominante pourrait s’avérer utile.

Je viens d’écrire ceci discrètement et sans ajout de mes colistiers, vous l’imaginez bien. Ceux-ci sont du reste en train de préparer les chroniques des jours à venir en cherchant et analysant les romans et essais se trouvant dans l’appartement. Mon ami réfrigérateur recherche m’a-t-il dit des renseignements sur la culture des fraises en antarctique, les sources d’eau chaude du Groenland et leur utilisation potentielle pour dératiser les égouts danois, la rencontre d’Ibn Battuta avec les pingouins torda en Egypte et la pêche à la mouche en Alaska…

Mon ami extincteur lui s’esquinte la vue à rechercher des informations sur les satires d’Horace, l’eau d’ici et l’eau delà dans l’art contemporain autrichien, les onomatopées dans la littérature orléaniste, et l’aubépine dans la cuisine orientale.

Les chroniques à venir seront d’un intérêt considérable et je m’en réjouis d’avance. Pour l’heure n’oubliez pas de cajoler vos réfrigérateurs et extincteurs avant de vous coucher, on ne sait jamais.
20150228-231727.jpg

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

Le temps qui passe….


2 Commentaires

Classé dans Uncategorized

Chronique – interruption


DE MON LICENCIEMENT ET DE L’INTERRUPTION DES CHRONIQUES…

La chose la plus étrange qui soit vient de m’arriver… j’ai été licencié par mon réfrigérateur.

Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi mes chroniques précédentes, je voudrais simplement rappeler que mes relations avec ce meuble s’étaient améliorées ces derniers jours. Nous avions en effet décidé d’enterrer nos différends et de créer un triumvirat avec l’extincteur de l’entrée dans le but de rédiger des chroniques calibrées, ciblées et étoffées destinées à un large public.

Ceci n’aura cependant duré qu’une journée. J’ai reçu ce matin un recommandé m’enjoignant de me rendre instamment au tribunal des pétitions ordinaires sis à la rue de la mosaïque dorée derrière le théâtre de l’avant-garde en marche et devant la salle de concert des classiques en retour. Je devais m’y rendre avant 11 heures et après 10 heures 55 pour une séance de mise en demeuré dont la durée était évaluée à 4’ 33’’.

Conformément à la loi sur la protection des données de caractère confidentiel, aucun détail n’était avancé sur les raisons de cette convocation et c’est tout naturellement le cœur léger que je me suis rendu à ce rendez-vous qui n’avait rien de galant, sachant par expérience que le premier contact avec l’autorité est crucial et que des gouttes perlant sur le front, des sueurs froides ou une mauvaise haleine sont de nature à attirer les pires avanies au titre de la loi 123hg/zzz/2 lettre c) sur la présomption d’innocence.

Souriant et confiant je me suis présenté au préposé de service qui m’a annoncé au juge qui lui-même a cédé la parole au greffier qui lui m’a indiqué que la loi serait appliquée dans toute sa justesse et sa clémence légendaire avant de redonner la parole au juge qui lui n’a pas jugé bon de me la donner en vertu des autres dispositions légales dont il m’a dit qu’elles prévaudraient dans les circonstances dans mon intérêt ainsi que celui de la douce et bonne justice. Je me suis tenu coi et ai écouté.

Bientôt, après un long silence passé à lire mon dossier j’ai appris ce qui suit :

– mon réfrigérateur se prévalait des dispositions des lois fondamentales en matière des droits de l’humain, des libertés fondamentales, des devoirs sacrés de l’individu, des droits et devoirs d’indignation et de la protection de la société pour ester en justice à mon encontre ;

– mes chroniques étaient considérées comme diffamatoires et blasphématoires à l’encontre des matériels électriques et similaires, en particulier ceux visant à réfrigérer les aliments ;

– la diffusion des chroniques à un large public multipliait les préjudices subis par le plaignant ;

– et le ton, style et fond desdites chroniques étaient de nature à engendrer complexes, sentiments d’humiliation et stress profond pour ledit plaignant.

Durant les 2’15’’ réservées à la défense, j’ai argué du caractère humoristique de mes chroniques ainsi que des buts et objectifs de celles-ci consistant à fournir un regard différent sur l’actualité (NDLR : publicité clandestine réprimée au titre des législations sur la liberté de pensée) mais je n’ai pas pu achever ma plaidoirie faisant face à l’accusation de tentative de défense sans entremise d’un avocat qui est réprimée par les articles 230 à 987685 du code de reprise pénale et surprise civile.

