Chronique – 17


De wikileaks, des pingouins et des grille-pains en terres occidentales

Je vous prie de m’excuser pour ce léger retard mais les heures qui précèdent ont été particulièrement stressantes. Je ne sais d’ailleurs pas par où commencer mon cerveau étant en un tel état d’ébullition que le réfrigérateur m’évite avec un dédain à peine caché.

De fait tout à commencé avec mon ami le Yéti anarchiste qui ayant appris la disponibilité sur la toile de millions de pages de documents ultra secrets mais en libre disposition s’est mis en tête de chercher les causes réelle ayant amené le Grand Yéti Bleu à imposer le changement des us et coutumes de nos lointains cousins et ainsi provoquer involontairement la dissémination dans le monde d’en haut d’une tribu perdue dont un individu est réfugié dans mon appartement. J’ai parlé de ces évènements dans une chronique précédente (NDLR : publicité intempestive et irrégulière faite en contradiction des termes de la législation sur la liberté d’expression, d’association et de sécurité du 9 décembre 2010-3).

J’ai donc trouvé mon ami assis dans la position du lotus, sa position favorite un brin problématique pour moi puisqu’il considère que celle-ci nécessite une exposition Nord-Est 30 degrés 3’ et que celle-ci, selon lui, l’impose de s’asseoir en cet endroit, c’est-à-dire sur la table du salon. Il pianotait sur l’ordinateur portable avec célérité, fougue et une virulence particulière qui m’a quelque peu inquiété dans la mesure où les verres du placard tombaient les uns après les autres.

Je lui ai fait une remarque discrète à ce sujet pour ne pas le déranger dans ses travaux, le travail étant sacré et moi athée ce qui m’empêche de fournir des réflexions ou conclusions quelconques sur ce sujet. Il ne m’a pas répondu mais a continué son pianotage consistant à taper sur la touche ‘exécution’ plusieurs, milliers de fois par secondes pour chercher un résultat à une recherche du Grand Yéti Bleu sur Wikileaks. Or, et vous pouvez le vérifier, il n’y a rien de rien à trouver sur Wikileaks sur ce sujet d’importance.

Voyant que mon ami, le Yéti anarchiste, tapait avec frénésie sur le clavier je lui ai dit gentiment et avec un soupçon de miel dans ma voix, j’adore les abeilles, je vous l’ai déjà dit dans une chronique précédente ainsi que dans certains de mes romans (NDLR : publicité intempestive et irrégulière faite en contradiction des termes de la législation sur la liberté d’expression, d’association et de sécurité du 9 décembre 2010-3 et constituant une infraction aggravée de type C-12 en cas de récidive ce qui est le cas ici, maintenant et ailleurs, fais gaffe coco!) :

« Tu sais, Wikileaks n’a pas encore posté tous les documents dont ils disposent sur le web et probablement ceux que tu cherches sont tellement sensibles qu’ils feront preuve d’un extrême prudence… »

Sa réponse a été un grognement.

Je n’ai pas insisté outre mesure et suis allé me préoccuper de l’arrivée intempestive de trois pingouins à lunettes rose et un grille-pain vert dans ma salle de pain de par une ouverture dans le plafond que je n’avais par remarquée jusqu’alors. Ils m’ont expliqué qu’ils avaient été invités par l’extincteur et le réfrigérateur qui considéraient que la vie en Suisse était passablement lassante et qu’il serait bon de l’agrémenter d’un brin de distraction et de culture.

Les pingouins se sont présentés comme des spécialistes de Piero della francesca et le second de l’éclairage nocturne de Reykjavik en période estivale.

Accablé par le caractère peu ordinaire de la situation je les ai salué en leur offrant un savon à la lavande et me suis retiré dans ma chambre avant de m’en aller visiter une exposition sur les chaises en marge du centenaire d’un Musée d’art contemporain inconnu.

Quelques heures plus tard, de retour dans mon appartement, j’ai noté que la porte avait été défoncée et ai trouvé à l’intérieur des individus en veston noir couchés sur le sol et pleurant à chaudes larmes, les pingouins nouvellement réfugiés chez moi recueillant avec soin leurs larmes pour les mélanger avec des épinards ce qui, selon eux, constituait un excellent diurétique.

