D’une nouvelle et probable longue dérive et des plaisirs de la banalité


D’une nouvelle et probable longue dérive et des plaisirs de la banalité

 

Nous voici sur la mer, à nouveau.

 

Au loin derrière nous le pays que nous venons de traverser achève de se consumer. Les lueurs bleutées rappellent la virulence de l’incendie. Ce qui l’a provoqué ? nous ne le savons pas vraiment mais après tout qu’importe la cause, il demeure que ce qui a été auparavant un condensé de vie, n’est plus aujourd’hui qu’une chimère.

 

Les errants ont trouvé leur place dans des baignoires roses voguant sur des flots heureusement pas trop démontés. Pour l’heure, ces embarcations dérisoires sont plus ou moins réunies mais il est évident que le jeu combiné du vent et des courants vont nous séparer au fil des heures. Nous n’avons rien à manger et bien entendu rien à boire.

 

Lorsque nous n’avions plus d’espoir, absolument plus aucun, et que l’incendie se rapprochait la perspective de pouvoir nous extirper in extremis des griffes du feu nous est apparue miraculeuse. Une journée plus tard, les interrogations reviennent et demeurent.

 

L’autruche volante, flottante et trébuchante déguisée en marin d’apocalypse ne nous a rien dit qui puisse être interprétable.

 

Par contre, le grille-pain existentialiste a suggéré que ces baignoires neuves et roses devaient faire partir d’une cargaison échouée quelque part dans les environs, un porte-conteneur sans contenu autre que des baignoires roses, une hypothèse confirmée un peu plus tard par Bob le pingouin amateur de Piero della Francesca qui a survolé une épave parmi des dizaines d’autres éventrées et renversées, repliées les unes sur les autres comme des papillons d’acier.

 

Nous dérivons sur une mer sombre, presque noire. Le ciel est éclairé par trois feux, ceux de soleils qui n’ont pas lieu d’être et qui me confirme dans l’idée que ceci pourrait être un cauchemar et que bientôt je me réveillerai dans des draps, tout rose je présume, les draps sont souvent roses dans les rêves n’est-ce pas? que la voix de Maria au regard si profond que je m’y noie avec un intense plaisir me paraîtra un chant délicieux et que les murs de ma chambre seront blanc, perpendiculaires, agrémentés de photos ou peintures, avec des fenêtres et des volets et au-delà des paysages normaux, non-bouleversés, tranquilles, aimables, souriants, toute cette hypocrisie dans laquelle nous nous complaisons habituellement en nous disant que cela durera indéfiniment, douce et tendre hypocrisie qui après tout me manque énormément.

 

La banalité est assommante, détestable, enfoncée dans sa faconde routine, ces heures qui s’empilent et se débitent inlassablement, avec ses rituels que nous avons établi au fil des millénaires pour nous persuader que nous existons, que nous vivons, que nous aimons, que nous représentons quelque chose, une finalité, un ensemble de finalités, une humanité, une espèce spéciale, alors que nous ne sommes qu’un hasard résultant d’une conjonction de hasards.

 

Tout cela je le sais, le hais et le fuis mais aujourd’hui dans ma baignoire rose au milieu d’un océan malheureux, dérivant dans une direction bien entendue inconnue, le ciel barré d’une ligne de feu derrière nous et d’une écume blanche au-devant, les environs débordant des lamentations de celles et ceux qui ont fui la destruction et ne font que s’y retrouver engluée en permanence, les soleils s’explosant sur des ciels tourmentés, les traces de mort s’immisçant dans les volutes de fumées qui nous parviennent encore des mondes empilés, je me demande si ces banalités qui se compressaient n’étaient pas plus enviables que ces bouleversements au milieu desquels je me meus avec des amis dérisoires et fuyants, sans cesse bousculé et rejeté, ignorant les tenants et aboutissants, jonglant avec la réalité comme si elle existait. Je me le demande.

 

Si seulement je pouvais bénéficier de la présence de Maria.

 

Si elle pouvait être à mes côtés et me guider, comme cela avait été le cas voici peu lors de ma traversée du désert, je me sentirais tellement mieux. Je donnerai dix ans de ma vie pour une minute avec elle.

 

Mes autres amis me manquent également. Où sont-ils donc passés ces chers amis, cette machine à gaz rondouillarde à tendance politicienne, ce Yéti anarchiste, cet extincteur fort sage, les deux autres pingouins, où se sont-ils donc perdus ?

 

J’ai répété quinze fois le nom de Maria à l’oreille de l’autruche mais ceci n’a provoqué aucune réaction tangible, particulière ou interprétable, rien que des miaulements traditionnels, le style habituel des haïkus autruchiens, « lamentable et fier, le pingouin trébuche, la fleur tombe, les oiseaux volent, moi, l’amour de Saint-Pétersbourg n’est pas la même chose que l’amitié des écureuils, les vieux, bleu, un, deux et trois, ne font pas quatre, ce qui est gênant, Maria, Maria, Maria, trois fois Maria, ne font pas non plus trois Maria, une nous suffirait et son sourire, dieu, soleil, lune, son sourire est bleu, rose et rouge et à la fois, orange aussi un peu, et même vert, pas gris et jaune, tout est perdu fort l’honneur et la peur, e viva zapata… »

 

Je ne sais que dire, que penser. J’aimerais retrouver ma banale vie d’autrefois, mes quatre murs mais ma Maria avec, je souhaiterais retrouver ce qui a été ma routine et mes rituels, ma vie de mort-vivant, cet engluement dans la banalité mais également ce confort de la certitude, des acquis, des lendemains qui ne chantent pas mais se ressemblent dans leur délicieuse prévisibilité…

 

Mais en même temps, chaque jour qui passe me fait rencontrer ou percevoir une autre réalité, mettre en perspective les acquis de la veille, mieux pondérer ce que nous sommes, ou plutôt ne sommes pas, m’inflige des tableaux et images de l’humanité terribles ou merveilleux, surtout terribles, et ceci est inestimable, je commence à comprendre l’humain, non pas ses causes mais ses conséquences, et cela est indéniablement enrichissant.