Puis on m’a reproché de ne pas avoir fait la preuve inéluctable du caractère humoristique de la chronique dont il s’agissait dans les 5’’ restants consacrés à cet effet.

J’ai ensuite été enjoint d’appliquer le jugement lorsqu’il serait rendu et qu’entre-temps je devais me mettre à disposition des autorités compétentes dont le nom me serait communiqué ultérieurement.

Enfin, j’ai appris que le licenciement en tant que sanction de mes manquements divers était effectif à compter de ce moment précis sans attendre l’énoncé du verdict.

J’en déduis donc que le triumvirat est dissous et que je suis évincé de mes fonctions éditoriales.

Le greffier qui m’a donné une paire de tenailles dans un but que j’ignore m’a tapoté l’épaule en murmurant, ‘marche, encore, toujours’, et s’est éloigné en souriant. Ceci m’a quelque peu rassuré.

Je ne sais pas quelles seront les conséquences pour vous, lectrices et lecteurs qui sont si chers à mon cœur. Nous verrons bien.

Soyons flous.
20150222-000505.jpg

2 Commentaires

Classé dans Uncategorized

Chronique – 6


D’UN RECTIFICATIF NÉCESSAIRE ET URGENT À LA CHRONIQUE SUR L’AFFAIRE XYLOPHONE

Suite aux supposées révélations contenues dans la chronique justement intitulée ‘de rien et du reste’ le collectif de protection des intérêts des usagers du rail, de l’espace et de la mer (CPIUREM) entend user de son droit à l’indignation tel que régenté par les articles 234 à 9876 de la sous-section 12c de l’avenant au code des non-obligations et des libertés de catégorie non-répertoriée en date du 34 juillet 2002.

Dans ladite chronique, les trois auteurs formant triumvirat pour ce qu’entend la loi sous référence ont avancé ce qui suit : « J’ai parlé à mon extincteur préféré et mon réfrigérateur détesté et tous trois avons décidé de tirer un train sur le passé pour pouvoir mieux nous consacrer à la rédaction de ces chroniques. »

Le CPIUREM note que ledit triumvirat s’est référé au transport ferroviaire en des termes particulièrement péjoratifs. A cet égard, il est de notoriété publique que le transport ferroviaire est de nature parfaitement pacifique et ne se porte pas à l’utilisation à des fins violentes, brutales ou militaires. Contrairement au transport aérien qui a trop souvent été le vecteur préféré des militaires, le transport ferroviaire a rarement été utilisé pour attaquer des forces ennemies à l’improviste, détruire des cibles civiles ou militaires, envahir des territoires contestés, amis ou ennemis. Il était donc parfaitement fallacieux d’utiliser les termes ‘tirer un train’ dans un contexte de cette nature.

Le CPIUREM note par ailleurs que le triumvirat use et abuse des références au transport ferroviaire comme moyen de transport hérité du passé. La possibilité de lire cette chronique non point comme vecteur militaire mais comme symbole d’une industrialisation passéiste et rétrograde est humiliante et dérisoire. Il était donc totalement injuste et cruel d’utiliser les termes ‘tirer un train sur le passé’ dans une situation de ce type.

Enfin, le CPIUREM regrette que le transport ferroviaire dont la contribution à la vitalité de notre économie est indéniable ait pu être référencé dans un article visant à mettre en lumière des scandales et excès présupposés du monde politico-financier. Le collectif ne peut que déduire de cette action l’intention du triumvirat de conduire les lecteurs et lectrices à faire un parallèle entre les susmentionnés excès et un possible ‘déraillement’ du système macro-économique dans son ensemble. Cette image implicite relève de l’affabulation et entre dans la sphère de la diffamation et du blasphème.

Le CPIUREM déduit de ce qui précède qu’une action devrait être introduite en justice par les très saintes et méritantes autorités pour mettre fin à la propagation de nouvelles et informations manquant parfaitement de crédibilité et sens commun et enfermer pour une période suffisamment longue les membres dudit triumvirat dans un auspice digne de ce nom leur permettant de ce fait de se recueillir sur les implications de leurs actes, les conséquences de leurs implications et les ramifications desdites conséquences.

Pour ce que de droit, de travers et de fond, le CPIUREM.

