Dans un instant ça ne va pas commencer … Acte II Scène 1


ACTE II

 

Scène 1

 Durant l’entracte, le rideau est resté ouvert. Le metteur en scène est parti et a entrainé avec lui l’auteur. Par contre, les acteurs n’ont cessé d’aller et venir pour préparer la scène. Ils ont utilisé une partie du mobilier existant – table basse, chaises, lampes, etc. – pour en faire un pseudo traineau. Puis ils ont amené des coiffes de nature diverses et les ont essayées. Le metteur en scène et l’auteur reviendront au début de l’acte. Les acteurs viendront à tour de rôle sur la scène principale prêter main forte à Rosemary puis s’en retourneront s’asseoir près de l’auteur et du metteur en scène. Les enfants se chargeront de coiffer les acteurs qui essaieront leurs coiffes et paraderont quelque peu avant de jouer leur rôle. 

LE TEMPS – Mesdames et Messieurs. En espérant que le petit break vous ait été utile. De notre côté, nous avons bien avancé. La comédie que nous allons avoir le bonheur d’exécuter devant vous, le terme est certainement bien choisi, s’intitule ‘Rosemary en a marre’. C’est une distraction qui nous l’espérons vous déroutera, vous intriguera et vous divertira et, ce faisant, vous permettra de décompresser après un premier acte pour le moins délicat et difficile. Bonne soirée.

Rosemary (la victime) entre par une des portes du fond. Elle porte un bonnet rouge sur la tête. Le reste du costume est inchangé.

 

ROSEMARY – Quelle sérénité ! Quelle jubilation ! Ce jour aura toujours pour moi un parfum spécial. Une année d’attente pour tous ces chers bambins. J’imagine leurs petits regards joviaux et anxieux songeant à ce que Rosemary va leur apporter… Dans la folie des temps présents, l’illogisme, la brutalité, la folie des hommes, il reste ce je ne sais quoi de délicatesse qui fait que l’on se tourne une fois par an vers les poncifs des temps jadis et que l’on scrute le ciel, anxieusement, dans l’attente de la venue de Rosemary.

Sur leurs sièges, l’auteur et metteur en scène hochent la tête de manière misérable.

 

L’AVOCAT (en aparté) – Rosemary, ce n’était peut-être pas le meilleur des choix.

ROSEMARY (vers la partie gauche de la scène) – Allons mes amis, au travail, ne décevons pas les enfants de ce monde, allons-y!

LE RENNE (LE TEMPS) quitte l’avant-scène, se précipite vers les enfants qui la coiffe d’un semblant de bois et se précipite en disant à l’adresse des spectateurs – Moi, je suis un renne – pas une mais un ! Jeu de mot ! – Cette année c’est sans nous ma grande !

ROSEMARY – Pardon ?

RENNE – On en a ras le bol. Des siècles que tu accapares tout. Rosemary par ci, Rosemary par là. Tout pour la grande, rien pour les rênes, alors cette fois-ci, tu te débrouilles toute seule ! Pas de renne pour t’aider, suer sang et eau, se faire exploiter et assister à ton triomphe. Pas d’esclave pour le César des temps modernes.

ROSEMARY – (Désemparée) Mais, vous avez songez à tous ces enfants qui attendent que…

RENNE – On y songe, on y songe. On songe même qu’à cela. Tout le monde ne pense qu’à eux. Alors, t’inquiète pas la grande, nous les rênes on a trouvé une solution.

CHEF PINGOUIN  (L’ELECTRICIEN) Il se lève, prend un bec façon Donald, en met trois autres sur le visage des enfants et dit au public – Moi, je symbolise le chef pingouin et eux les petits pingouins – (à l’adresse de Rosemary) Bonjour Cheffe ! (les trois petits pingouins se précipitent vers la pseudo-calèche et prennent des rênes)

ROSEMARY – Qui êtes-vous ? Je ne comprends rien à tout cela.