Le Yéti était accablé et trépignait dans la cuisine.

Le réfrigérateur m’évitait toujours mais l’extincteur en grande conversation avec le grille-pain m’a expliqué que lesdits individus avaient été envoyés par quelque organisme d’Internet pour nous demander d’arrêter de piéger le site de Wikileaks avec l’avalanche de requêtes provenant de notre adresse.

Apparemment, des milliards de demandes étaient parvenues en avalanche sur leur site en provenance de mon appartement et avaient provoqué l’arrêt total du site.

Le Yéti n’avait pas supporté leur irruption, leur avait secoué la tête en leur disant dans son patois germanico-papou pourquoi ils n’avaient pas donné suite à sa demande et pour quelles raisons le grand Yéti Bleu avait provoqué la fin de la grande civilisation des montagnes mais les deux demeurés étaient restés ainsi, demeurés, et s’étaient retrouvés propulsés à terre puis accablés de coups par les pingouins.

Le reste je le laisse à votre imagination, ce ne saurait être aussi violent que ce qui s’est réellement passé mais comme des enfants lisent cette chronique je ne voudrais pas les choquer.

La suite est assez confuse mais pourrait être résumée ainsi :

  1. Le Yéti pris d’une colère frénétique s’est précipité en transe vers le salon tout en hurlant ‘Sainte Bernadette aidez-moi’ ou ‘Par les foudres de l’antenne’ (les interprétations diffèrent à ce sujet) puis s’est jeté sur l’ordinateur et l’a dévoré.
  1. L’extincteur notant des étincelles provenant du clavier électronique broyé par son ami et souhaitant le protéger a propulsé un jet de mousse blanche sur sa mâchoire ce qui a provoqué des hurlements supplémentaires des inspecteurs et des cris hystériques du réfrigérateur.
  1. Les voisins d’ordinaire assez discrets se sont présentés à la porte de l’appartement et ayant noté le caractère aléatoire de la situation ont prévenu les autorités qui ont elles-mêmes contacté les services de Wikileaks pour les informer de la situation et leur conseiller de s’installer en Suisse aussi près que possible de l’origine de l’incident ayant provoqué la fermeture de leurs sites.
  1. Des manifestations spontanées de citoyens indignés ont été organisées en ville et dans les campagnes environnantes demandant à ce que les étrangers en situation irrégulière quittent immédiatement la ville, surtout les Yétis, et avec eux les organismes intempestifs qui risquent d’attirer sur le pays réprobation et honte confédérale et ont déclenché un feu nourri de courriels malintentionnés qui ont à leur tour engorgé mon système et entraîné une panne globale de la toile. La panne s’est propagée tel un jeu de dominos et l’ensemble des systèmes informatiques de Suisse, d’Europe occidentale, méridionale, septentrionale et médiévale avec.Je ne sais pas où, ni quand ni comment les choses se sont arrangées mais durant de longues heures le réseau a été inaccessible m’empêchant alors d’écrire ma chronique (NDLR : ceci est un mensonge éhonté en parfaite contradiction avec les termes des décrets sur la liberté de pensée et bien-être intellectuel et moral des habitants de ce noble hémisphère, chapitre 5, section 3, paragraphe 2, lettre 1)
  1. J’ai exigé de mes co-locataires, passés, présents et futurs, de cesser immédiatement toute activité informatique et de bien vouloir dorénavant pianoter sur le piano et de s’en tenir à cela. J’ai exigé des pingouins qu’ils libèrent les préposés aux hautes œuvres et les reconduisent à la frontière de l’appartement, j’ai présenté humblement mes excuses aux manifestants spontanés dont les organisateurs ont immédiatement exigé une obole en échange mais n’ayant pas de bols à proposer ils se sont contentés d’une aube de communiante, celle de ma sœur cadette, et ont dissous la manifestation spontanée pour se joindre aux courses organisées ce weekend.

La situation est donc sous contrôle, tout semble rentré dans l’ordre, ma chronique est rédigée. Il me reste à poser le bac à glaçons que m’a prêté le réfrigérateur – avec qui je suis de nouveau ami – en guise de clavier et débrancher le grille-pain qui s’est gentiment proposé comme écran, et le tour sera joué, comme le disait les romains.

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