20150228-011038.jpg

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

Chronique -5


DE L’AFFAIRE XYLOPHONE, DE LA RÈGLE DE TROIS, ET DE LA CORRUPTION

J’ai parlé à mon extincteur préféré et mon réfrigérateur détesté et tous trois avons décidé de tirer un train sur le passé pour pouvoir mieux nous consacrer à la rédaction de ces chroniques. Il est vrai que tout seul je faisais face à des difficultés insurmontables tenant au choix des sujets, la lecture et l’analyse des dépêches d’agence, la mise en place du texte, la saisie informatique et la délivrance sur Internet aussi régulièrement que possible. Dorénavant, grâce à l’appui de mes deux cerveaux d’appoint, un esprit froid et calculateur, mon réfrigérateur, et une âme sensible et tempérée, mon extincteur, nous pourrons travailler dans la synergie et le renforcement réciproque des compétences.

Ça va chauffer, comme dirait l’autre, mais pas trop, diraient mes deux acolytes, pour des raisons diamétralement opposées.

Or donc aujourd’hui je souhaite vous entretenir de l’affaire Xylophone du nom de la société multinationale dont vous aurez lu abondement ces derniers mois les gloses obscures dans la presse dite spécialisée à défaut de trouver d’autres adjectifs.

D’abord, les faits, décryptons-les tranquillement :

Xylophone dispose d’une fortune d’environ 15 milliards d’euros. La fortune moyenne d’un français est à peu près de 150.000 euros. Faites une petite division et vous en viendrez à la conclusion que le rapport est de 1 pour 10.000. Ceci ne vous dit rien, et moi non plus. Alors, pour procéder plus simplement, imaginons qu’un euro soit un mètre. La fortune moyenne d’un français est donc de 150.000 mètres, soit 150 kilomètres. Si vous vous déplacez en voiture cela vous amènera de Genève à Lyon. Si vous êtes dans la gamme supérieure, une bonne âme ayant mis de côté pour vous – rêvez un peu cher lecteur – 1 million d’euros, cela vous amènera à Biarritz, à peu près. Par contre, si vous êtes un peu plus jeune et commencez votre vie professionnelle et bien vous devriez avoir, je ne sais pas, disons quelques milliers ou dizaines de milliers d’euros tout au plus, ce qui traduit de cette façon vous conduira de Genève à Annemasse voire Evian ou Annecy.

Passons au monde des doux philanthropes et généreux bienfaiteurs devant l’humanité et songeons béatement voire benoitement à ce que représente leur fortune.

Le numéro mondial toute catégorie a une fortune d’environ 45 milliards d’euros, c’est-à-dire sur mon échelle 45 millions de kilomètres, soit à peine moins que la distance de la terre à mars… Quant à Xylophone, soyons un brin modeste et disons que cela nous amènerait simplement au tiers de cette distance. Ce qui dit bien ce que chacun s’imaginait depuis longtemps, nos grands philanthropes sont des stars qui gravitent dans des mondes différents du notre, sur d’autres planètes, sous d’autres cieux.

Ceci dit en passant, les sportifs ne sont pas dans la même gamme, quoiqu’on en pense. Le mieux payé d’entre eux dépasse à peine le milliard de dollars et pour l’essentiel ces penseurs géniaux et généreux disposent d’une fortune de quelques centaines de millions seulement, ce qui traduit à cette échelle les amènerait à peine sur la lune, mais ceci ne vous apprendra rien, puisque la plupart des joueurs professionnels semblent d’évidence évoluer sur ce satellite.

Revenons à Xylophone et aux allégations de corruption s’agissant de sommes de 7.500 euros et de drôles d’enveloppes jaunâtres, échangées sur des terrasses sentant le souffre… et bien, faites une simple règle de trois et vous noterez que cette somme représente pour Xylophone ce que 80 centimes d’euros représente pour une fortune moyenne, c’est-à-dire même pas un pourboire sur ladite terrasse volcanique. Donc, et se basant sur les propos d’un connaisseur, selon lequel un homme d’état cela ne se corrompt pas avec une paire de chaussures, circulez, il n’y a rien à voir.

Ce qui nous intrigue le plus à mon extincteur, mon réfrigérateur et moi-même, est que l’on fasse tant de bruit pour un pourboire !

