Fragments d’épopée – 7


La révolte des chevelus

 

Tandis que Babel se consumait

Que les innommables se réjouissaient

Les nuées de chevelus marchaient ivres, replets et dociles vers les ports pour embarquer et quitter l’immense territoire de Naos

Les mers et les fleuves étaient investis d’autant de navires que le désert l’est de roches

Toutes voguant vers le levant ou le couchant

Le vent les poussant vers leur destin

Loin de celui du peuple de naos ivre lui aussi mais de satisfaction et de jouissance

Radieux à l’idée d’avoir anéanti ceux qui rejetaient amour et haine

Et n’avaient pas compris la force de l’amour

Et avaient ainsi été sanctionnés par la mort et la souffrance

Mais restèrent certains des chevelus qui perçurent que si la force avait permis de vaincre les géants de Babel, elle pourrait aussi vaincre le peuple de Naos

Qui, s’il était intelligent et riche, rusé et ambitieux, fourbe également, était également faible et chétif

Qui, s’il était composé de vivants pouvant allonger leur vie sur près de trois cent ans, l’était également de nabots chétifs et craintifs

Riant faussement pour cacher leur crainte permanente

Et usant de leur richesse pour pervertir ceux qui n’étaient pas les leurs

Puis les tuant en les accusant de ne pas avoir suivi la voie de l’amour et du bonheur

L’un des chevelus s’appelait Spica

Comme ses semblables, il ne savait parler et communiquait avec ses sbires par signe et grognement

Comme eux, il ne connaissait autre chose que rapport de force envers ses contemporains,

Méfiance, fuite ou agression à l’encontre des autres vivants,

Et, par peur de la nature, de la vie et de la mort, respect envers l’inconnu, les Eléments et leurs alliés

Il était écrit qu’il serait utilisé par ceux-ci pour reprendre le contrôle d’un monde que les peuples de Babel puis celui de Naos avaient tenté d’éclipser

Spica et les siens se réfugièrent dans un pays de montagne, aride et froid

Ils bâtirent une cité de bois et plantèrent des bustes à l’effigie des dieux

Ils se prosternèrent face à des autels de pierre

Ils immolèrent les blessés et quelques prisonniers et donnèrent leur cœur et leur sang aux divinités assoiffées qui songeaient que l’heure pourrait bientôt être venue de reprendre leur long combat et nommer ceux qui refusaient de se nommer et compter ceux qui ne pouvaient l’être

Et s’éprirent de ce peuple farouche, stupide et muet

Qu’ils protégèrent des rigueurs et vicissitudes du climat et de la stérilité de la terre

Les faisant prospérer tels les insectes ou les rats

Attendant le moment propice pour retrouver le dessus sur les peuples de Naos et d’autres à venir

Spica apprit un langage en priant les divinités et il l’appela souffle divin

Il apprit l’écriture en la voyant inscrite dans la roche et les nuages et le nomma larmes divines

Il apprit à compter en scrutant l’horizon sur lequel se dessinaient les bêtes et les erres et détermina qu’il s’agissait du toucher des dieux

Il s’isola pendant cinquante sept années dans une vallée austère en interdisant à quiconque de s’approcher

Et lorsque vint le temps de la révolte il sortit de celle-ci affublé d’un corps d’athlète et d’un visage glabre et fluet

Il imposa à chacun selon son rang de se raser la moustache, la barbe, les cheveux ou les poils, considérant que les chevelus appartenaient au monde animal et que lui touchait au divin, et que dorénavant chaque caste en fonction de son rang et statut se reconnaîtrait à sa pilosité particulière

Mais lui était le seul pouvant se permettre de n’avoir aucun poil ou cheveu

Et lorsque survivait un vivant affublé de semblable qualité au-delà de l’adolescence il le tuait et offrait son cœur aux divinités

Cinquante sept années s’étaient écoulées et le peuple des chevelus avait prospéré sous la protection des Eléments et de leurs alliés

Tandis que ceux de Naos avaient été accablés des pires calamités que leur monde eut supportées

Sans se douter ou comprendre qu’il s’était agi d’une vengeance des Eléments et de leurs alliés, trop contents de la victoire de Naos et la disparition de Babel

Les chevelus avaient vu leur nombre multiplié par dix

Tandis que d’autres des leurs étaient revenus d’au-delà des mers

Et que le peuple de Naos faisait face avec courage mais désespoir aux assauts d’une nature devenue folle, confondant hiver et été, pluie et aridité, vent et sérénité

Et avait perdu très largement de sa superbe et de sa suffisance

Et dont les sourires ne parvenaient plus à masquer la douleur

Que la faim, le froid et la mort provoquaient

Indubitablement

Spica se fit couronner dieu vivant à l’équinoxe de printemps

D’une année débutant sous les chants des chevelus à qui il avait appris à chanter pour louer les divinités

Et décréta le début des hostilités divines contre le peuple de Naos

Et le reste des mondes

Le soulèvement définitif

La fin d’un peuple

Et l’apogée d’un autre

Il mit ses armées en route

Et se dirigea vers le peuple de Naos

Armé jusqu’aux dents

Promettant aux dieux de bâtir un palais immense avec les dents de ceux qu’il allait abattre

Sans se douter que la guerre allait être longue et la résistance de ceux de Naos acharnée

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