Chronique – 2


DE DIOGÈNE, DE LA NÉCESSITÉ DE PRENDRE UNE CERTAINE DISTANCE PAR RAPPORT À LA RÉALITÉ ET DE L’AMPOULE DE MON RÉFRIGÉRATEUR  

Ma journée n’a pas été homérique loin s’en faut mais peut-être à l’image de Diogène mon nouveau mentor.

Après une révolution qui ne fut ni d’œillets, velours, tulipes ou navets, mais de salades, je me suis retranché, ou plus exactement recroquevillé, dans mon réfrigérateur déserté de ses habitants habituels, un lieu de paix et de sérénité. J’y ai trouvé un peu de quiétude par rapport aux circonvolutions du monde et une parcelle d’équilibre tant de l’âme que du cœur. J’en avais besoin.

Voici les leçons de sagesse que j’aimerais partager avec vous :

  1. D’abord, un réfrigérateur, c’est plutôt froid. Je m’en doutais à vrai dire. Cependant, je ne m’attendais pas à une telle rigueur. J’ai donc interrompu brièvement mon retranchement serein pour m’habiller en conséquence et ai baissé le thermostat à 1 avant de me calfeutrer à nouveau dans mon centre d’isolement bénéfique et équilibré. Dont acte, avant de privilégier l’âme songez à vous munir de grosses chaussettes et de quelque chose pour protéger vos oreilles.
  1. Ensuite, grande leçon pour toutes celles et ceux qui sont demeurés quelque part des enfants : lorsque la porte du réfrigérateur se ferme, l’ampoule s’éteint ! J’en aurais pleuré si le froid ne m’avait gercé les paupières ; Léger inconvénient pour les ermites en herbe : l’obscurité ne favorise pas la réflexion ou en tout cas ne permet pas de traduire celle-ci sur quelque support que ce soit. Songez à vous munir d’une torche électrique avant de vous exiler, ceci vous conduira à la lumière, d’abord électrique, et ensuite intellectuelle.
  1. Un réfrigérateur c’est petit… Je sais, j’aurais dû prévoir ce fait. C’était une évidence. J’ai dû me contorsionné en trois ou quatre, mettant mes pieds dans les bacs à légumes, ma tête près du réceptacle à glaçons, ce qui est pratique pour geler les idées et les retranscrire un peu plus tard lorsque la torche est disponible, et le buste là où auparavant la dinde se reposait. Là également, la sagesse voudrait qu’un emplacement un brin moins exigu soit privilégié. Je pense donc pouvoir affirmer que le tonneau de Diogène n’en était pas un ou alors il devait être plus grand que mon réfrigérateur… Philosophes de tous les pays soyez attentifs car là on brûle !
  1. Un frigo vide, cela n’aide pas à la réflexion ! Vérité désuète je sais mais ô combien évidente. Plié de telle manière, j’aurais apprécié pouvoir boire un jus de mangues ou consommer un yaourt au café – je les adore, l’un et l’autre – mais depuis le remaniement alimentaire je n’en dispose plus. Je suis donc demeuré plié et affamé. La réflexion s’en est trouvée quelque peu compromise et avant d’arriver à ces vérités universelles dont je vous fais bénéficier à présent j’ai dû batailler ferme avec mes idées pour qu’elles ne disparaissent dans le beurrier.
  1. Enfin, je crois qu’il n’est pas inutile de souligner combien un réfrigérateur n’est pas l’endroit idéal pour faire des rencontres avec des gens du monde, des lettrés ou des intellectuels. Impossible d’avoir une conversation digne de ce nom. Naturellement, un ermite n’est pas censé discuter sans arrêt mais une petite conversation ou échange de bons mots et apartés sur le devenir du monde avec un verre de scotch et des glaçons cela pose son humain… Dans un réfrigérateur, à part les glaçons, pas moyen de trouver ces ustensiles fort utiles et impossible d’inviter qui que ce soit. Donc, avant de vous retirer du monde dans votre réfrigérateur, il me semblerait approprié que vous envisagiez de l’agrandir ou à tout le moins l’adjoindre d’une fenêtre sur le côté pour permettre aux uns et aux autres de vous y retrouver, en toute sérénité bien entendu.

Voilà pour aujourd’hui, la sagesse m’est venue ainsi sans crier gare mais, je dois l’admettre, et en guise de conclusion, prendre ses distances ou de la hauteur n’est pas chose évidente dans un réfrigérateur. D’abord, la hauteur n’excède guère les 50 centimètres si l’on mesure la distance entre le sol et le casier à légumes. Ensuite, la distance entre épaules, joues coincées contre le logement à œufs ou hanches déconfites et l’intérieur de la porte ne doit pas faire plus de cinq centimètres. Il est bon d’en tenir compte.

J’en tirerai pour leçon que la sérénité et la sagesse peuvent être atteintes à n’importe quel endroit de ce pauvre monde mais que certains sont plus favorables que d’autres. Avant de prendre des décisions ayant un caractère plus ou moins définitif il est bon de réfléchir où se retrancher pour réfléchir à tête et âme reposées.

Il n’est pas impossible de songer que d’autres lieux qu’un réfrigérateur puisse s’avérer plus propice à ce type de réflexion.

A demain pour de plus amples enseignements philosophiques.

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