Que l’on s’émeuve pour une donation chiffrée en milliards ou des pots de vins possibles chiffrés en millions, soit – avec un bémol quand même puisque ces sommes représentent en règle de trois respectivement 12.000 ou 12 euros respectivement – mais en dessous, ce sont vraiment des pièces jaunes et cela n’a aucune importance.

Ceci nous amène à ces conclusions :

  • Que l’on veuille bien apprendre la règle de trois avant de s’intéresser à l’affaire Xylophone ou équivalent ;
  • Que l’on achète des lunettes ou loupes de lecture pour faire la différence entre faux pourboires et vrais pots de vins et que les vrais journalistes de la vraie presse spécialisée cherchent autre chose que les premiers pour se concentrer sur les seconds, car elles doivent bien être quelques part ces chères sommes disparues;
  • Que l’on veuille bien signaler aux généreux philanthropes, quels qu’ils soient, que s’ils avaient la bonté de transférer une somme correspondant à quelques centaines d’euros pour une fortune moyenne, je leur rédigerais chaque jour une chronique rien que pour eux avec fleurettes bleues, jaunes ou rouges en marge, livrée à domicile, avec petite sonnerie douillette façon petite musique de nuit de ce bon vieux Mozart ;
  • Plus sérieusement, que l’on prenne un peu de distance par rapport à ces braves philanthropes et que l’on se rappelle que les sommes qu’ils versent au bénéfice des fondations qui portent leur doux nom en filigrane doré ne sont que des pourboires pour eux ;
  • Et enfin, que l’on ait la gentillesse de me ramener mon extincteur et mon réfrigérateur qui, depuis qu’ils ont lu ces dernières lignes se sont mis en tête de chercher asile auprès de l’un ou l’autre de ces charmants philanthropes. Si vous voyez de tels objets clopinant dans la rue, ce sont les miens, n’y touchez pas, ils sont à moi et j’y tiens.
  • 20150314-165640.jpg

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

Chronique – 4


DU VERT POUR LA MER, DU BLEU POUR LES TOMATES, DU JAUNE POUR LES FEUILLES, ET DU SOURIRE POUR NOUS  

 

Je ne sais pas si cela provient de ma rencontre avec le clochard d’hier – qui soit dit en passant est reparti avec sa jarre et sans mon réfrigérateur – mais je me suis éveillé ce matin avec une étrange pensée relative aux couleurs. La voici pour votre appréciation : j’en ai un peu assez des couleurs actuelles. Je sais ce que vous allez me dire : je suis blasé, un peu snob, dilettante, et manquant totalement de reconnaissance à l’égard de mère nature. Vous n’aurez pas tort mais le propre de ces lignes est d’être honnête envers vous, pas de chicanerie, pas de finesse inutile, juste la réalité et la franchise, jusqu’au bout.

Alors venons-en au but : je souhaiterais fortement changer de registre. J’en ai plus qu’assez de voir la mer et le ciel en bleu, les feuilles en vert, les couchers de soleil en rouge, jaune et orange et ainsi de suite, depuis la nuit des temps et ce jusqu’à la nuit des temps, d’une nuit à l’autre, du noir au noir. Notez bien que je ne propose pas de changer le noir ou le blanc, préservons-les tels quels, cela fera plaisir à un ancien président américain en laissant les choses simples, décryptables et catalogages.

Ceci je le dis en ayant conscience que cela pourrait frapper mère nature d’un sentiment d’ingratitude mais je lui dis par votre intermédiaire que je ne souhaite pas tout changer loin de là mais à un époque où la limite entre le virtuel et le réel a explosé je pense avoir le droit de déposer cette requête, soyons fous et flous, changeons et hissons les couleurs. Cela dépassionnera la politique car plus de drapeaux rouges, oranges ou dieu sait quoi – dieu sait probablement pas, mais cela c’est une autre histoire. Cela ramènera des sourires sur les visages désabusés de mes contemporains qui savent grogner, crier, bailler, pester, râler, geindre et se plaindre mais ne savent plus rire, sourire ou sur-rire.

Voici donc mon idée : le cercle chromatique immuable que j’utilise, celui de ma maternelle, est simple : jaune/rouge/bleu et entre orange/violet/vert ce qui donne dans un ordre au hasard : bleu, vert, jaune, orange, rouge, et violet. Faisons le tourner d’un cran chaque année.

Cette année sera la dernière en bleue, l’année prochaine sera en vert et la suivante en jaune.