CHEF PINGOUIN – Les rennes nous avaient avertis, cheffe. Ils nous avaient dit que vous étiez un peu longue à la détente. On est de la International Pinguouin Association (IPA), pour vous aider cheffe… Je précise, des pingouins de l’association internationale des pingouins ? Compris ?

ROSEMARY – Des pingouins, oui, bien sur, j’ai compris, des pingouins. Mais, des pingouins, ce n’est pas quelque peu bizarre, je veux dire pour tirer une calèche portant des tonnes de cadeaux ? Même dans une pièce de théâtre cela paraîtrait ridicule.

PREMIER PINGOUIN – On a tout réglé avec Monsieur Rosemary.

ROSEMARY – Monsieur Rosemary ?

DEUXIEME PINGOUIN – Votre mari, Cheffe !

ROSEMARY – J’avais compris. Mais que vient faire mon mari là dedans ?

CHEF PINGOUIN – On fait 50 / 50. Moitié pour lui et moitié pour nous. Les royalties, les commissions, les frais de déplacements et les suppléments pour travail de nuit, tout est sous contrôle.

TROISIEME PINGOUIN – Y avait juste les stocks options qui posaient problèmes mais on a négocié toute la nuit et maintenant c’est OK.

ROSEMARY – Les stocks de quoi ?

CHEF PINGOUIN – (rire) Vous inquiétez pas cheffe. On vous a introduit en bourse et on se partagera les dividendes avec Monsieur Rosemary avec un ratio de 45 pour 55 en sa faveur.

ROSEMARY – Prorata ? Introduite en bourse ? Quel charabia. Il aurait au moins pu me parler de tout cela!

DEUXIEME PINGOUIN – Il vous en reparlera certainement chef, au retour de sa thalasso !

ROSEMARY – Thalasso ?

CHEF PINGOUIN – Oui, Thalasso ? Pourquoi cela serait-il interdit à votre époux de s’octroyer quelque repos et soins décontractants sur les rivages revivifiant de cette chère Bretagne. La Mer de Baffin ou le Groenland ce serait probablement mieux, en tout cas pour nous, mais lui a préféré la Bretagne.

TROISIEME PINGOUIN – N’est pas pingouin qui veut !

PREMIER PINGOUIN – Parfaitement !

ROSEMARY – Vous m’avez donc introduit en bourse ! Chose étonnante s’il en est. Et pour quelle raison ? Après tout, le concept que je symbolise n’est pas de ceux qui se comptabilisent, se monnaient, s’achètent ou se vendent. Je représente une valeur universelle.

LE RENNE – Pas folle la guêpe mais quelle prétention. Comme s’il y avait une valeur sur cette noble et sainte terre que vous les humains n’aient pas essayé d’accaparer, de transformer en valeurs sonores et pécuniaires. Pas gonflée la grande ! ‘je symbolise une valeur universelle’. Tu parles. Ta couleur fétiche le rouge, tu sais d’où ça vient ? Coca Cola ! Et Coca Cola c’est quoi ?

CHEF PINGOUIN – Il a raison le renne, Cheffe ! Pourquoi Coca Cola deviendrait universel, pécuniairement parlant s’entend, et pas nous.

LE RENNE – Toi, la grande, tu n’as pas besoin de cela mais nous, les suivistes et lampistes de tout poil, on n’a pas ta chance. Tu bosses une fois par an et tu tires de cela une renommée universelle. Pour le reste tu te reposes sur nos épaules. Nous, par contre, on bosse comme des malades et on reçoit rien en échange.

CHEF PINGOUIN – Exactement ! Qui a entendu parler des pingouins de Rosemary ? Qui ? Personne ! CQFD. Donc, Cheffe, il ne faut pas te plaindre et laisse nous gérer ce qui est à gérer et toi tu n’as qu’à te suffire de ta gloire universelle.

