Interview


Interview de Eric TISTOUNET

Written by Nathy (http://belisamart.fr/blog/index.php?option=com_k2&view=item&id=216:interview-de-eric-tistounet&Itemid=51)

 

Présentation :

 

Biographie :

 

Eric Tistounet, né en 1961, marié, deux enfants, vit à Genève, travaille à l’ONU dans le domaine des droits de l’homme et, lorsqu’il a le temps, écrit, généralement entre 23 heures et 1 heure du matin.

Extraits (Grandeurs et décadence d’un enfant du siècle – 2010) :

 

J’aurais aimé être quelqu’un d’autre que celui que je suis devenu. Je ne pense pas être le seul dans cette situation, on peut l’imaginer.

 

Je crois que la raison principale pour laquelle j’ai accepté pendant une longue partie de ma vie d’être sous le joug d’un abrutissement quasi permanent et une obéissance plate et rigide aux prescriptions de mon supposé destin est l’immense lassitude qui souvent m’oppresse.

 

Je suis né ainsi et rien ne semble pouvoir changer cet état de fait. J’ai depuis ma plus tendre enfance préférer une douce et saine passivité à cette hyper-activité inutile et épuisante qui semble être la marque de fabrique de mes contemporains. La lecture d’un roman me repaît tout autant qu’un bon repas, la contemplation d’un ciel cotonneux absorbe mon attention bien plus sûrement qu’une émission de télévision, l’audition d’un opéra ou la vision d’un film contemporain me plonge dans un enchaînement de pensées dense et sans limites. Je ne suis pas fait pour une époque où le temps est maître de toute chose. Je suis bien mieux armé pour affronter les lentes évolutions de la vie et sa sinuosité implacable allongé sur une dune de sable ou assis face à un coucher de soleil dans le lointain Botswana.

 

Je mens… Je m’en rends bien compte. Je suis hors sujet. Les choses sont bien plus complexes et mon personnage comme tous les autres est nuancé, contrasté et contradictoire. Surtout contradictoire. Disons que j’aurais aimé être passif, neutre, profondément zen, un Marc-Aurèle en miniature mais ne l’ai pas été, ou plutôt ne l’ai été qu’en certaines occasions. Mes périodes de lassitude et benoîte obéissance aux forces qui m’entouraient ont été circonscrites entre d’autres périodes de profonde agitation, trépidation et fulmination.

 

Il serait plus juste de dire que j’ai toujours démontré une capacité à anticiper les évènements et saisir les occasions lorsqu’elles se présentaient, on pourrait parler d’opportunisme singulièrement affûté. Ce n’est que lorsque les circonstances étaient figées, implacablement dessinées et articulées, que j’aie sombré dans profond abrutissement et la lassitude extrême que j’aie décrites auparavant et desquels j’ai éprouvé les pires difficultés pour m’extraire. J’avais alors il est vrai l’impression de ne plus pouvoir me défaire de ces fils, d’être paralysé, apathique, amorphe. Peut-être était-ce là une réaction parfaitement appropriée puisque je n’étais plus en mesure de réagir et changer le cours du destin, de me débarrasser de mon joug.

Œuvres :

En attendant que la nuit s’achève (2011)

La longue et lente errance d’un groupe d’amis improbables (2011)

Marcher, encore, toujours (2010) (à paraître aux Éditions Petits Tirages)

Grandeur et décadence d’un enfant du siècle (2010) (à paraître chez mon petit éditeur)

Dialogue avec des ombres (2009) (à paraitre aux Éditions Kirographaires)

Un lent glissement (2008) (Éditions Petits Tirages 2011)

Celui qui reste (2007)

Dans un instant ça ne va pas commencer (Pièce de théâtre – 2007)

Points de non-retour (Nouvelles – 2006)

Le vieil homme, le bourdon et le chat qui se suicide (2006)

Toutes les vies que j’ai vécues (2005)

Danser avec dieu (2005)

Les absents (2004)

Le temps des rapaces et celui des hérons (2003)

Carnets d’un médiocre (2003)

Après-demain (Chroniques européennes) (2002)

Etc.