 

Je suis pris entre deux envies mais je ne vis qu’une vie et celle-ci est complexe et dans un monde qui se meurt. J’espère qu’il n’en est pas de même pour vous.

 

Faites les choix qui s’imposent ou ceux qui vous semblent les meilleurs. De toutes les manières, nous sommes esclave de notre destin et nos choix passés. Profitez de votre cocon, votre ritournelle bienaimée ou vivez une vie chaotique et ubuesque.

 

A votre bon gré mes ami(e)s, faites ce que bon vous semblera, … mais agissez je vous prie…

 

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D’une étrange porte de sortie


D’une étrange porte de sortie

 

Je vous ai parlé hier de la situation particulièrement difficile dans laquelle nous nous trouvions.

 

D’un côté un pays, un empilement de mondes ravagés devrais-je dire, épuisé par les flammes et un vent insolent et de l’autre une mer très froide et agressive. Entre les deux des milliers de gens pris au piège sur une mince plage de galets et des récifs inhospitaliers.

 

Nous nous préparions au pire lorsque le salut est venu de la mer. Vers 7 heures 21 minutes et trois secondes – dixit mon grille-pain existentialiste devenu horloge parlante dans son sommeil, ce qui n’est pas le phénomène le plus enthousiasmant qui soit lorsque l’on essaie de se reposer mais n’était pas un vrai problème dans les circonstances puisque nul ne souhaite dormir lorsque la mort est à ses trousses – nous avons vu au lever de l’un des trois soleils sur un horizon forcément glauque une myriade d’embarcations, des baignoires roses en fait, flottant comme elles pouvaient et ce à perte de vue.

 

Des milliers de telles embarcations et, contrairement à ce qui était arrivé il y a quelques semaines lorsque nous naviguions en mer d’Autriche au-dessus des sommets alpins, lesdites baignoires ne fuyaient pas.

 

En tête de ces navires de fortune il y avait mon amie autruche volante, flottante et trébuchante, très digne dans un costume de bain qui cherchait à l’aide d’une paire de jumelles parfaitement inadaptée à l’écartement de ses yeux des figures amies, c’est-à-dire nous.

 

Nous sommes restés quelques secondes interloqués puis l’immense marée humaine et animale s’est mue avec discipline vers le bord de la plage et par groupes de deux ou trois chacun a embarqué sur l’un des bâtiments de l’improbable flottille. Il a fallu presque toute la journée pour répartir tout le monde et je suis resté sur la plage pour aider celles et ceux qui tentaient de distribuer les grappes humaines dans lesdites embarcations.

 

Vous ne serez probablement pas surpris de savoir que d’une part l’autruche a quitté la sécurité de sa baignoire pour venir à mon aide et que d’autre part Bob le pingouin amateur de Piero della Francesca, particulièrement colérique ces temps-ci, a lui pris le chemin inverse et s’est installé dans la baignoire en pointe de l’armada, loin de tout danger.

 

Au crépuscule, l’incendie avait dévoré tout ce qu’il pouvait mais nous étions en sécurité. Plus personne ne demeurait sur les galets tranchants de la plage abandonnée. La marée humaine était d’évidence devenue telle, intégrée dans un océan de baignoires roses dérivant avec docilité sur des vagues heureusement modestes.

 

Je me trouve dans une de ces baignoires, surpris, rassuré et anxieux de savoir ce qui s’est passé et où se trouvent nos autres amis égarés, surtout Maria au regard si profond que je m’y perds si souvent. Mais à mes questions directes ou indirectes, mon amie l’autruche volante, flottante et trébuchante a répondu à sa manière: « Plus d’amour à Saint-Pétersbourg, pluie à La Rochelle, bleu et vert, couleurs du jasmin, banane et chocolat, tout cela me dépasse mais nul ne se trémousse, il fait et pas, moi ou toi, nous et vous, argh! je m’emmêle mais les mêmes se mêlent et médisent sur Méliès ce qui n’est pas gentil ».

 

Je suis éreinté, mais l’espoir, cette étrange bête à la frimousse dorée, se contorsionne à nouveau aux tréfonds de mon âme. Il y a de la lumière au bout du tunnel. Quelque chose s’annonce. Un nouveau départ. Peut-être. Derrière nous les flammes ont tout brûlé, il ne reste rien, mais qu’importe, vers l’horizon qu’éclaire un soleil moins pâle qu’hier me semble-t-il je crois discerner des étincelles de plaisir. Je vais me blottir contre mon autruche, laisser mon grille-pain débiter ses quarts d’heure, supporter Bob le pingouin qui est revenu puisqu’il ne risque rien et rêver, à nouveau. Un beau et tendre rêve où Maria ne sera pas comme ici, absente.

 

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Du bout du tunnel et de nulle part…


Du bout du tunnel et de nulle part…

 

Nous devons être au bout du chemin, le bout du tunnel, le bout de nulle part.

 

D’un côté la lande sans fin, la boue, les mondes compressés, les vies compilées et empilées, le vent qui assèche tout et tente vainement de bousculer un incendie qui avance, bleuté, et marque d’une ligne sombre l’horizon bouché. De l’autre, la mer, des vagues farouches, un plafond bas, trois soleils regroupés en chapelets ridicules et laiteux, une falaise crayeuse, une plage ridicule, petite, de galets et rochers moussus ou pointus, sur laquelle des milliers d’hères se tassent attendant des milliers d’autres qui arrivent silencieux en file longue et fataliste, résignée à son triste sort.

