Chronique – 29


De Copenhague, de Dante, de Piero, de Maria et des téléphériques et marmottes gracieuses

Nous sommes en conciliabule dans un endroit secret de Copenhague coincé entre le marché aux fleurs et le temple au dieu allongé. Nous avons trouvé refuge dans une boutique abandonnée tant il est vrai que notre cortège finissait par attirer l’attention des danois pourtant peu enclin à trahir la moindre surprise. Avouez que deux humains, un grille-pain existentialiste, un Yéti anarchiste, un réfrigérateur colérique, un extincteur préposé à l’accueil des vies extraterrestres, trois pingouins férus de Piero della Francesca et une autruche volante dite marmotte gracieuse, qui se suivent dans un joyeux désordre, se parlant dans des langues qu’ils ne possèdent pas forcément et ne se comprennent donc qu’à moitié, cela peut susciter une forme d’intérêt ou de curiosité. C’est bien le cas.

Nous sommes donc dans ce réduit et échangeons des propos intéressés sans contrepartie si ce n’est le désir de trouver une issue favorable, une lumière à la fin du tunnel qui ne soit pas celle du grille-pain en train d’exploser, un repos de l’âme qui ne soit pas une réincarnation dans la peau d’un philanthrope désabusé, irascible et arrogant, et surtout, un chemin vers Bangkok.

Notre première désillusion a été la remarque faite par un vendeur de quatre sous, mangues, mangoustans et bananes, qui nous a rappelé en danois, langue que nous comprenons fort mal, que l’aéroport serait forcément sous surveillance des fonctionnaires du fisc à la recherche des milliards inexistants du Yéti – merci au demeurant à celui-ci pour son annonce outrancière et sans fondement autre que le plaisir de faire plaisir – et ceux des services secrets souhaitant nous incarcérés pour divulgation d’informations tronquées sur la vie des autruches volantes.

De surcroit parmi les équipements électroniques de précision installés dans ces grands halls accueillants et frémissants de plaisir et bonheur, il y a surement des machines à ultra son, des rayons x, y et téta, des scanners et probablement aussi des propulseurs de rhododendrons sauvages pouvant déceler n’importe quoi n’importe où surtout n’importe où ; Or, nos amis métalliques étant ce qu’ils sont ils risqueraient d’être importunés par des douaniers peu férus d’érudition et souhaitant leur faire enlever chaussures et ceintures, autant d’appendices qu’ils n’ont pas, imaginez donc la situation dans laquelle nous risquerions de nous trouver, notamment avec un ami réfrigérateur colérique.

Donc, pas d’aéroport, ni aérien, ni souterrain.

Maria dont la beauté m’a rompu le cou depuis peu ce qui a provoqué un début d’angine et un torticolis fort désagréable s’est exprimée et a suggéré que nous fuyons Copenhague par la mer.

Ceci n’a pas été accepté par le grille-pain qui n’est pas nageur, ce qui n’est pas forcément faux.

Le réfrigérateur a suggéré de se coucher sur le dos et accueillir tout le monde telle une nouvelle arche de Noé tout en glissant sur les eaux fécondes du fleuve mais nous avons écarté cette possibilité fort aléatoire au demeurant.

Les pingouins ont proposé de creuser un tunnel jusqu’à Arezzo pour nous réfugier dans la chapelle de Piero mais la distance les a convaincu de l’impossibilité de cette tâche d’autant plus dantesque que le fameux poète avait participé à la fameuse victoire des florentins sur ceux d’Arezzo ce qui la ficherait assez mal, soyons honnêtes. Tout cela les a fait sombrer dans une discussion érudite avec Maria et marmotte gracieuse à laquelle je n’ai pas pu, su ou voulu participer ne connaissant que peu de choses de la vie de Dante si ce n’est son amour pour Béatrice qui tire systématiquement une larme de mon œil droit, celui qui regarde en sous-main la belle Maria.

J’en ai alors profité pour discuter avec le Yéti et tous deux, en humains masculins aptes à la prise de décision nous avons pris celle qui s’imposait : puisque les cieux, les souterrains, la mer et la route nous sont interdits, nous prendrons le téléphérique pour Bangkok! Il n’y a pas d’autre solution me semble-t-il et celle-ci est tout aussi réaliste et pragmatique que n’importe quelle autre.

Qu’il en soit ainsi, que le Rubicond soit franchi et que la mer rouge, noire ou morte s’ouvre, nous arriverons à Bangkok quoi qu’il en coute et par téléphérique de surcroit ! Dont acte pour qui de droit, de fait et de joie.
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