Fragments d’épopée – 11


LIVRE III

 LES ISOLÉS

   La Genèse

Les mondes subsistaient

Mais sans vivant pour le constater

Et les Eléments et leurs alliés avaient transporté ailleurs leurs conflits perpétuels

Et les roches et les terres

Les eaux et l’air

Le feu et les gaz

S’employaient à faire disparaitre dans les temps passés

La trace de ceux qui s’étaient battus

S’étaient trompés

Avaient usurpé leur pouvoir

S’étaient complus dans la suffisance

Avaient imposé des valeurs nouvelles qui ne valaient guère mieux que les anciennes

Et croyant combattre les Eléments et leurs alliés s’étaient en fait combattus eux-mêmes

Ne restait personne à défaut de rien

Et la nature prospérait enfin

Sans vivant pour troubler son cours long, lent et insondable

Sans souvenir aucun de Babel ou Naos, d’Eus et Nostra, de Spica et des autres figures d’un passé enterré

Loin des yeux, du cœur et de l’âme
De qui que ce soit pensant le constater, l’interpréter ou le comprendre

Loin des infinis soumis au diktat des Eléments et de leurs alliés

Loin de toute chose et être

Une nature qui évolua ainsi durant des centaines de millénaires

Sans souffle de vivant

Ni errements

Le temps de l’oubli et de l’apaisement

Le temps de la convalescence

Jusqu’à ce qu’au centre d’une vallée insolite

Plus de cinq mille révolutions stellaires après la disparition des peuples oubliés,

Au-delà des territoires antérieurement peuplés par Naos et Babel

Dans la chaleur d’un sol fécond

Aux abords des ruines multiples et indéchiffrables

Ne surgisse à nouveau des embryons de vie

Forgés par le poids des millénaires, la force d’un souvenir diffus, la douleur d’une omission

Marqués dans leur être par le souvenir invisible des souffrances que d’autres avant eux avaient enduré au nom de principes qui avaient perdu leur raison d’être au fur et à mesure que le temps s’était écoulé

Endurcis par la pression des terres et celle des eaux

Surgis de nulle part et partout à la fois

Des vivants de nouvelle forme et dimension

Frères involontaires de ceux qui avaient disparu mais étrangers dans leur aboutissement

Des êtres mûris par l’expérience de ceux qu’ils n’avaient pas connus mais dont les ruines marquaient leurs cauchemars

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