Demain 24


24

 

Le temps s’est rafraichi. La saison des pluies semble s’approcher. Les nuages gonflent et  deviennent de plus en plus menaçants. Il ne fait guère plus de 22 degrés le jour et 15 la nuit, ce qui est un peu frais pour le onzième mois de l’année. Le canal est gorgé d’eau ce qui est un brin étrange dans la mesure où en pareille période il conviendrait de laisser les eaux circuler au débit maximum pour pouvoir lorsque le besoin s’en fera sentir dans quelques semaines fermer les écluses et barrages, et endiguer les flots. Peut-être n’y a-t-il plus d’instruction y relative ou de personnes en charge de ce service public essentiel. Pour l’heure chacun s’est recentré sur les besoins les plus vitaux, l’alimentation et l’eau. Tous les jours, des groupes de plus en plus pressés et animés passent dans les rues avec des paquets et des sacs, telles des ombres animées de mouvements brusques réminiscence de ce qui devait être jadis des mules se mouvant dans les rues médiévales.

Je suis un peu inquiet du manque de chauffage dans mon logement. D’habitude, dès que la température glisse en dessous de 20 degrés, les buses invisibles charrient un soupçon de chaleur dans les murs, sols et plafonds des logements pour assurer une température ambiante constante et uniforme de 22.1 degrés dans les pièces de jour et 21.3 dans celles de nuit. Pour l’heure, les indicateurs électroniques de mes systèmes informatiques en trois dimensions indiquent des températures oscillant entre 23 et 20 degrés sans compensation de quelque nature que ce soit. J’ai bien peur que les services centraux du groupe d’immeubles, du quartier ou de la ville, ne fonctionnent plus de manière adéquate.

Les nouvelles non obligatoires continuent de déverser des informations officielles ainsi que des commentaires non-autorisés. Les autorités gouvernementales défont inlassablement ce que leurs prédécesseurs, c’est-à-dire eux-mêmes mais sous un autre nom, avaient organisé et fait il y a peu. Tout se délite lentement, inéluctablement, inexorablement… la longue sinusoïde sur laquelle se déplace le bateau ivre de nos vies a visiblement atteint un paroxysme duquel nous descendons, ou montons, peu importe le sens, la valse des saisons, des jours, des nuits, de l’histoire, des mondes, des plaisirs et de la guerre se défait. Nous sombrons ou renaissons. Je ne saurais dire ce qu’il en est. Je suis ivre à mon tour…

Peu de nouvelles pourtant sur ce qui me paraît pourtant être une priorité essentielle, la satisfaction des besoins de base de la population sous leur juridiction. Rien n’est dit, annoncé ou proposé, pas de référence à la pénurie alimentaire en gestation, rien sur la diminution des prestations de base pour qui souhaite se faire soigner, rien sur l’abandon de certains services essentiels, l’anarchie prévalant dans les transports publics, les carences dans le soutien technique, le chauffage urbain, l’éclairage, l’acheminement d’eau, la qualité des réseaux électroniques, rien de rien, pas un murmure de commentaire, rien. Les journalistes posant leurs questions ignorent ces sujets, probablement ne se sentent-ils pas concernés, leurs tours d’ivoire doit encore les protéger mais pour combien de temps ? Ne sont abordés, et encore que de manière incidente, marginale, oblique, que les sujets touchant de près ou de loin à l’évolution de la politique nationale voire internationale, la formation, difficile il est vrai, du nouveau gouvernement, les tentatives de réformes constitutionnelles, la discussion jugée essentielle de la primauté des priorités gouvernementales sur celles identifiées par les cellules régionales ou les démembrements régionaux, le devenir de la famille Jointes Des Après, celle de l’ancienne présidence tripartite du gouvernement d’union nationale et de gestion des affaire urgentes, dont on souligne qu’elle s’est peut-être exilée dans le Piémont jurassien.

Le monde traverse une crise sans précédent, un calme après la tempête, la paix après des décennies de guerre et de révolutions, et nul ne nous guide, nul ne nous avise de la marche qu’il convient de suivre, tout est laissé à l’abandon et à notre libre détermination, enfin me semble-t-il, mais nous ne savons que faire de cette liberté, nous sommes semblables à des canaris ayant vécu en cage durant des années et qui se retrouvent soudain en liberté, comme eux, si nous n’y prenons garde, nous mourrons…

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s