 

Le grille-pain existentialiste qui gît sur mon épaule ne cesse de répéter qu’il ne comprenait pas pourquoi « être revenu d’un songe sans rêve pour être traîné dans un cauchemar sans fin. Pourrait-on m’expliquer l’utilité d’un don non point d’ubiquité mais de métempsychose s’il s’agit d’irrémédiablement terminé dans une sorte de Dunkerque ridicule. Il ne manque plus que les stukas et on pourrait rejouer une deuxième guerre mondiale entre nous et eux, ces inconnus qui errent d’oméga à alpha et ne parviennent même pas à se rebeller, exprimer leur colère ou leur épuisement. Regarde-les ! Ils sont là, transis de froid, meurtris par la perte de tant de leurs proches, persuadés de leur propre et misérable fin et pourtant ils ne disent rien, ne pipent mot, se taisent et se posent à terre, se retrouvent bousculés mais ne disent rien. Ils contemplent la mer comme si les cavaliers de l’apocalypse devaient soudain se mettre à charger et les décimer. Je ne comprends pas. Nous sommes vraiment futiles et illusoires, inutiles et benêts. Pourquoi tout accepter ainsi et ne jamais nous rebeller ? »

 

Je cherche des yeux si nos amis égarés ne se trouveraient pas dans cette cohue humaine et animale mais je ne vois rien. J’appelle mais nul ne me répond. Le silence est profond mais ne conduit pas les sons que je prononce car le vent, les vagues et les pas de celles et ceux qui froissent les galets dispersent mes mots. Je ne me fais pas entendre. Personne ne m’écoute. Je ne suis pas muet mais toutes et tous sont sourds.

 

Le seul qui dans cet environnement dantesque a trouvé une forme de repos est Bob le pingouin qui se matin s’est enfui après avoir fait des adieux un peu sommaires et, me semble-t-il, peu adaptés aux circonstances « Bon, c’est dit, je me barre, pourquoi je resterais avec un humain paumé et un assemblage de plastique mal goupillé qui ne fait que se lamenter. Après tout, moi je sais voler et il y a des falaises. Cela me rappelle mon enfance. Je vais me trouver un petit creux quelque part là-bas et m’y enfouir le temps que cela se passe et se tasse. Ça va pas être très joli quand tout va se consumer. Désolé de vous lâcher cela ainsi mais franchement c’est mieux de le savoir, mourir brûler ça fait très cathare mais c’est pas drôle. Jeanne d’Arc elle y croyait mais vous ? Moi ? Pas du tout, mais alors pas du tout. Piero della Francesca lui au moins ne s’est pas retrouvé au barbecue. Bon, il faut l’admettre il ne s’est pas mêlé de ce qui ne le regardait pas, il a pas dit à ce crétin de Pape que la terre était ronde, qu’elle était perdue autour d’un soleil modeste même pas au milieu d’une galaxie commune et ordinaire. Non, il s’est tu et a laissé les autres faire le sale boulot. Il s’est contenté de peindre ses fresques et tableaux merveilleux. Il y a mis toute une vie de passion et beauté… Bon, vous me direz que le retrouver cela va pas être coton mais pour l’heure je me barre. Lorsque l’incendie aura fini par se mouiller un coup je reviendrai et si par chance vous êtes toujours là on verra ce qu’on pourra faire ensemble. Je vous souhaite une bonne et belle journée. Au moins il fera pas froid. A plus, les potes. C’était sympa de vous connaître ».

 

Et il est effectivement parti ainsi, sans autre forme de procès. Je n’ai rien dit car peut-être est-ce la meilleure solution. Il survivra et pourra, si d’aventure il retrouve un jour Maria, l’extincteur, la machine à gaz, le Yéti et ses frères ou sœurs, leur raconter ce qui est arrivé ici.

 

Je regarde vers l’orient et vois des nuées humaines qui se déversent sur cette plage de cinquante mètres de large pour quelques kilomètres de long. Des humains se noient par intermittence, au rythme des vagues mais nul ne semble le remarquer.

 

Il y a une malsaine habitude de la mort qui s’est installée sur les univers compressés que nous foulons, une fichue habitude que celle-ci.

 

Il y a quelques minutes, un représentant de je ne sais quelle autorité m’a dit en passant que finalement maintenant ou plus tard on y passerait tous alors mieux valait ne pas trop se soucier, dans quelques heures tout sera fini et on pourra passer à quelque chose d’autre.

 

Je lui ai demandé s’il était croyant et il a ri d’un sourire en diagonale gauche et a conclu : « qu’est-ce- que cela peut faire maintenant ? Croyant ou pas, on va bientôt savoir. A mon avis, il vaut mieux ne pas trop croire cela évitera de désespérer. Pour ma part je vais annoncer aux braves gens qui se compressent que les autorités provisoires et anarchiques de la région est, ou sud, je ne sais plus, vont arrêter l’incendie dans une heure trois quart et trente-deux secondes, il faut être précis, cela fait plus crédible, vieux truc de vieux marin, ceux du Titanic ont dû faire pareil, puis répartir chacune et chacun dans un palais de marbre bleu et granit rose, rose cela fait joli, et je passerai le message, et vous savez quoi l’ami ? je suis sûr que certains vont y croire… je vais leur faire un autre coup que j’aime bien, je vais leur parler de décret ou règlement, de circulaire et de comité de salut public, et cela les soulagera. Le politique c’est fait pour cela, soulager, faire croire qu’il y a quelque chose ou quelqu’un qui contrôle ce qui ne peut plus l’être. Avant c’était le religieux mais ça c’est foutu. Alors il faut bien qu’on leur raconte des conneries pour qu’ils se la ferment. En plus ils avalent tout. Moi j’ai dû rester parce que le dernier hélicoptère est parti avec les trois femmes et deux maris du vieux con qui servait de ministre sacré de l’ordre, de la sérénité et de l’amabilité, dans la justice, l’équité et le bonheur. Un nom tout con mais ça a marché. Ils m’ont éjecté manu militari en me disant qu’ils enverraient un autre hélicoptère pour me retrouver, et le plus drôle mon ami c’est que je les ai cru moi aussi… Comme avant lorsqu’ils me bernaient avec des conneries du style ‘on vous dépouille pas, on pollue pas tout, on détruit rien, c’est du solide, on fait ça pour vos gosses, petits-gosses et arrière petits-gosses, on tue pas pour le plaisir mais par devoir et pour l’humanité, on s’intéresse pas au fric mais à vos cœurs, vos âmes, votre bonheur, et blablabla… Bon, vous m’avez compris, j’ai tout gobé et j’ai même trouvé le moyen de leur faire au revoir de la main tandis qu’un de ces cons fouillait dans son portefeuille de merde pour voir si je n’avais rien volé… Tu t’imagines l’ami ? Fallait être con, non ? Bon, je vais passer le message. Il faut les rassurer, qu’au moins ils meurent en paix en pensant à l’au-delà. Moi je vais penser à l’eau d’ici qui est froide, je me tâte, me noyer ou brûler ? Trop drôle… Non, je ne suis pas drôle… Juste un peu peur, totalement peur, comme toi… »