ROSEMARY – D’accord, d’accord. Je me tais. Mais, pourrait-on y aller maintenant ? Les bambins nous attendent, il se fait tard et nous devons songer à leur anxiété, leur joie, leur petites frimousses….

CHEF PINGOUIN – C’est bon cheffe, on est prêt. Nous on marche à l’heure et au pourcentage. C’est quand vous voulez, chef, nous on est OK.

PREMIER OURS BLANC (l’avocat – un protège-oreilles blanc sur la tête, façon ski) – (il désigne le protège oreilles blanc et dit vers le public) : Moi, je suis un Ours blanc, magnifique, non ? (à l’adresse de Rosemary) Stop ! Nous faisons partie de la Bears and Squirrels Associate International (BSAI). Nous sommes mandatés par Bruxelles pour faire un audit.

ROSEMARY – Une audition ?

DEUXIEME OURS BLANC (l’électricien – soufflant – il vient de rapidement enlever son bec pour se mettre le protège-oreilles blanc) – On nous avait prévenu ! Pas rapide de la comprenette. Bien. Nous sommes des ours blancs – ça se voit non (il désigne son couvre-chef) et représentons le cabinet international Ours et Ecureuils. D’après votre concurrence  vous accaparez le marché depuis des siècles.

PREMIER OURS BLANC – Vous étouffez toute velléité de concurrence. Vous exploitez vos ouvriers (le renne et les petits pingouins qui opinent du chef).

DEUXIEME OURS BLANC – Et les soumettez à des cadences infernales et de cette façon obtenez des avantages substantiels sur votre concurrence immédiate.

PREMIER OURS BLANC – Il faut changer tout cela, immédiatement. Sinon il faudra déposer le bilan !

ROSEMARY – Déposer quoi ? Concurrence de qui ?

PREMIER OURS BLANC – Désespérant ! Saint Nicolas, Lièvre de Pâques, Saint-Valentin, je m’arrête là où je continue ?

ROSEMARY – Mais, nous ne représentons pas le même symbole.

LE RENNE – Ma grande, tu nous énerves avec tes symboles.

PREMIER PINGOUIN – (en aparté) Vous inquiétez pas cheffe, tout cela c’est une affaire de gros sous. Si tu nous laisse faire, et avec quelques pourcentages de plus, on te trouve une solution fastoche.

ROSEMARY –Et bien d’accord.

Les pingouins attirent Rosemary vers la table, lui mette les rênes autour de la taille et s’installent dans la calèche à sa place.

PREMIER PINGOUIN (s’adressant aux Ours) – Eh bien voilà, on a réglé le problème. On n’exploite plus personne et on n’est plus exploité. Cela vous convient-il ?

PREMIER OURS (consultant un registre et ne trouvant pas ce qu’il cherchait) – Ce n’est pas exactement ce que nous pensions trouver ici. Cela n’entre pas dans les modèles établis par la Bears and Squirrels Associate International. Nous allons consulter Bruxelles et reviendrons rapidement. A bientôt.

ROSEMARY (se dégageant des rênes) – Bien. Merci. On peut y aller maintenant ? En dépit de tout cela, il faut songer aux enfants, ils nous attendent et nous avons peu de temps. Êtes vous prêts ?

CHEF PINGOUIN – (jetant le protège-oreilles et mettant son bec façon Donald) Nous oui, mais pas elle (il désigne une loutre avec lunettes de soleil).

LOUTRE (l’épouse qui porte lunettes de soleil et un panneau avec le mot Loutre écrit dessus qu’elle montre de façon plus qu’ostensible au public) – Salut. Je suis de l’International Design Centermax (IDC).

ROSEMARY – Hein ?

LOUTRE (air dégouté) – On m’avait prévenu au sujet de la vitesse de réaction. N’est pas loutre qui veut. Bien, vos nouveaux partenaires en bourse nous ont mandaté pour un changement de look. Ça s’impose mon chou.