Donc, pour 2015 voici le programme : la mer, les océans et le ciel seront en vert ; les feuilles en été seront jaunes ;  en automne elles seront oranges, rouges ou violettes ; le soleil sera orange et lorsqu’il se couchera il dévoilera des teintes rouges et violettes ; les tomates, les cerises et les feux arrière des voitures seront violets.

En 2016, nous aurons un joli ciel jaune et les feuilles seront oranges en été et violettes ou bleues en automne tandis que les tomates vireront au bleu.

Je vous laisse imaginer le reste à votre gré. La poésie envahira notre vie et nous serons en extase en permanence. Le réveillon de nouvel an sera attendu avec autre chose qu’un bâillement ou un sourire blasé car le lendemain tout changera. Nos années ne seront plus administratives, 2021, 2022, 2023 ou que sais-je d’autre mais bleues ou rouges. En quelle année es-tu née ? C’était l’année violette du troisième cycle… Joli, non ?

Par ailleurs et surtout, en agissant ainsi nous permettrons aux humains de redécouvrir le monde autour d’eux, celui-là même qu’ils ou elles ont perdu l’habitude de regarder et apprécier. Ce sera le retour aux sources et à la beauté non point lissée et léchée façon magazine de luxe pour clientèle exigeante mais beauté toute simple de derrière les fagots, celle que nous avons perdu l’aptitude d’apprécier.

Voilà mon programme. Il est assez simple et pour peu que mère nature dispose encore d’un reste de patience pour nous les ridiculement inutiles et inutilement ridicules humains peut-être pourrait-elle envisager de nous faire cette surprise et nous laisser rêver de lendemains colorés…

§412

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

Chronique – 3


DE DIOGÈNE, DE JOHN CAGE, DU FLAMENCO ET DE MON RÉFRIGÉRATEUR  

Le temps et les distances sont des notions tout à fait relatives. Einstein l’a amplement démontré. Des centaines de mathématiciens l’ont suivi sur ce chemin. Pas besoin d’en dire beaucoup plus à ce sujet si ce n’est peut-être que mon isolement dans un réfrigérateur (pour celles ou ceux qui ne suivent pas, voir mes chroniques précédentes) déserté de ses habitants habituels m’a fait comprendre ce constat de manière particulièrement vive.

De fait, à mon réveil ce matin, je suis resté parfaitement silencieux dans mon logement de glace durant très exactement 4’ et 33’’ – merci John Cage – plus de temps qu’il n’en faut pour interpréter un concerto de renom.

Puis je suis sorti de ma torpeur et ma concentration lourde de sens et ai interprété un flamenco dont j’ai le secret sur le sol froid de la cuisine. Je me disais qu’après avoir tenté sans succès de m’inscrire dans la longue liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO au titre de ma gastrophobie, il me restait cette possibilité-là, et croyez-moi, la goutte au nez et les joues roses, mon concerto sans musique interprété sur le pas du flamenco valait quelque chose et méritait le détour. Dommage qu’il n’y ait eu aucun témoin. Après coup, épuisé mais étincelant, je me suis senti ragaillardi, un autre humain, une autre existence, la première seconde du restant de mes jours.

Du coup, j’ai ressenti le besoin de discourir avec quelqu’un, partager mes émotions, me livrer sans état d’âme avec un ami, une bonne âme, un humain en bonne et due forme, avec des oreilles pour écouter et des yeux pour voir, pas besoin de bouche car je n’avais pas envie d’écouter qui que ce soit, une personne, un individu qui voudrait bien se consoler et me consoler après tant de désagréments et me suis précipité hors du réfrigérateur et sur mon balcon pour déclamer un poème, chanter, crier à l’injustice, mon indignation, ma colère contre toutes celles et tous ceux qui m’ont rendu la vie tellement impossible.

J’en avais il est vrai gros sur la pomme de terre et souhaitais exercer mon devoir d’indignation à l’encontre de tant de gens, les salades, les fruits, les yaourts surtout, les confitures, et aussi les réfrigérateurs et les tas de pierres.

Mais, en sortant sur le balcon givré et humide, et m’apprêtant à ouvrir mes lèvres pour laisser des paroles sortir, j’ai vu un humble clochard m’adresser la parole et me dire : « Ôte-toi de mon soleil » ce qui m’a totalement surpris et laissé de marbre. Le vieillard était en haillon et trainait une vieille jarre derrière lui. J’ai regardé le ciel et n’ai rien vu, pas un rayon de soleil et pas de nuage non plus juste un manteau gris uniforme typique de Genève en cette période de l’année.

