Chronique – 10


DE L’ÉMOUVANT ACCUEIL D’UN RÉFUGIÉ HIMALAYEN SUR NOS BELLES TERRES BÉNIES DES DIEUX

Je suis un peu gêné de vous dire ceci mais votre contribution n’aura pas été suffisante. Il nous fallait 5432 signatures pour espérer ramener notre Yéti alémanique mais n’en avons en fin de compte récolté que 4, dont celles de deux personnes inconnues qui nous ont demandé quand nous leur enverrions leur teeshirt signé Xylophone. La troisième était celle de l’extincteur qui n’avait pas compris que nous n’avions pas la possibilité au titre de la loi de signer notre propre pétition.

Nous avons procédé autrement et le résultat de ce pragmatisme a été couronné de succès. Nous avons demandé à notre Yéti de bien vouloir se présenter à l’aéroport, prendre un vol pour notre hémisphère angélique et se présenter comme membre de la fédération himalayenne des sports équestres. Nous l’attendions à l’aéroport avec plusieurs figurant déguisés en journalistes et d’autres en groupies adolescentes, l’ensemble s’agitant de toute part en criant ‘Hans’, ‘Hans’, ‘Hans’. Cela a marché d’autant plus facilement que notre invité s’est mis à chanter d’une voix forte un hymne que les services compétents ont interprété comme un hymne sportif à la gloire de l’équipe de hockey national.

Nous n’avons pas demandé notre reste, avons payé les figurants qui le souhaitaient et nous sommes enfuis aussi rapidement et discrètement qu’on pouvait le faire avec un être de 2 mètres trente de hauteur et sûrement plus de 200 kilos. Mon petit équipage s’est fondu dans la masse sans susciter de surprise ou d’effroi, nos contemporains étant à ce moment-là transfiguré par l’image rassurante de la filleule du cousin du sosie de Madonna qui a démenti avoir épousé en cinquième noce le fils de son jardinier.

Nous avons ainsi pu ramener sans anicroche notre exilé chez nous.

Il dort actuellement dans le réfrigérateur ayant trouvé notre logement beaucoup trop chauffé à son gré. Il a auparavant consommé un soupe de choux, avalé une pinte de bière, dévoré le grille-pain sans le pain dont il a semblé trouvé l’esthétique peu ragoûtante à son gré, et trois bougies à l’aubépine achetées par l’extincteur pour ses exercices. Il s’est ensuite réfugié dans une léthargie de bon aloi dans son lit douillet.

Je dois cependant rectifier certaines des informations circulées hier. Notre Yéti n’est pas à proprement parlé un Yéti. Il semblerait remonter d’un primate roux, probablement un orang-outang du côté maternel et un almasty caucasien du côté paternel. Son étrange langage n’est en rien alémanique mais une combinaison d’accents et vocables. Nous avons discerné un brin d’accent irlandais, une terminologie celtique, marginalement basque et étrusque, et des relents de patois éthiopiens et paraguayens. Il est de ce fait un parfait citoyen de ce monde, représentant probablement une image assez fidèle des louables alpinistes ayant affronté les montagnes sacrées asiatiques sans pour autant y perdre leurs fort humaines prétentions et aspirations.

Notre ami s’est d’emblée intéressé à nos chroniques et nous a indiqué qu’il avait l’intention de se joindre à notre comité scientifique, c’est en tout cas ainsi que nous avons traduit une sorte d’hurlement sardonique suivi d’un jet d’urine assez poisseux sur l’ordinateur du salon. D’après le réfrigérateur ce comportement pourrait souligner la joie, l’espoir et la réflexion chez certaines populations maltaises du Neandertal supérieur. Je ne sais pas où il a trouvé cette information mais il l’a affirmé avec suffisamment de certitude pour que je ne questionne pas sa conclusion.

Je ne saurais vous dire quelles sont ses opinions politiques, religieuses ou artistiques. Par contre il semblerait attiré par les écrits de Sartre, Mac Inerney et Auster puisque c’est dans cet ordre qu’il a choisi les livres qui lui servent maintenant d’oreillers dans le réfrigérateur où il s’est adroitement plié.

Je vous en dirai un peu plus demain soir. J’ai une batterie de tests à effectuer et ensuite ai l’intention de l’inscrire dans un cours de Yodleurs le matin et de grec ancien l’après-midi. Le soir il suivra des cours de macroéconomie et de fiscalité scandinave suivie de jardinage.

Notre intention est en effet de le mettre le plus rapidement possible au niveau de nos populations éclairées et à cette fin lui organiserons des visites in situ des temples auxquels nous aurons accès d’autant plus facile que sa carte de réfugié de catégorie D lui a été octroyé ayant décliné par écrit la possibilité d’ériger un attribut totémique à prétention religieuse. Nous avons songé à une visite d’un centre commercial, d’un stade de football et d’un équipementier automobile.

Pour les repas ce sera ravioli de chez Léo pour nous et grille-pains de Carrefour et Etoile pour lui.
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2 commentaires sur « Chronique – 10 »

  1. Yeti , Laurent outang , totems , extra terrestre , ….?!!! Manque plus qu’un nain de forêt bûcheron qui se gratte la bûche en autodidacte dans les 5 dernières minutes du texte et….  » Mais c’est bien sur  » dirait R. Souplex, tirant sur son calumet au pieds du totem …!!!

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