Chronique – 11


DE LA NEIGE, DE LA RÉVOLUTION, DES DESPOTES ET D’UN YÉTI ANARCHISTE

La neige est tombée cette nuit et a revêtu le monde de son manteau blanc …. Arghhhh ! Excusez-moi, cela me reprend, je dois avoir mal digéré quelque chose. Bon, la neige est tombée et tutti quanti, joli, joli… Oui, je l’admets, ce matin je ne suis pas en très grande forme, c’est ainsi, ne m’en veuillez pas.

En fait, tout a commencé vers six heures du matin. Une grande agitation, des bruits crépusculaires, des sons stridents et patibulaires, un chaos en gestation dans ma cuisine. Je me suis levé en sursautant et me suis précipité vers la cuisine. En passant, j’ai noté qu’il neigeait et ai compris que tout cela provenait du réfrigérateur. Du bruit, des sauts, des cris, c’est sa manière de réagir, de partager son enthousiasme et sa joie, mais tout ceci est peu contagieux et je le lui ai dit ; Vous devez cependant commencer à comprendre que mon ami est très soupe au lait et peu enclin à s’adoucir ou s’amollir suite à mes commentaires de quelque nature soient-ils.

Cependant, ce matin les bruits étaient particulièrement gargantuesques et en pénétrant dans la cuisine je dois admettre avoir eu très peur. Le réfrigérateur sautait littéralement sur place, se jetait sur les autres occupants de la cuisine, tournait dans tous les sens et se transportait en se balançant de la cuisinière à la machine à laver la vaisselle, les deux qui en dépit de leur calme légendaire montrait des signes d’affolement. J’ai pris tout cela en main, ai crié STOP et ai tapé du pied sur le carrelage blanc. Finalement le bruit s’est arrêté et c’est alors seulement que j’ai compris que tout ce dérangement provenait d’une combinaison de l’enthousiasme frigotien et de l’agitation yétienne.

En effet, après avoir ouvert la porte du réfrigérateur, l’extincteur qui venait de me rejoindre en baillant lamentablement et moi-même avons constaté que notre ami placide et léthargique la veille avait laissé la place à un étrange personnage hirsute, trépignant, glapisseur, et hurlant, se jetant par terre pour immédiatement se relever et s’accrocher à la lampe de la cuisine avant de trépigner à nouveau. J’ai essayé de le calmer et lui ai demandé en articulant précieusement : Bonjour Hans, comment allez-vous ? Souffrez-vous d’une indisposition quelconque ? Pouvons-nous vous porter assistance ?

Et lui a répondu à peu près ceci : Grmaskzuilpla tresmara falkk gerstchn vruk plousch a kniff tre

Ceci nous a profondément interpellés. Le réfrigérateur qui entre temps avait retrouvé un peu ses esprits a doctement indiqué que notre nouvel ami souhaitait visiblement manger une tarte à la rhubarbe et aux carottes. Je lui ai rétorqué que j’avais des doutes sur cette traduction.

L’extincteur a indiqué de son côté que ces cris pouvaient signifier au choix :

Option 1 : Alerte, alerte, les extra-terrestres arrivent;

Option 2 : La neige tombe, les bombes aussi, le ciel est en ivresse;

Option 3 : Gretchen, fais-moi de la soupe ;

Là également j’ai été obligé de faire remarquer à mon ami d’habitude si posé et calme que cette interprétation laissait à désirer.

Pour ma part, j’avais l’impression que ce que notre ami singeait était tout simplement une marque affective liée à la neige qui tombait.

Cependant, notre ami, lassé par nos conjectures futiles, s’est précipité sur l’ordinateur du salon, celui-là même que la veille il avait inondé de son urine poisseuse et a tapé un message fort long. Quelques minutes plus tard, il a utilisé le logiciel de traduction Google qu’il a opéré de l’allemand vers le portugais, puis le papou, le basque et le français.

Voici le résultat :

Attention, dictateurs et philanthropes de tous pays charmants, unissez-vous les tous, profitez de ces instants privilégiés pour que vos excellences organisiez petits coups d’état démocratiques, invasions militaires humanitaires et libératrices bons sentiments, bombardements cadeaux, hausses impôts ou autres inconvénients pour peuples naïfs, moutons ou rigolos très perturbés par choses importantes comme neige, divorce fils cousin sœur Madonna, ou coiffure cousin Mathieu. Nous pas bien !

Après avoir déchiffré le texte, nous avons compris que notre Yéti était un être sensible et indigné, fortement teinté révolutionnaire.

Le réfrigérateur s’est alors précipité vers lui et a crié de la force de ses poumons électriques glacés : « Vive la révolution ». Quant à mon extincteur, il a essuyé une larme et a dit avec tristesse : « Nous pas bien ». Les trois se sont alors immobilisés et ont sombré dans un état cataleptique proche de la dépression aigue.

J’ai essayé de ranimer leur enthousiasme et ai dit : « Tout cela n’est pas faux mais innovons alors. Si les despotes aux petits et grands pieds profitent de ces moments pour parvenir à leurs fins, pourquoi les démocrates n’en feraient pas autant. Puisque nous ne pouvons pas dissoudre le peuple alors profitons de la neige, de l’été au soleil, du mariage de figaro ou que sais-je encore pour abolir la peine de mort, autoriser les mariages gays, réformer le code pénal, promouvoir les droits des femmes, virer les machistes et paranos du pouvoir et autres mesures de ce type. » C’était un peu démagogique mais je ne savais plus que faire pour calmer mes amis. J’ai même ajouté à cette liste et à leur attention la libération des zoos, la décriminalisation de la pyromanie et la généralisation des voyages aux pôles.

La petite crise s’est terminée vers 8 heures du matin avec des chants bizarres de notre Yéti préféré et des sanglots longs des extincteurs et réfrigérateurs.

Moi je me suis recouché sans penser plus avant à la révolution et ai rêvé de pingouins qui faisaient des maths.
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