Chronique – 13


De Wikileaks, des problèmes auxquels fait face le continent européens, d’un Yéti anarchiste, d’un réfrigérateur glacial, d’un extincteur soucieux des fuites et des autruches

Un bien étrange spectacle, je dois l’admettre, qu’un extincteur, un réfrigérateur et un Yéti pris dans une tourmente verbale. C’est pourtant ce qui est arrivé hier soir dans la cuisine et dont je voudrais faire un résumé aussi précis que possible à toutes fins utiles :

Y : Je ne comprends pas, ceci est intolérable, il faut réagir, c’est un devoir que de s’indigner face à l’intolérable… et vous restez-là, léthargiques, sans rien faire. Une votation indigne, des fuites qui révèlent l’ignominie de services agissant sous couvert de civilisation, de droits de l’homme, de liberté et que sais-je encore… Et vous ne faites rien, ne réagissez pas, vous êtes plus mou que les salamandres de mes rivières et plus insensibles que les glaçons de mes montagnes.

R: Il faut avoir le cœur et l’esprit froid avant de réagir. On ne t’apprend pas cela dans tes montagnes ? L’action suit la réflexion et pas l’inverse. Il faut pondérer, soupeser, réfléchir, déterminer avec précision les faits et ensuite, ensuite seulement cher ami, agir. Nous, réfrigérateurs de première catégorie, avons appris à prendre le recul nécessaire, protéger nos sources, les examiner en toute froideur la porte refermée sur nous-mêmes, isolés de l’agitation et de la superbe vanité d’un monde trop impétueux dans la manifestation de ses émotions et catégorique dans l’expression de ses pensées colériques et brouillonnes.

E : De surcroît, nous extincteurs savons combien il est important avant toute conclusion inopinée de réfléchir d’où viennent les fuites, car là est le danger ! Les fuites ! Nous passons notre enfance d’extincteurs à vérifier nos sources, à prendre toutes les mesures pour éviter les fuites, à tester régulièrement la fiabilité de nos conduits, à réparer les corps défectueux pour offrir un service superbe et impeccable à nos concitoyens dont nous savons combien ils comptent sur nous pour réprimer tout excès, abus, problèmes ou incendies. Nous sommes là pour cela. Les fuites ! Voici le danger cher Yéti.

Y : Mais les fuites on s’en fiche. Ce qui compte c’est de voir que coup sur coup ce week-end on a des pays d’accueil qui nous jettent comme de vulgaires papiers toilettes, nous traitent comme du sous-sous-sous-déchet puis on lit dans les journaux les excès de puissances sans garantie ni limite ni contre-pouvoir autres que des petits chiffons de papier et des sites web. Infâme que tout cela. Que sont devenues vos montagnes ? Où perdez-vous vos âmes si vous ne savez plus réagir ?

R : Et que devraient faire les réfrigérateurs ? Prendre feu ? Se jeter par la fenêtre pour attirer l’attention d’un monde qui décline sur son pauvre sort ?

E : Faire la grève des extincteurs peut-être ? Ce serait utile, certainement ! Le fondement même des démocraties, la fondation de notre société qui se plierait aux diktats de l’information non pondérée basée sur des fuites inacceptables. Je le répète, là est l’important, on ne saurait admettre les fuites !

Y : Mais bon sang, un peu d’amour propre et de dignité quand même, foi de Yéti ! Même dans notre Himalaya perdu nous n’acceptions pas cela et vous ici dans toute votre complexité, perfection formelle et exemplarité vous n’êtes pas fichu de voir que le monde est en train de tourne dans le sens inverse ! Une petite manifestation de réfrigérateurs, d’extincteurs et de Yétis, voici ce qu’il faudrait ! Je vous jure que ceci attirerait l’attention et ceci pourrait même pousser les cousins nuls, endimanchés et cravatés de faire autre chose que de se préoccuper de la santé de la cousine de l’oncle du jardinier de Mondonno ou du septième divorce de la femme de l’oncle par la ceinture du premier ministre de Tswalalarirette !

R : C’est sûr que si les réfrigérateurs perdaient leur sang-froid et se mettaient à hurler dans les rues, chauffer les esprits, incendier les âmes, ce serait nouveau, mais vois-tu, ce n’est pas notre style, pas du tout. Nous gardons l’esprit serein, les idées fraîches, le cœur froid !

E : Pas d’incendie je vous prie ! Soyons calme et précis, travaillons ensemble en toute sérénité sur la sûreté des sources, le contrôle puis la suppression des fuites, la sécurité de nos sociétés, en bref sur l’accessoire qui seul peut éteindre les incendies et ensuite seulement sur la source des problèmes car ceci, en cas d’urgence, peut attendre. Là est le fondement de nos sociétés, foi d’extincteurs.

Y : Bandes de …

C’est à ce moment-là que je suis intervenu. Je ne voulais pas que mes amis s’entretuent. J’ai enlevé le grille-pain des mains du Yéti qui visiblement voulait en faire un usage pour le moins contraire à son mode de fonctionnement habituel. J’ai fermé la porte du réfrigérateur qui d’évidence se préparait à lancer un pot de lait sur la tête de mon anarchiste himalayen. Et j’ai réconcilié tout le monde. J’ai dit avec la solennité qui était nécessaire dans de telles circonstances :

Mes amis ! Un peu de calme et de sérénité ! Restons amis ! Je vous en supplie. Rien ne doit nous séparer. Je vous propose de travailler ensemble sur une nouvelle chronique, quelque chose de fondamental et d’importance, qui attirera l’attention du lectorat sur un problème de ce millénaire, un vrai de vrai ! A savoir, est-ce que les autruches, celles qui ne volent pas je précise, enfoncent réellement la tête dans le sable et dans ce cas comment font-elles pour ne pas s’étouffer ?

Ceci a ramené le calme dans ma demeure. Chacun a pris sur lui et nous nous sommes mis au travail. Il est important ai-je ajouté de réfléchir sur ce qui importe vraiment. Comme disait l’autre, les miroirs devraient réfléchir à deux fois avant de nous renvoyer notre image. La réflexion est importante et les autruches aussi.

La dispute s’est arrêtée immédiatement ce qui m’a soulagé et j’ai souri lorsque le Yéti a dit : Les autruches, elles pondent des œufs ! et que mes deux autres amis ont opiné du chef. Nous venions de trouver un compromis sur les affaires du monde en nous concentrant sur les questions existentielles et fondamentales que rencontre l’humain dans sa quête d’idéal.

§59

Un commentaire sur « Chronique – 13 »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s