 

 

Liens :

 

www.erictistounet.org

unelongueerrance.blogspot.com

www.erictistounet.com

 

Interview :

B’À : Tu utilises un pseudo ? Si oui, d’où vient-il ? Pourquoi ne pas garder ton vrai nom ?
Invité :

 

Je publie mes ouvrages sous mon propre nom. Par contre, sur Facebook j’utilise un avatar, Erik Tysserman, pour distinguer les échanges portant sur l’art, la photographie et la littérature des autres plus personnels. En tout cas c’était l’idée initiale.

B’A : D’où te vient ta passion ? Et depuis quand écris-tu ?
Invité :

J’écris depuis 80, j’avais presque vingt ans. Je ne sais plus vraiment pourquoi j’ai commencé à rédiger des lignes, les unes après les autres, un défi ? Peut-être. Une passion ? Sûrement. Un plaisir ? Évidemment. Depuis lors, je n’ai jamais cessé d’écrire, et ne me demande même plus pourquoi. Il y a probablement une conjonction de multiples raisons allant du besoin de mieux me connaître à celui d’essayer d’appréhender ce qui se cache derrière la réalité qui m’entoure et dans laquelle j’évolue sans vraiment toujours la comprendre. Ce n’est d’ailleurs pas une grande surprise si mes romans sont la plupart du temps rédigés avec un narrateur omniprésent qui tente tant bien que mal de survivre à des situations qui le dépasse totalement.
B’A : Qu’est-ce qui t’a motivé à la partager avec un public ?
Invité :

 

Je suis un grand lecteur. J’ai toujours lu plusieurs titres en même temps, appartenant chacun à des genres différents. Je n’exclus absolument rien. Pour moi, l’essentiel est le texte que je lis ce qui m’amène à considérer l’auteur de celui-ci de manière moins prioritaire. La création est ainsi plus importante que le créateur. C’est presque une affirmation religieuse ou philosophique, n’est-ce pas ? En tant qu’écrivain, je conserve cette vision des choses. Mon statut d’auteur n’a que peu d’importance, ce qui compte ce sont les livres que j’écris. Il est donc essentiel que ces textes, qui vivent leur vie propre depuis que je les ai achevés, trouvent leur lectorat.

B’A : Qu’est-ce qui a été le plus dur pour te faire éditer ? Raconte-nous un peu ton parcours.
Invité :

Le temps. Je suis écartelé entre une profession extrêmement riche et passionnante, mais très exigeante et une vie privée elle également très prenante. Je me consacre à mon rituel d’écrivain de manière quotidienne, généralement la nuit. Il ne me reste pas une seconde pour le reste. Or, être publié requiert un temps considérable. Je ne vis pas à Paris, je ne connais personne dans le monde de l’édition, je suis étranger, totalement, au milieu dit ‘intellectuel’. Ceci joue contre moi. Je ne crois pas du tout qu’un roman puisse être édité par une grande maison d’édition s’il lui est envoyé tel quel dans une enveloppe presque anonyme. Au début, je veux dire dans les années 80, j’ai essayé, d’envoyer mes textes de cette manière mais après avoir constaté que mes pauvres livres n’avaient même pas été ouverts j’ai abandonné. J’ai repris ces efforts l’année dernière après avoir créé mon site et rejoint les réseaux sociaux et je suis heureux de voir quelques-uns de mes titres publiés par des maisons d’édition très sérieuses et désireuses de s’ouvrir à de nouveaux auteurs.
B’A : Comment s’est déroulé le contact avec l’éditeur quand ton manuscrit à été accepté ? As-tu dû faire des concessions au niveau de ton manuscrit (modifier certaines choses dans l’histoire) ?
Invité :