ROSEMARY – Pardon ? Cela fait des siècles que je m’habille ainsi et…

LOUTRE – Justement, mon chou, c’est cela le problème, des siècles, de la poussière, du kitsch. Tout cela doit changer.

ROSEMARY – Mais tout le monde me reconnaît comme cela. C’est mon image de marque.

LOUTRE – Justement, parlons-en de l’image, mon chou… le rouge est off, tout simplement off ; la petite fourrure blanche c’est ringard ; le bonnet, c’est risible ; le ventre bedonnant et la barbe blanche (gêné parce que Rosemary n’est pas grosse et n’a pas de barbe) c’est…. Pas de nom pour cela. Bref, il faut tout reprendre à zéro.

ROSEMARY – Parce qu’il faut faire cela maintenant, alors que les enfants attendent de par le monde des cadeaux ce soir, c’est-à-dire dans quelques heures ?

LOUTRE – Mon chou, tu crois que cela leur ferait plaisir de recevoir quelque chose d’un … truc comme cela. Bon, on n’en a pas pour longtemps de toutes les manières. Au boulot.

ROSEMARY – Laissez-moi, laissez-moi.

La Loutre essaie d’habiller Rosemary d’une fine robe bleue, de lunettes de soleil, et de bottes roses – les rênes et les pingouins sont hilares. Finalement, Rosemary parvient à se dégager et s’enfuit dans les coulisses suivie par la loutre.

 

Rosemary revient au bout de quelques secondes mais par une autre porte.  

ROSEMARY  – Bon, je ne sais pas ce qui se passe ce soir. Rien ne se déroule comme prévu. Absolument rien. On avait parlé d’improvisation et me voilà poursuivie partout par des spécimens bizarres. On aurait voulu porter au théâtre la fameuse théorie du chaos qu’on ne s’y serait pas pris autrement. … Bon, mes chers amis pingouins, on est vraiment en retard. Il faut revenir à l’essentiel, penser aux bambins qui dorment paisiblement en nous attendant. Tout est prêt ?

PINGOUINS – Oui cheffe, bien cheffe.

ROSEMARY – Alors, allons-…. Où sont les cadeaux ?

PINGOUINS – Ce n’est pas à nous qu’il faut demander cela.

ROSEMARY – A qui alors ?

PINGOUINS – Au Castor !

Le spectateur revêt une blouse blanche, tire une raquette de tennis pour symboliser la queue et porte un semblant de masque avec grosses dents blanches

CASTOR – Bonjour Rosemary. On attend la livraison de Bombay et celle de Pékin est arrivée ce matin.

ROSEMARY – Où sont mes bons elfes et gnomes, mes beaux cadeaux, mes joujoux ?

CASTOR – Choux, cailloux etcetera. C’est fini, boss. Tous passés à la concurrence. Suite à un certain audit ils ont préféré, parait-il, se replier sur le lièvre de Pâques et consorts. Moins risqué semble-t-il. Il paraît qu’ils ont un pourcentage en chocolat.

ROSEMARY – Mais, et mes bambins, que vont-ils devenir ?

CASTOR – On a délocalisé, boss, c’est moins cher et de meilleure qualité. Juste un peu de retard. Mais tu peux regarder ce qu’on a reçu, boss. C’est top.

CHEF PINGOUIN – (tandis que le castor fouille dans une sorte de hotte, il regarde par-dessus son épaule et dit) – je n’avais encore jamais vu des ordinateurs ou des bicyclettes en bois, mais bon, ce sont les castors qui gèrent !

CASTOR – Je vais revenir dans un instant. J’ai d’autres modèles plus récents.

ROSEMARY – Bon, cela ne fait rien. On donnera ce qu’on pourra. Après tout, c’est l’intention qui compte. On peut y aller maintenant ? Tout est prêt ? Il faut songer à ces adorables bambins qui nous attendent de par le monde et …

JOURNALISTE (L’avocat avec grand sourire, lunettes de soleil et caméra professionnelle) – C’est ici la demeure de Rosemary ?