Nous avons alors initié une vague conversation qui s’est rapidement focalisée sur l’état respectif de nos estomacs. Vous aurez noté en effet que ce matin mon estomac parfaitement vide en raison des difficultés rencontrées les jours précédents et qui ont été si bien décrites dans les chroniques précédentes (merci de noter qu’il s’agit ici d’une publicité clandestine irrecevable au titre de la circulaire jhtsa/786&5&78 lettres j) et k)).

Le vieil homme, après avoir écouté mon histoire invraisemblable de salades en révoltes, a proposé d’échanger sa jarre avec mon réfrigérateur, proposition que j’ai acceptée sur le champ pour des raisons qui n’ont pas besoin d’être explicitées d’avantage.

Après avoir procédé à l’échange salutaire, je lui ai demandé si je pouvais lui être encore d’une quelconque utilité ce à quoi il a répondu que tant qu’on y était « autant manger quelque chose ».

Je lui ai demandé quoi en premier, le contenu de la jarre ou le vide du réfrigérateur, et il m’a répondu, « t’occupes, je m’en occupe », ce qui m’a laissé complètement amorphe et muet.

Venant d’un pays lointain il a fait griller quelques crickets, phasmes et grillons qu’il avait sur lui et dont il avait lu sur un article prétendument scientifique qu’ils étaient fort vitaminés et particulièrement bénéfiques pour la santé. Je n’ai pas osé contester ce fait, internet ayant toujours raison vous le savez bien!

Je me suis donc retrouvé quelques minutes plus tard avec sur les genoux une assiette pleine d’une variété d’individus biens croustillants pour certains, très visqueux et mous pour d’autres. Il a tout dévoré d’une traite. Je n’ai pas osé dire quoi que ce soit, portant sur et en moi le fardeau d’une civilisation de colonisateurs et l’ai donc suivi dans cette rapide dégustation.

Il m’aura fallu 4’44’’ – je vous laisse déterminer pourquoi puisque moi je n’en sais rien – et retour à un point de départ quelconque pour terminer ce délicieux plat, foi de montre à balancier automatique, mais en réalité une éternité, des minutes qui valaient des siècles, des secondes qui mesuraient trois galaxies de long et cinq nébuleuses de large. Chaque petit et mignon insecte bien dégoulinant de graisse rance m’a couté plus d’efforts que deux ou trois marathons consécutifs. J’ai adoré les croquants et lorsque ceux-ci ont fini par être ingurgités, les mollassons ont représenté une épreuve parfaitement impossible à surmonter pour quelqu’un qui s’évanouit devant une huitre.

Me voyant souffrir ainsi, mais avec le sourire forcé de celui qui joue au plus fin, mon interlocuteur du jour m’a rappelé que je faisais partie d’un peuple qui mangeait des escargots et des grenouilles et que cela n’avait rebuté personne, pas plus l’UNESCO que qui que ce soit, et que l’ONU considérait que dans les insectes se trouvait l’une des réponses à la crise alimentaire mondiale. Je n’ai plus rien dit et avec toute la honte renfermée que mon être comprenait, j’ai avalé tout ce qui restait d’incestes visqueux suintant la mauvaise huile ainsi que le bon reste de dignité qu’il me restait encore.

Par suite, il m’a tapé sur l’épaule d’un geste bien masculin, s’est retiré pour faire une sieste dans le parc avoisinant et m’a laissé à ma mauvaise conscience et mon indigestion naissante.

Les pauvres insectes naviguent maintenant quelque part vers le Rhône et moi je finis d’écrire ces lignes avant de dormir un siècle, j’en aurais besoin. La morale de cette histoire est, d’abord, que les insectes ont une influence certaine sur la relativité du temps au même titre que le sentiment de culpabilité des niaiseux de mon style et, ensuite, que si quelqu’un sonne à votre porte pour vous emprunter votre réfrigérateur donnez-le lui mais assurez-vous qu’il parte avec sans autre forme de procès.

N’ayant rien compris à ce qui m’arrivait, je suis rentré dans mon appartement non sans avoir minutieusement fermé la porte-fenêtre, et me suis plains auprès du premier compagnon qu’il m’ait été donné de rencontrer, un vieil extincteur.

§49

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized