Chronique – 24


Des commémorations de la Journée Internationale du droit des poissons au Danemark

Nous sommes arrivés à Copenhague cet après-midi pour la journée internationale et universelle des droits imprescriptibles, généreux et florissant des poissons, de mer ou d’ailleurs, mais pas de terre.

Inutile de dire que les commémorations allaient bon train et que notre progression dans les rues surpeuplées n’a guère été aisée, c’est le moins que l’on puisse dire. Déjà en temps normal marcher dans les rues noires de monde avec des groupes humains généreux et rieurs, chantant et dansant dans l’atmosphère surréelle des pays tropicaux, n’est pas la plus simple des choses, obligeant le visiteur éventuel à naviguer entre les stands, les échoppes, les trottoirs et étals de toutes sortes comblés d’orchidées, de pâtes d’amande, de fruits secs, de mangues, mangoustans, papayes, de poissons et mets épicés divers.

Aujourd’hui la scène était plus que surréaliste. Notre progression était évidemment quasiment impossible.

Des milliers de personnes sillonnaient les rues en chantant «gloire au poissons, rendons gloire, poissons et gloire, joie et poisson, droits et liberté, bien-être et sérénité, poissons » et ainsi de suite en longues litanies et mélopées répétitives et interminables chantées par des danois en parfaite transe entourant en rangs serrés les moines poissonniers habillés comme à leur habitude en tuniques mauves descendant jusqu’au bassin lui-même affublé d’une culotte kurde jaune s’arrêtant à mi-cuisse.

Des cris frénétiques s’échappaient des bouches délirantes et les regards des uns et des autres étaient hallucinés. .

Dans cette atmosphère particulière j’ai suggéré à mes amis un regroupement compact et lisse avec le grille-pain, l’extincteur et un flamant rose de passage, dans les bras des pingouins aux lunettes roses, eux-mêmes cantonnées le réfrigérateur porté par le Yéti anarchiste nous ouvrant la voie à mon amie et moi-même.

Pour éviter d’attirer par trop l’attention je n’ai cessé de crier attention livraison, poissons et crustacés frais, poussez-vous braves gens, ce qui a plus ou moins fonctionné. Au moins, dans cette atmosphère exubérante et passablement délirante avons-nous pu semer les paparazzis qui nous suivaient depuis l’hôtel.

Nous souhaitions de fait obtenir des billets électroniques depuis un café Internet pour nous permettre de quitter au plus vite Copenhague, le Danemark, pourtant terre d’accueil s’il en est une, l’Europe et l’hémisphère occidental, pour pouvoir reprendre une nouvelle vie moins calibrée dans des moules stéréotypés. Cela n’a pas été possible, en tout cas pas aujourd’hui.

Nous avons progressé lentement, puis très lentement, puis enfin fort lentement avant de nous arrêter définitivement dans l’escalade d’un acropole nouvellement constitué en face du port où des fidèles de toutes les parties du royaume, surtout celles du bas, se sont réunis et ont chanté d’autres litanies danoises.

Puis, les carillons, xylophones, trompes et cors se sont arrêtés brusquement pour laisser la parole au grand prêtre supérieur de la superbe confrérie des droits des poissons qui s’est exprimé en une longue déclaration spontanée lue depuis un podium orné de mauve et jaune : Depuis que le monde est monde a-t-il dit nous vénérons les poissons et leurs droits, leur dignité et nos devoirs envers eux, nous pêcheurs danois et autres, surtout danois, et respectons ce qui leur appartient et leur donnons ce qui est à nous, car nous savons combien il est nécessaire de le faire, petits enfants de la mer que les générations précédentes … ont décimé lors des millénaires de superstition et d’animisme chrétien … surfait et prédateur, … amis maintenant que la clarté est tombée sur nous telle une enclume sur un marteau, nous voyons clair et mauve et sachons que les poissons ont leur droit, surtout Jacquot le requin et Pluto le marteau, et les respectons en espérant que tôt ou tard la reproduction se fasse, les mers se repeuplent et la vie perdure dans ce qui leur sert d’atmosphère droite ou gauche et d’hémisphère supérieur, et que la vérité soit faite … et vous aussi d’ailleurs car toujours … un peu … et pas … nous sommes contents … vous … droits liberté dignité et poissons.

De fait je n’ai entendu qu’un mot sur deux mais ils étaient dignes et beaux, raison pour laquelle je les partage avec vous à toutes fins utiles et débuts ridicules pour appréciation de toutes sortes et fautes de goût également.

Finalement, après cette promenade très raccourcie et le départ des millions de pêcheurs pèlerins nous nous sommes rendus dans le bar de la marine et avons demandé une chambre que l’on nous a donné dans la cave pour un prix ridicule après que le Yéti leur ai fait croire que dans son pays, l’Himalaya, les poissons pullulaient.

C’est assis sur l’escalier en pente raide que j’écris ceci, mes amis se reposant de leurs émotions et les pingouins pleurant avec dévotion la disparition des poissons des mers et océans tout en songeant avec bonhomie à ce qui aurait pu être si tout n’avait pas été dévoré et tué voici des siècles. Que les droits des poissons soient célébrés encore de nombreux siècles en espérant que bientôt ceux-ci servent à autre chose qu’à peupler une langue de bois et des messages ambigus. Qu’il en soit ainsi fait.

Pêcheurs de tous les pays unissez-vous !

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