Demain 31


 

31.

 

 

Les humains, ceux qui restent, paraissent des ombres sans corps. Ils avancent lentement, la tête courbée vers le sol qui ne réfléchit aucunement leur silhouette sombre. Ils sont mornes. Ils sont terrorisés mais ont perdu la capacité d’exprimer leur peur. Ils ne comprennent rien à ce qui s’est passé. Celles ou ceux qui auraient pu leur expliquer ne peuvent plus s’exprimer puisque le vecteur de cette communication a disparu. Il n’y a plus aucune possibilité de propager la moindre information. Tout est muet. Il n’y a plus d’image dans ce qui fut le royaume du virtuel et du plastiquement correct. Les cerveaux humains et mécaniques qui nous régissaient existent probablement encore mais puisqu’ils ne peuvent s’exprimer il faut en convenir que leur existence est bien proche de l’inexistence. Comme nous d’ailleurs. Tout est silencieux.

 

 

Nous étions habitués à ce que les chemins de nos vies soient déterminés par des considérations qui nous échappaient, les directions choisies par d’autres suivant des critères que nous acceptions sans vraiment les connaître. Nous avions abdiqué toute velléité d’autonomie. Tout cela parce que l’on nous martelait la peur, prédisait l’apocalypse à tout bout de chemin, terrorisme par-ci, guerre par-là, catastrophe climatique, biologique, bactériologique, et autre par-dessus, annihilation économique, sociale, culturelle, politique par-dessous. Nous étions devenus des êtres chétifs sans droit ni loi mais on nous dénommait les vertueux, les légitimes, les légaux, au choix, pour nous différencier de ces sans droits que l’on appelait les non-droits. Une clique sans visage gouvernait mais le reste survivait, jusqu’à ce que les privilégiés, la nomenklatura arrogante et décadente ne rencontre ses propres problèmes, allez savoir lesquels, nous ne saurons jamais, nous avons compris qu’une révolution de palais se propageait sans comprendre laquelle, sans savoir pourquoi, sans chercher à comprendre, car ceci nous avions oublié comment cela marchait.

 

 

Nous sommes des automates sans moteur ni fil conducteur. La peur qui a été l’ombre de nos vies en est devenue le moteur. Beaucoup d’entre nous sont morts, stupidement, tels des poissons rouges dans un bocal sans eau. D’innombrables cohortes humaines ont péri de manière totalement stupide, imbécile, niaise, parce que leur logement était bloqué par des portes superbement équipées d’électronique qui s’ouvraient à la voix ou au toucher, mais quand le cerveau informatique s’est enrhumé il n’est plus rien resté car l’humain était devenu tellement arrogant qu’il en avait perçu la faculté de compter sur ses propres faiblesses. L’arrogance et la superbe conduisent inexorablement à la mort. Le reste aussi, mais plus tard.

 

 

Mais, après tout, pourquoi tant de rancœur contre ces élus et dominants? Nous avons laissé faire sans chercher à comprendre, sans nous opposer. On aurait pu. On aurait dû. Mais on n’a pas fait. On aurait dû résoudre la petite addition 2+2 =0 et déterminer qu’il y avait des petits soucis à cet égard: Combien d’attentats effectivement dénombrés? Combien d’armes massives, destructrices, atomiques, plutoniques, annihilées? Combien de massacres évités? Combien de catastrophes enregistrées en surnombre avec celles des siècles passés? Nous avions toute l’information à disposition mais nous étions submergés par ce que l’on nous transmettait, nous étions inondés de fiel et n’avons su nous en défaire et finalement avons perdu notre libre-arbitre comme cela, par une simple signature en bas de contrats ni lus ni compris, nous avons accepté l’impensable, d’êtres humains nous sommes redescendus au statut de vivant, c’est tout.

 

 

Et les vivants, ceux qui restent, se déplacent en petits groupes hébétés, à la recherche d’abri, de chaleur, de nourriture, d’eau, de vêtements, tels des magdaléniens. Nous faisons de même mais grâce à Mélanie nous sommes un peu mieux organisés. Nous sommes répartis en groupes de trois individus et vaquons à nos occupations tels des corbeaux aux fonctions bien déterminées. Si l’un de ces groupes repère une cible utile, l’un de ses membres rentre au sanctuaire pour le signaler aux autres et bientôt beaucoup d’entre nous se joignent aux premiers pour tirer le maximum de ce qui vient d’être découvert. Ce peut-être des aliments déshydratés découverts derrière quelque devanture oubliée, du matériel électronique de soutien, des lampes ou chauffages solaires, des vêtements empilés dans des locaux administratifs qui par un passé assez proche attendaient ici ou là afin d’être envoyés selon des critères très fins vers les appartements dorénavant désertés ou transformés en sinistres tombes.

 

 

Nous errons par les rues et avenues, explorons chaque coquille vide ou presque à la recherche de miettes de la civilisation d’antan. Le ciel chaque soir se revêt d’une couleur pourpre mais nous ne savons pas s’il s’agit d’un incendie gigantesque ou d’un coucher de soleil ironique. Tout va à vau l’eau. Nous ne savons même plus reconnaître l’un ou l’autre.

 

 

Que l’on nous pardonnne….

 

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