ROSEMARY – Que se passe-t-il encore ?

JOURNALISTE – Je suis de TV7. On voudrait faire un reportage ‘live’ pour ‘les jardins du bonheur’. C’est vous Rosemary ?

ROSEMARY (flattée) – Oui, certes, bien sur… un reportage live, c’est vraiment très intéressant… enfin, le problème, voyez-vous, c’est que dans quelques heures à peine nous devrions avoir terminé la tournée et il ne nous reste que 2 milliards et quelques d’enfants à …

JOURNALISTE – Il ne faudra que quelques minutes. Des réponses à deux ou trois questions et ce sera bon.

ROSEMARY (prenant la pose) – Bon si vous insistez allez-y.

JOURNALISTE – OK, merci.

ROSEMARY (sidérée) – Mais ?

LE JOURNALISTE (il se dirige vers les pingouins et les interroge) – Merci de m’avoir reçu. Alors, quelles sont vos impressions à la veille de votre première ? On parle de révolution dans le domaine de la gestion et de la symbolique de Noël, à vous.

ROSEMARY (tandis que l’interview se poursuit) – Je ne sais pas si nous y arriverons. Je crois que je suis la seule à penser aux enfants, aux sourires qui en ce moment doivent illuminer leurs beaux visages endormis… Qu’est-ce qu’il y a encore ?

CASTOR – C’est pas moi boss. Il y a une banquière qui souhaite vous parler.

ROSEMARY (complètement déprimée) – Et… quel est le problème cette fois-ci ? La banquise qui fond ?

CASTOR – C’est plutôt toi qui va fondre…

ORIGNAL (Le temps – superbe, avec magnifique sourire et faux bois sur la tête) – Bonjour Rosemary. C’est au sujet de vos stock-options.

ROSEMARY (médusée et bégayant) – Je, je, je … ne sais pas. Pour le moment je n’ai rien du tout, pas de stock du tout, … si ce n’est ces ordinateurs en bois.

(Le castor et les pingouins qui reviennent opinent du chef).

ORIGNAL – Du moment que vos chèques ne sont pas en bois, cela ne nous pose pas de problème… Non, il s’agit de vos stock-options. Nous sommes soucieux parce que des fonds considérables ont été prélevés de vos comptes. Nous sommes inquiets.

ROSEMARY – Je, je, je n’ai pas la moindre idée de ce dont il s’agit et encore moins où tout cela a disparu. Mais, j’imagine que …

CHEF PINGOUIN (avec l’air gêné) – J’espère que cela ne provient pas de ce léger malentendu avec le concessionnaire Porsche ?

PREMIER PINGOUIN (s’adressant à la banquière) – Pourrions-nous discuter de tout cela discrètement. Rosemary n’a pas besoin de se tracasser de ces questions bassement pécuniaires. Elle gère la symbolique et l’universel.

ROSEMARY – Oui, c’est cela même. Maintenant, nous devons absolument y aller. Bien, je crois que cette fois-ci tout est prêt. Nous pouvons y aller. Nous devons y aller. Nous avons tout juste le temps de contenter ces petites frimousses souriantes qui nous attendent. Quoi encore ?

RENARDE (l’épouse, très belle, bonnet roux, lunettes rondes, intellectuelle – derrière elle le ministre, un renard – le spectateur – très gros et fat qui regarde ailleurs) – (ir, je suis Aline Renarde de la Verte Vallée, diplômée de l’ENA, l’École Nationale Arctique, et chef de cabinet du ministre.

ROSEMARY – Et ?

RENARDE – Nous nous demandions si vous verriez un inconvénient à ce que nous prenions quelques photos du Ministre à vos côtés. C’est toujours bien avant les élections.

ROSEMARY (fatiguée et passablement fâchée) – Le problème voyez-vous c’est que des enfants nous attendent de par le monde et que nous sommes déjà particulièrement en retard.

RENARDE – Certes. Mais, cela ne prendra que quelques secondes et le ministre serait très compréhensif.