 

Il est parti et moi je suis resté au milieu d’une foule compacte et oppressante. Il ne reste plus grand-chose à espérer mais je sais que demain les choses iront mieux. Forcément.

 

Tout est relatif dans ce bas monde. Je ne sais pas comment on va se sortir de cette chronique-ci mais on trouvera bien un moyen.

 

Tout cela c’est de l’imaginaire, alors n’y croyez pas trop, il n’y a rien qui ressemble à quoi que ce soit de vrai ou réaliste, toutes les situations sont inventées, que du bidon, pas de similitude avec quoi que ce soit. On verra demain. Pour l’heure, dormez bien je vous prie, les trois soleils d’ici vous saluent bien.

 

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De nouveaux paysages d’apocalypse et des responsabilités qui en découlent telles que déterminées par un grille-pain existentialiste


De nouveaux paysages d’apocalypse et des responsabilités qui en découlent telles que déterminées par un grille-pain existentialiste

 

Paysage étrange ce matin…

 

Un lever de soleil pourpre et sombre à l’est sur une masse bleutée, presque mauve, avançant vers nous avec ses chapelets de fumée et de cendres, en hautes et minces colonnes noires ; un coucher de soleil à l’ouest, rouge et orangé, comme on les aime lorsque l’arrière-plan est une jolie mer bien sympathique avec vaguelettes rigolotes et sourires au diapason, mais pas lorsque l’avant-plan est une lande déserte et morne avec sa cohorte de fuyards sur un sol, compression de mondes étouffés et ensevelis ; et au-dessus, au zénith, un troisième astre, laiteux celui-ci, qui projette ou essaie de le faire quelques vagues rayons, plus froid que chaud, dans des directions ambigües.

 

Trois soleils pour un monde qui se meurt, c’est un peu trop, merci, n’en jetez plus la cour est pleine. Nous n’avons plus besoin de cela. Trois astres au prix d’un ce serait pas mal, c’est vrai, si nous n’étions pas en train de geler dans un paradoxe affligeant et déprimant, les chaussures gainées de tissus retrouvé au petit malheur la chance, la démarche lente et fastidieuse après ces journées à ne faire que cela, avancer, avancer, avancer, car derrière le danger est là, toujours menaçant, un incendie géant qui barre l’horizon et lutte contre le vent pour désosser cette terre-ci de tout ce qui se trouve entre est et ouest. Heureusement pour nous les vents vont dans l’autre sens et la terre est humide et boueuse fournissant un bien mauvais conducteur même pour un incendie de cette magnitude.

 

Mais cet ‘heureusement’ est problématique car marcher dans ces gangues de boue et de putréfaction est presque impossible sauf peut-être pour un pingouin, Bob en l’occurrence, qui dispose de palmes et surtout d’ailes lui permettant lorsque la situation est trop délicate d’avancer de quelques dizaines de mètres et se poser sur un rocher sortant sa tête de granit de l’accumulation de mondes éteints. Mais il ne dit plus rien, mon pingouin, je crois qu’il a compris que bousculer toutes ces créatures qui avançaient en une longue file ininterrompue ne servait à rien et qu’en outre, il était peu probable que d’autres pingouins se promènent déguisés en miséreux, pourquoi le feraient-ils ? Il s’est donc assagi, ne bouscule plus personne, ne crie plus, ne hurle plus, se contente de me suivre ou me précéder, c’est selon, et se recroqueviller dans son silence de bipède outré et décontenancé.

 

Le grille-pain existentialiste, lui, n’est pas avare de mots. Il commente l’enfer que nous traversons et me harcèle à défaut d’autre récipiendaire de ses interrogations « pourquoi éprouvez-vous tout le temps le besoin de vous surpasser ? Les choses pourraient être simples mais vous vous épuisez à les rendre complexes. Ces trois soleils, cela ne rime à rien, absolument à rien, pourtant il faut les mettre là car un ne suffisait pas. Vous n’aviez pas assez d’énergie disiez-vous donc il fallait bien faire quelque chose pour contrebalancer le manque d’énergie et matières premières disponibles. Oui, mais, pourquoi ne pas avoir épuisé toutes les hypothèses ? Pourquoi ne pas avoir envisagez tous les scénarios ? Pourquoi avoir systématiquement écarté toutes celles et tous ceux qui ne pensaient pas comme vous en les inondant de ‘politiquement correct’, de la ‘nécessité de la croissance pour les générations à venir’ et des ‘vertus de la démocratie’ ? C’est facile de parler ainsi lorsque l’on a la mainmise sur les médias, que l’on peut tout dire et faire en s’appuyant sur des outils et mécanismes entièrement en vos mains. Et puis, ces pauvres générations à venir, c’est gentil de parler pour eux, vraiment, bravo, merci, sympathique au demeurant, peut-être pensiez-vous à vos rejetons bien fortunés dans vos jolies sociétés philanthropiques jetant des miettes aux misérables, miettes qui soit dit en passant ne vous appartenaient même pas, et riant avec cette bonhommie qui faisait de vous des formidables et des puissants, oui mais voilà, les générations à venir elles s’engluent dans des compressions de monde décomposés, des amoncellements de cadavres, des incendies partout, des bombes et centrales qui explosent, et même s’il vous reste des îles aux Seychelles profitez en car bientôt elles auront disparues sous les flots et à ce moment-là que ferez-vous ? »