Pour le moment, tout c’est très bien passé. J’ai parlé avec des personnes respectueuses de mon travail dont le désir évident était de m’épauler dans mes efforts. Mes textes sont assez particuliers, je pense, et leurs commentaires ont toujours été appropriés.
B’A : D’où te vient ton inspiration ? As-tu une technique pour éviter la panne sèche ou te remotiver ?
Invité :

Comme tout auteur, je suis une éponge. J’absorbe énormément du monde qui m’entoure et aliment ainsi mon imaginaire propre. J’utilise souvent, je l’ai dit, l’intermédiaire d’un narrateur. Celui me permet de me distancier du texte en tant que tel et projette le lecteur dans le cœur de l’action, au milieu des personnages. C’est mutuellement bénéfique. Je fournis au narrateur les éléments essentiels du roman en devenir et le laisse se débrouiller. Parfois, le narrateur se trouve un peu déboussolé, ce qui évident dans ‘un lent glissement’ paru récemment, mais cela amène souvent encore plus d’authenticité et de volume à l’histoire dont il s’agit. La plupart du temps, je suis surpris positivement par l’évolution de mes narrateurs et, en conséquence, celle de mes ou ses autres personnages, ce qui suscite mon attention permanente. Le tout m’évite naturellement les pannes sèches surtout si l’écriture devient un rituel, ce qui pour moi est évidemment le cas. Si je n’écris pas une journée, je suis en manque…
B’À : En tant qu’auteur, qu’est-ce qui te pose le plus de difficultés ? Y a-t-il quelque chose que tu t’interdis d’écrire ?
Invité :

 

Je n’aime pas le voyeurisme, la vulgarité ou la facilité. Je déteste les phénomènes de mode. Je ne veux écrire pour personne, pas même pour moi. Mes textes doivent se suffire à eux-mêmes. Par ailleurs, j’essaie de ne pas m’enfermer dans le même genre et passe de l’anticipation (après-demain) au réalisme (grandeur et décadence d’un enfant du siècle) en passant par le surréalisme (lent glissement), les romans psychologiques (dialogue avec des ombres) et ainsi de suite. J’ai, bien entendu, rencontré des obstacles et ai dû parfois m’arrêter après cent pages voir plus. Par exemple, je n’arrive pas à écrire un roman ‘noir’ ou ‘policier’, c’est au-delà de mes capacités pourtant j’aimerais bien en terminer un… peine perdue.

B’A : As-tu des modèles qui t’ont inspiré ?
Invité :

 

Je lis énormément et en conséquence ai beaucoup apprécié certains textes : Never let me go, d’Ishigure, les ouvrages de Kafka, Vian, Irving, Auster, Coupland, Virgile, Racine, et autres. Chacun est en moi et forme un liant pour mon imaginaire, un peu à la façon de Montaigne. Mais je ne peux pas dire que je me sois un jour inspiré d’un auteur exclusivement.

B’À : Tu as adopté un style, penses-tu te risquer à effleurer d’autres genres à l’avenir ou te sens-tu suffisamment à l’aise avec le tien pour lui être fidèle ?
Invité :

 

Je change de style très fréquemment. Pour moi l’important est d’identifier une situation, l’histoire ou les histoires qui vont la parcourir, les personnages qui vont avec, le style vient ensuite. Le texte que j’écris actuellement sur mon blog est très difficile car je m’impose un style très sec et distancié qui doit coller avec une société qui s’écroule sur elle-même. C’est difficile et je dois m’accorder des plages de repos mais c’est nécessaire.