ROSEMARY – A quel propos ?

RENARDE – Quelques rumeurs inquiétantes s’agissant de certains stock-options. En haut lieu on s’inquiète. Vous comprenez, vous représentez la tradition, une certaine forme de vie en société, des valeurs sures, la tradition. Si tout cela est remis en question, et bien on remettra en question toutes nos valeurs, y compris celle du gouvernement.

ROSEMARY – J’en ai assez…

RENARDE – Certes… Mais, peut-être que quelques fonds secrets contre une photo cela arrangerait tout le monde non ?

(Les pingouins opinent du chef).

ROSEMARY – Bon, allez-y et qu’on en finisse.

Le gros Ministre se met en place devant Rosemary et la cache complètement. Son chef de cabinet le prend en photo mais d’évidence Rosemary ne sera pas dessus.

ROSEMARY – Bien, je pense que tout est en ordre. Nous devrions maintenant pourvoir aux désirs les plus chers des charmants enfants qui de par le monde, en ce moment, se …

OURS BRUN (L’avocat – même déguisement que ours blanc mais avec protège-oreilles marron) – Madame Rosemary si je ne m’abuse ?

ROSEMARY – et vous êtes qui, vous ?

OURS BRUN – Pierre Hamilton, avocat d’affaire de la société Hamilton, Hamilton et Hamilton. Vous pouvez m’appelez tout simplement Maître.

ROSEMARY – Hamilton… a mis le temps, oui… enfin, je me comprends. Et vous me cherchez pour quelles raisons ? Je suis très pressée.

OURS BRUN – De fait, je suis mandaté par plusieurs milliers de vos clients potentiels pour déposer réclamation en raison de la non-livraison des cadeaux de Noël 20**.

ROSEMARY – Mais, il s’agit de ce Noël-ci !!! Je ne vois pas en quoi qui que ce soit pourrait se plaindre de la non livraison de cadeaux pour un évènement qui est à venir ?

OURS BRUN – De fait, dans un monde où tout doit être anticipé, même les impondérables les plus invraisemblables, il n’est pas inconvenant de considérer la possibilité que vous ne puissiez livre vos cadeaux à temps. D’ailleurs, d’après ce que je peux voir depuis quelques minutes, il n’est pas interdit de penser que mes clients trouveraient une oreille accommodante auprès d’un tribunal quelconque pour obtenir une mesure conservatoire.

ROSEMARY – Et bien, puisque tout est fermée en cette période de l’année, revenez dans deux semaines et vous constaterez que tout aura été livré.

OURS BRUN – Et si vous ne livriez rien du tout ?

CHEF PINGOUIN – On pourrait vous parler Maître ? Nous, on ne voudrait pas que nos stock-options chutent.

ROSEMARY (très fatiguée et se tenant la tête) – Il faudrait vraiment y aller. Ces chères petites têtes blondes, brunes ou noires qui nous attendent… Est-ce que tout le monde est prêt.

CHEF PINGOUIN – Toujours prêt chef. Nous, du moment que les intérêts courent et les stock-options montent, c’est tout bon.

CASTOR – OK boss. On recevra la livraison de Pékin dans trois jours et celle de Bombay dans une petite quinzaine. On a bien bossé. On mériterait une petite prime, non ?

ROSEMARY (rouge pivoine et commençant à s’énerver) – Je vais finir par m’énerver, j’en ai plus qu’assez….

RHINOCEROS (l’électricien avec un masque grotesque sur le nez et un bonnet mauve sur la tête) – STOP !

ROSEMARY – Et vous vous êtes qui ?

En aparté :

 

LE METTEUR EN SCENE – Oui, lui c’est qui ?

 

LE TEMPS – Un rhinocéros.

 

L’AUTEUR – Un rhinocéros dans le grand nord ? Vous êtes sure ?