 

Au début, j’ai répondu à ces propos en soupirant, haussant les épaules mais pas trop car le grille-pain rappelez-vous est posé sur mon épaule droite, et balbutiant quelques mots du style « d’accord ou pas d’accord, le problème n’est pas là, je ne fais pas partie de ces gens-là, les lecteurs de ma chronique, s’il en reste, savent que je ne soutiens pas tout cela, je ne suis pas un aimable philanthrope, je n’ai pas des tonnes d’or, des monticules de fonds, de l’arrogance en réserve de ma suffisance, certainement pas. Alors, pourquoi m’accuser de cela, pourquoi me mettre dans le même pot que ces ‘vous’ dont tu parles en permanence ? Je suis étranger à cela et pour l’heure je ne me promène pas en jet privé dans ce qui reste entier et propret, merci bien. »

 

Mais, ce cher et brave grille-pain ressuscité d’entre les morts ne m’a pas laissé tranquille et a continué à me harceler en disant que nous étions tous responsables, que le silence valait assentiment, que se taire était pire que crier, que marcher dans ces mondes déliquescents pour fuir des incendies qui avançaient était pénible mais que cela ne justifiait et n’exonérait rien.

 

« L’acceptation et la résignation sont les pires des syndromes » a-t-il ajouté. « Elles sont les manifestes de l’indifférence et de la bêtise ».

 

Je lui ai alors demandé ce qu’il fallait que je fasse, ce que je pouvais faire dans l’état où je… où nous nous trouvons, englués jusqu’aux mollets dans une mélasse sombre de consistance heureusement inconnue, recherchant des amis disparus, éclairés de soleils ridicules et triples, poursuivis par des incendies qui zèbrent le levant et nous dirigeant vers un futur inconnu.

 

Mais à cela il a simplement répondu que chacun devait prendre ses responsabilités. Puis il s’est tu et a repris sa lecture de romans qu’il a en mémoire, des textes de Kafka, Virgile, McCarthy, Auster, Huxley, Atwood et tant d’autres, en extraits bien choisis, pour mes oreilles qui n’entendent plus, pour autant qu’elles n’aient jamais entendues.

 

Mes yeux voient encore et scrutent l’horizon pour déterminer la direction approximative où mes pas devraient nous diriger.

 

Je distingue une plage, une mer ou un lac sombre ou noir, sur la droite et la lande qui s’achève en falaise sur la gauche.

 

Je crains que nous ne soyons pris au piège.

 

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De la lande, des trois soleils et de notre fuite en avant dans un monde qui se perd


De la lande, des trois soleils et de notre fuite en avant dans un monde qui se perd

 

Le paysage est celui d’une lande battue par les vents, parsemée de tâches figurant des flaques, de roches recouvertes de mousse, d’épineux s’accrochant au sol avec des racines semblant des griffes de pythie, de collines à peine plus hautes qu’un arbre et dévoilant derrières elles d’autres collines, d’autres étangs, d’autres rivières, des grappes d’herbe haute, des amoncellements de pierre, peut-être des murs, des façades écroulées, des ruines antiques ou modernes, et cette fichue pluie intermittente qui s’insinue dans à travers les vêtements et vous trempent jusqu’aux tréfonds de la moelle sans espoir d’un jour s’assécher.

 

Peu importe finalement de quelle Arezzo il s’agit, nous ne sommes pas en Toscane, ni ailleurs, nous sommes nulle part, nous sommes partout.

 

Nous progressons en même temps que le plus grand nombre à la différence qu’eux marchent en file indienne, pourquoi je n’en sais rien, et que nous évoluons plus ou moins à leur côté et à un rythme bien différent. Nous avançons vers l’ouest ou le sud, c’est selon, nous fuyons quelque chose, nous ne savons pas vraiment quoi, eux non plus je présume, la peur certainement, ils cherchent le salut, nous recherchons nos amis égarés, quelque part là-bas, devant nous, enfin je l’espère.

 

La lande est désolée, comme toutes les landes j’imagine, je ne suis pas un expert en paysage de ce type.

 

Le ciel est parfois bas, souvent ample, perturbé par le passage de nuages volumineux et sombres, éclairé par l’un ou l’autre des trois soleils qui ont fait irruption dans ce monde irréel, bousculé par des rafales de vent qui rabattent la pluie sur nous ou au contraire la disperse.

 

Il fait froid. Très froid.

 

Hier, nous étions au printemps, un printemps aigre, amer et triste, certes, mais un printemps quand même, aujourd’hui nous avons fait rebrousse chemin et sommes à nouveau en hiver avec le froid qui cingle nos entrailles et gifle nos visages. Même lorsque le ciel se dégorge de ces ventres mous gris et vengeurs la clarté que diffusent les trois soleils n’est pas suffisante pour nous réchauffer. Toutes et tous ont froid et l’on entend des gémissements et plaintes s’exhalant des bouches auparavant muettes.

 

Je dois être le seul, me semble-t-il à avoir encore assez d’énergie ou d’intérêt pour me surprendre de la présence de ces trois astres luisants.

 

Le pingouin a haussé ce qui lui sert d’épaules en murmurant « trois soleils, et alors ? Nous sommes bien trois pingouins, c’est le chiffre normal. C’est plutôt rassurant non ? Pas besoin de s’émouvoir pour cela. Est-ce que moi je me plains ou m’ébaudis bêtement ? Non, nullement. Il faut être humain pour cela, toujours à s’étonner de tout et faire l’imbécile en gigotant ou se trémoussant. Pour l’heure on cherche deux autres pingouins. Deux plus un égal trois. Ça c’est important. Le reste on s’en fiche, non ? Vous avez aussi votre trinité, vous aimez cela, vous adorez les troïkas, les consulats, et tout le bataclan, alors pourquoi toi seul parmi ces niais d’humains te sens concerné par cela ? Avance et regarde devant plutôt qu’au-dessus. C’est comme cela qu’il faut faire ».