B’À : Tu as écrit plusieurs choses, as-tu une préférence pour l’un de tes romans ? Si oui, lequel et pourquoi ?
Invité :

 

Le premier, Babel, un texte très naïf et lourd, très noir également. Une société qui marche sur la terre. La Tour a été construite, Dieu et ses Saints sont atteignables en haut des escaliers. Mais si le paradis est en haut, l’enfer doit être en bas, ce qui est logique. Le clergé maintient le monde dans une obscurité et une cruauté totales. Pour que le bonheur existe en haut, le malheur doit prévaloir en bas. Des descriptions très lourdes et dures. Mais dans tout cela il y a un couple qui s’aime et ceci contrarie la structure même de la société. J’ai aimé travailler cet appétit de liberté sur fond d’angoisse et de destruction. Mais, je dois admettre que c’était un texte un peu difficile et ambitieux, trop probablement.

 

Tous les autres… chacun contient un personnage ou une situation qui me séduit encore. La vieille femme du roman ‘Le temps des rapaces et celui des hérons’ qui a un destin invraisemblable ou celle du lent glissement qui s’exprime en haikus tout en détruisant les radiateurs…

B’À : À quel personnage/créature tu t’identifies ou aurais-tu aimé être ?
– Et parmi les personnages/créatures de tes œuvres ? Qui te ressemble le plus ? Lequel aurais-tu voulu être ?
Invité :

Difficile à dire. Je pense que l’auteur ou artiste compose, écrit, créé sur la base de son propre vécu. Les personnages qui s’infiltrent dans mes romans sont forcément extraits de mon imaginaire. Je dois donc leur ressembler quelque part. Mais cela s’arrête là : mes narrateurs m’amusent mais parfois ils m’exaspèrent. Surtout lorsqu’ils ne comprennent rien au monde qui les entoure. Les livres qu’ils rédigent leurs appartiennent. Je ne me sens pas plus proche de l’un ou de l’autre.

B’A : Quelles œuvres aurais-tu aimé écrire/dessiner/composer ?

Invité :

J’aimerais écrire un opéra. Je suis quasiment ignare en musique mais l’idée de créer un Opéra, qui soit un composé de narration romanesque et musicale, avec un fond pictural, une mise en scène surréaliste, des sons insaisissables, des acteurs/chanteurs invraisemblables dans des situations indescriptibles m’attire énormément. Ce devrait être une grande fresque à la Wagner. Mais, bien entendu, ceci me dépasse totalement et je ne serais jamais en mesure de le faire. Alors, j’ai essayé quelque chose de plus simple, une pièce de théâtre ou un scénario de film. Mais je suis loin de ce rêve.

 

B’A : As-tu d’autres activités en parallèle qu’elles soient artistiques ou non ?
Invité :

Beaucoup. Mon activité professionnelle (je travaille à l’Onu dans le domaine des droits de l’homme) est passionnante. J’aime beaucoup la photographie (j’aliment mes comptes FB et autres quotidiennement). J’aimerai pouvoir reprendre la peinture que j’ai abandonnée au début des années 80 dans une sorte de gestuelle expressionniste abstraite peu originale.
B’A : Comment t’organises-tu  pour tout concilier ?
Invité :

Un casse-tête permanent. Je suis horriblement distrait. Je dois donc m’organiser aussi bien que possible et soumettre mon pauvre cerveau à des gymnastiques quotidiennes. Comme indiqué, il est plus simple pour moi d’écrire régulièrement que par à-coups. Je procède de la même manière en toute chose. Je ne me demande pas mon avis…
B’A : Si tu ne faisais pas cela, quel aurait pu être ton autre métier ?
Invité :

Journaliste ?
B’A : Peux-tu nous parler de tes futurs projets ?
Invité :

Terminer mon roman actuel et reprendre une grande fresque, façon ‘carnets d’un médiocre’ ou ‘grandeur et décadence’.
B’A : Quels conseils donnerais-tu pour quelqu’un qui veut se lancer à son tour ?
Invité :

 

De la constance, de la modestie, de la persévérance. Ce qui est semé aujourd’hui finira bien par pousser, un jour ou l’autre. L’important n’est pas la récolte mais le geste, l’effort, la musique qui entoure les semences. S’inscrire dans un tel registre change la vie pour de bon… et le reste suit, forcément.

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