 

LE TEMPS – On n’est jamais sur de rien dans ce bas monde ! Néanmoins, c’était une idée destinée à vous faire plaisir, référence à Ionesco et autres.

 

L’AUTEUR – Mon dieu !

RHINOCEROS – Nous représentons la société des pays du monde. Nous sommes des casques mauves et intervenons avant que des conflits surgissent. On est venu parce que la situation est très tendue.

ROSEMARY – Pour être tendue, elle est tendue. Par contre, ce qui m’aiderait c’est que vous me mettiez tout ce petit monde au travail pour que je puisse livrer mes jouets aux enfants du monde.

RHINOCEROS – Pas de problème. Nous allons immédiatement recruter un consultant pour qu’il prépare un rapport et dans moins de deux mois le conseil d’administration de la SPM se saisira de l’affaire.

ROSEMARY – AHHHHHH !

Rosemary trépigne et hurle. Elle jette tout en l’air. Le rhinocéros part discrètement. Le renne le retient un moment.

LE RENNE (au Rhinoceros) – Pourquoi ne restez pas pour la calmer ?

RHINOCEROS – Ah, on ne peut pas, la situation est maintenant dangereuse et on n’a pas de mandat, on reviendra à Pâques avec une solution dans nos poches. On discutera avec l’autre, le lièvre, ce sera plus simple. Maintenant, ici, on ne peut rien faire, il est en surnombre, on ne peut absolument rien faire. Il nous faut un nouveau mandat.

Les animaux s’en vont. Rosemary est déprimée. Restée seule elle va s’allonger sur le canapé. Prend un verre de whisky et boit.  

Les animaux reviennent, les uns après les autres.

CHEF PINGOUIN – Hé Cheffe, on ne va tout de même pas rester ici à ne rien faire tandis que les beaux petits enfants nous attendent… C’est que nos stock-options n’auront plus de valeur si tu chutes en bourse.

LE RENNE – Ben oui, Ma grande, il faut y aller. Pense à leurs jolis sourires et à leur chagrin dans quelques heures… Nous, c’est pas notre problème, on est au chômage, mais toi… il faut bien que tu bosses un peu pour nos indemnités.

CASTOR – Oui, boss, il faut que tu penses à la déception qu’ils auront, ces petits choux… Nous on a des contrats avec des compagnies un peu partout et si on ne livre pas on devra tout rembourser. Problème, problème, boss.

DEUXIEME OURS BLANC – Et mon chou, il faut te secouer, c’est pas tous les jours qu’on a un client comme toi, penses un peu aux marmots, y méritent mieux que ça.

ROSEMARY (excédée puis beaucoup plus tristement) – STOP !!!! … Désolé ! Je n’en peux plus. J’en ai marre, plus que marre. Débrouillez vous sans moi. Cette pièce c’est une invraisemblance totale. J’ai été engagée pour jouer une victime silencieuse et maintenant me voilà à jouer un rôle incongru avec des pseudo-animaux profiteurs et désabusés. J’en ai plus qu’assez. Fichez-moi la paix. Laissez-moi jouer mon rôle habituel. Je n’ai pas la moindre idée comment me sortir de là… Vous, là-bas, l’auteur et le metteur en scène. Si vous avez une idée, je vous en prie, prenez ma place. Vous voyez bien que sans vous, il n’y a pas de structure, il n’y a plus rien. Nous étions partis pour concocter un aimable divertissement et me voici pris au piège d’une certaine Rosemary dont tout le monde se moque. Une barge de service, une naïve tout juste bonne à manger du foin… (à l’adresse du metteur en scène et de l’auteur) Aidez-moi, s’il vous plait. Tout se termine toujours comme cela pour moi. Jamais de fin, un cercle vicieux, dans la vie comme au théâtre, je passe par pertes et profits, une pièce du décor dont on se moque ou qu’on ignore ou qu’on se passe les uns aux autres comme une coquille vide, comme une peluche jolie mais sans vie. Je n’en peux plus (sanglots).

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