 

Je n’ai rien dit. Je n’aime pas ce type de langage et regrette vivement mon autruche volante, flottante et trébuchante avec laquelle j’ai traversé un désert aussi écrasant que cette désolation ci et qui avait toujours des mots à partager, incompréhensibles certes, mais généreux et aimables.

 

Je suis resté muet mais ai continué à contempler ces ciels étranges perturbés par l’alternance des nuages, de la pluie et des rayons biaisés de soleils pourpres ou jaunes allongeant leurs ellipses inaccessibles au-dessus de nous.

 

Le grille-pain ressuscité parmi les vivants a rompu le silence et indiqué que « pour des raisons évidentes, la trinité m’émeut un peu, je suis spécialiste des résurrections, la troisième je crois, et je suis donc particulièrement sensible au chiffre trois, on le serait à moins, mais en l’occurrence il y a d’autres situations à affronter, ceci est le moindre de nos soucis. S’il y a une incongruité dans la présence de ces trois astres elle doit forcément s’expliquer par quelque expérimentation dont vous les humains êtes grands experts, quelque chose de sans importance, sans effet sur l’environnement, sans conséquence ou risque pour le vivant, les organismes, la vie, ou dieu sait quoi encore, entourée de toutes les garanties et normes imaginables, bref si tu vois trois soleils c’est que tu doutes de la justesse de gens autrement plus intelligents que toi, qui savent et toi pas, qui croient et toi pas, qui œuvrent pour le bien de l’humanité et toi pas, qui font preuve de philanthropie, de justesse de déduction et de grandeur d’âme et toi pas. Allons, remets-toi et cesse de te lamenter ou t’extasier devant ce que tes pairs qui savent ont fait. Eux ont raison, forcément et toujours, toi pas. A force de douter tu vas faire chuter ton humanité dans le fossé. Les grands et puissants ont raison. Toi pas. Mais, ceci étant, pour ce qui concerne le pauvre grille-pain existentialiste que je suis, expert es-mort réversible, sache que lorsque tout s’achève, franchement, on se fiche éperdument de tout cela. Alors, d’une manière ou d’une autre tu es perdant. Concentres-toi sur ta route. Amènes-nous rapidement sur le chemin du couchant où nous retrouverons Maria aux yeux si profond qu’il absorbe tout le monde, toi y compris, surtout toi en fait, le Yéti anarchiste, la machine à gaz, les deux autres pingouins et l’extincteur fort sage qui serait fort utile ici pour éteindre les incendies qui nous suivent et dressent une ligne de feu sur l’horizon du levant ».

 

Il s’est tu et m’a regardé avec ses yeux fins comme l’acier et, finissant par comprendre la gravité de ses derniers mots, je me suis retourné et ai discerné ce qu’il avait pressenti et que moi l’humain n’avait pas perçu j’ai noté que la ligne courbe dudit levant était peinte en rouge sombre agrémentée de tâches jaunes et bleues.

 

Un feu lointain coupait le pays en deux, pays dont vous ne serez pas surpris outre mesure que j’ignore son nom, une lande désolée et abandonnée, celle-là même sur laquelle une longue cohorte avance, et une terre de feu, morte, brûlée à tout jamais, celle qu’ils ont quitté, il y a longtemps ou récemment, qui peut le dire, et qui n’a plus d’existence.

 

Une longue langue de feu qui barre l’horizon et tue ce qui peut l’être. D’où vient-elle ? Qui l’a provoquée ? Quelle absurde conjonction de facteurs l’a mise en branle ? Je n’en sais rien mais je pense pouvoir déduire de ce que je viens de vous raconter que le temps n’est peut-être pas à mon entière disposition et que si je ne souhaite pas finir grillé je ferai mieux de quitter cet endroit rapidement.

 

Je regarde devant moi, je contemple le flot ininterrompu d’humains et d’animaux qui fuient, je sens sous mes pas des mondes qui se compriment et souffrent, je sens sur mon dos le grille-pain qui m’enjoint de me mettre en route, j’entends Bob le pingouin qui hurle aux gens de se taire, comme s’ils parlaient ces pauvres hères, et je me bouscule pour ne pas rester pétrifié, je me remets en marche, je pense à Maria et mes amis, à la vie qui toujours s’égrène, à ce damné temps qui avale tout, et je marche.

 

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De la longue cohorte qui avance


De la longue cohorte qui avance

 

Les paysages changent mais demeurent essentiellement les mêmes.

 

Des vestiges de mondes compressés, des condensés de murs, de tours, de camions ou voitures, des gris foncé ou clair, anthracite ou ébène, les trois soleils dans le ciel brûlent d’une clarté mielleuse, presque laiteuse, des étincelles, des firmaments, des arcs-en-ciel, des objets hétéroclites par milliers ou millions qui jonchent, ou plutôt forment le sol, des gravats et dévalements de murs, de briques, de ciment ou béton, des câbles et fils électriques, carcasses de bicyclettes, tricycles, trottinettes, autrement dit des mémoires de bonheur et plaisir qui maintenant meurent écrasés et comprimés les uns dans les autres, ayant perdu entre temps toute signification, leur innocence d’autrefois, je veux dire d’hier, tout semble se diluer ou pourrir dans un mouroir grandeur nature, avec des odeurs et pestilences qui se gravent au fond des cavités nasales et rappellent à chaque instant la figure hautaine et omniprésente de la grande faucheuse, qui les a attendus, ces chers disparus, qui les attend, ces pauvres survivants, qui nous attend.

 

La grande et longue cohorte de fuyards de tout peuple et toute nationalité, de tout genre ou âge, avance lentement, les dos sont voûtés, les regards sombres et perdus, les voix mornes, les paroles sobres et sans conséquences, les yeux rougis et asséchés.

 

Je vous ai parlé de tout cela. Je vous ai dit que les ordres mécaniques, techniques, informatiques, électroniques, s’étaient mélangés, que peut-être, je dis bien peut-être, les pingouins aux lunettes roses amateurs de Piero della Francesca pourraient avoir été à l’origine de ce gigantesque calvaire, cette confusion du chaos et des révolutions, ayant transmis des instructions mixtes, confuses, erronées, à la masse informatique qui nous gouverne, et entraîné par la même la confusion des trois mondes dont je vous ai également entretenu et vous parle encore.

 

Mais je ne suis plus sûr de rien. Ceci me paraissait évident voici deux ou trois jours, lorsque la possibilité d’un mélange des termes d’Arreso, d’Arezzo, d’Arezo et Areso ai pu provoquer une sorte de compression des mondes illusoires dans lesquels nous naviguions mais maintenant il me semble que nos illusions ou imaginaires sont plus réels que le monde grotesque dans lequel nous évoluons.

 

C’est dit. Je n’aurais jamais pensé que le jour viendrait où mon imagination peindrait des images plus plausibles et sensées que celles que renvoient dorénavant les réalités complexes du monde dans lequel par la force des choses le groupe improbable d’amis qui est le mien évolue.

 

Je marche le long d’une cohorte improbable d’humains et animaux qui fuient une réalité ne présentant plus aucun sens avec un pingouin dont le nom est Bob et un grille-pain revenu à la vie depuis hier après-midi et qui depuis lors ne cesse de s’extérioriser en tenant des propos de la nature suivante : « juste une question, une seule, si vous me permettez, je déambulais dans le paradis des grille-pains, une sorte de non-existence radieuse et rougeâtre, quelque chose d’horriblement et délicieusement chaud, très chaud, je suis un grille-pain, ne l’oubliez pas, une sorte de charivari d’impressions et de bouleversements sans aucune saveur, goût ou mélodie particulière, j’avais les mots et pensées de Kierkegaard et la vision de Maria au regard si profond que tous nous nous y perdons tous, moi en tête, j’étais en fait sans sentiment ou sensation particulière et subitement quelque chose m’a rappelé dans le monde qui est le vôtre. Pourquoi ? je n’en sais rien. Toi, tu me dis que c’est parce que des branchements de nature particulièrement inexplicable ont conduit à ce qui est aujourd’hui ma réalité et en passant la vôtre aussi. Franchement, j’aurais préféré que vous me laissiez au cœur de cette grosse lueur éblouissante plutôt que de me ramener ici sans me fournir le mode d’emploi. Parce que tout cela a un sens ? Honnêtement ? Je ne parle pas de vous humains qui de toutes les manières n’êtes jamais parvenu à aligner plus d’une décennie sans vous éventrer ou être éventrés, non je parle du reste de ces abominations que vous faites subir à la nature, la vôtre comme la mienne, et celles dont la nature en retour vous accable. Aucune sorte de sens. Ni alpha, ni oméga, mais peut-être du gamma, je m’entends. Si au moins Maria était là, nous pourrions nous cacher derrière elle et nous laisser guider dans ce monde d’aveugles et d’inconscients. Mais là, avec un humain perdu et un pingouin qui ne fait preuve d’aucun scrupule en cherchant ses frères ou sœurs, que suis-je sensé faire ? Auriez-vous la bonté de me court-circuiter à nouveau ? »

 

C’est ainsi que j’évolue, mes amis. Avec un pingouin qui apostrophe toute forme vivante ou animale, la secouant, lui criant des insanités, lui arrachant ses vêtements pour voir si en-dessous il n’y a pas de vêtements d’autres vivants, des pingouins en l’occurrence, la bousculant, la traînant dans les flaques d’eau ou ailleurs en hurlant et pestant, la battant , puis la laissant là, pauvre forme frissonnante, pauvre être hésitant et sans âme ayant perdu jusqu’à la notion de malheur et douleur, et un grille-pain existentialiste revenu parmi les vivants à son corps défendant, amer et aigri.

 

Sans Maria pour nous guider, j’ai dû reprendre le flambeau mais me débats avec l’irrationalité de ce que je vois, entend et ressent. J’ai pris Bob sous mon contrôle immédiat, lui ai passé un corde à la patte pour éviter qu’il ne continue ses excès, ai chargé le grille-pain dans un ballot de fortune que je porte sur mon dos, lui demandant d’avoir la gentillesse de me lire des vers de Virgile plutôt que de Dante, pour éviter qu’il ne disserte sur ce qui nous guette tous, et je marche aveugle dans un monde éclairé par trois flambeaux, trois astres à la place d’un, trois soleils mais une seule Lune, pourquoi trois soleils et seulement une Lune ? peut-être que si je parvenais à comprendre ceci je pourrais comprendre cela ?

 

Après tout, c’est ainsi que tout doit se faire, pas à pas, premier pas, puis deuxième pas, jusqu’à la Lune, ma Lune à moi s’appelle Maria, je ne sais pas comment s’appelle la vôtre mais vous devez en avoir une vous aussi, si vous ne l’avez pas encore trouvée ou ne savez pas comment elle s’appelle, cherchez-là car c’est cette recherche qui donnera un sens à votre existence par-delà le chaos et les convulsions, il n’y a pas d’autres mots ou pensées pour chasser les maux dont je vous parle.

 

Je marche et cherche ma Maria. Elle doit être quelque part au milieu de cette longue cohorte, elle ne peut pas être ailleurs. Au moment où je vous écris ces mots je vois des lueurs rouges dans le ciel, des lumières bleues à l’orient et des éclairs jaunes au couchant. S’il n’y avait cette horrible omniprésence de la grande faucheuse on pourrait trouver ceci fort beau.

 

sol710

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Des motivations sous-tendant la fuite des miséreux et de la réapparition du grille-pain dépressif


Des motivations sous-tendant la fuite des miséreux et de la réapparition du grille-pain dépressif

Le paysage est dantesque.

Une file interminable d’individus, silencieux, morne, tristes, désemparés, marchant lentement, portant des sacs ou valises, trainant des enfants eux-mêmes silencieux, ce qui est contradictoire par définition, entourés d’animaux de compagnie au regard hébété, une immense cohorte de civils marchant les uns derrière les autres sur un terrain comprimé, compressé, boueux et dévasté, de la végétation éparse et d’essence diverse, des objets multiples emboités les uns dans les autres sans ordre ni logique, un ciel noir, sans lune, mais avec trois soleils qui parfois apparaissent derrière des vitres sombres mais n’éclairent et ne chauffent personne, le seul son qui se répercute dans nos tympans est celui des pas qui frôlent le sol.

Je suis avec Bob, l’un des trois pingouins amateurs de Piero della Francesca, et nous essayons tant bien que mal de retrouver nos amis disparus ou égarés ou autre, nous essayons également mais sans succès de comprendre ce qui s’est passé dans ce pays dévasté aux trois soleils blancs.

Le pingouin vole par-ci par-là et appelle ses frères ou sœurs, je ne sais même pas qui est qui dans cette troïka particulière, mais sans réponse. Il passe d’un chien à un chat et d’un chat à un rat non point pour leur demander s’ils ont vu un ou deux pingouins voire un Yéti ou un extincteur, non pas du tout, mais pour essayer de déterminer s’il ne pourrait s’agir d’un pingouin déguisé en un autre animal. Tout cela ne l’amène nulle part mais le conduit à jurer très souvent et insulter ces pauvres passants ce dont ils n’ont pas vraiment besoin.

Pour ma part, j’ai passé les dernières heures à interroger les uns et les autres mais n’ai obtenu que des réponses obscures, vagues, abstraites, ne conférant qu’une faible lueur sur ce qui a pu se passer. Je pensais qu’il y avait eu une compression des villes et lacs d’Arezo, Arreso, Arezzo et Areso, mais ce n’est pas tout à fait ce que j’ai entendu.

Je vous livre les réflexions entendues à charge pour vous d’en déterminer le sens exact :

« Ils nous ont dit de partir, le ciel était noir, il fallait partir, tout de suite ou jamais, le grand sac s’approche, la mort est proche…

« Les terres étaient brulées, le soleil a explosé en trois, les ondes et nuées étaient trop fortes et risquaient de revenir…

« Les monstres ailés se sont jetés sur nous, ont tué et massacré tout ce qui se présentait à portée de leurs jets, nous nous sommes calfeutrés mais nous avons eu peur qu’ils ne reviennent…

« Nous avons attendu les instructions du département de la santé, de la culture et du ravissement des mœurs et de l’intelligence mais comme rien ne venait nous avons décidé de nous joindre à la file qui s’étendait déjà sur des kilomètres…

« D’après la directive suprême xc/j/6 nous avons obligations en tant que sous-leaders de catégorie 7 de nous joindre aux flots de civils lorsqu’il dépasse la masse critique de coefficient 5, ce qui était le cas avant-hier matin, pour assurer la transparence, le lien entre moralistes et combattants…

« Lorsque le troisième soleil s’est levé nous avons demandé aux autorités de préciser s’il était normal que l’on soit ainsi passé d’un à trois astres lumineux en un laps de temps de 24 heures. Les autorités principales, supérieures et magnanimes ont alors immédiatement établi une ligne téléphonique opérant 24 heures sur 24 heures relayant les délibérations d’un comité de coordination de sous-groupes d’alerte d’urgence en cas de dommages potentiellement irréparables. En l’attente de l’établissement de l’ordre du jour de la réunion du premier desdits sous-groupes dont la présidence a été allouée au neveu du guide supérieur et suprême moralisateur de notre région nous avons préféré rejoindre la cohorte noire…

« Les oiseaux sont partis, les chiens se sont tus, les chevaux étaient nerveux, les bêtes étranges, les nuages en contresens, les vieux nous ont dit de les quitter pour qu’ils puissent dire au revoir à leur terre. Nous les avons écouté car c’est ainsi que les choses sont… »

Je ne sais ce que tout cela signifie. Ces mondes compressés, écrasés, soumis au diktat de quelques-uns et la croyance en une divinité trop humaine, une arrogance de civilisés pour qui tout est bon et tout est nécessaire et tout à un prix… Franchement, je m’y perds.

J’ai cherché partout mes amis, Maria au regard si profond dont la sérénité me manque tant, l’autruche volante, flottante et trébuchante, cette fichue machine à gaz rondouillarde à tendances politiciennes dont les affirmations abracadabrantes ont un aspect rassurant dans leur profonde hypocrisie, l’extincteur fort sage et lucide, ce bon et brave vieux yéti anarchiste et révolutionnaire.

Tous me manquent.

Le seul aspect positif de cette journée et qu’en fouillant mes affaires à la recherche de ses frères et/ou sœurs Bob le pingouin a découvert le fil électrique dont je vous ai souvent parlé et, le branchant au hasard à d’autres composants et résistances électriques qui trainaient a créé une sorte de chose dont l’aspect extérieur ressemble à ce grille-pain dépressif qui fut un jour notre ami. Si cette chose se mettait à marcher puis parler et enfin digresser sur Kierkegaard et, de manière fort surprenante je dois l’admettre, j’en conclurais que les choses se stabilisent et redeviennent progressivement à un niveau acceptable de confusion et chaos.

J’en saurais peut-être un peu plus dans quelques heures.

Pour le moment, je vais traîner mes affaires et mon pingouin vers l’ouest ou le sud à la recherche non pas du temps perdu mais des illusions qui me manquent tant.

Nous en avons tous besoin, vous comme moi, surtout en période de grands bouleversements.

 

§269

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