Chronique – 33


De la poésie des autruches, de Copenhague et Vienne, de la fin des téléphériques souterrains et de l’avènement du saute-mouton comme principe de déplacement euphorique et efficace  

Chaque jour est un autre jour, et chaque autre jour se rajoute au précédent pour former un tout uniforme et blanc, voire gris-vert suivant les saisons. Tel est en substance ce que l’autruche volante nous a indiqué ce matin. Nous la découvrons poète ce qui est une belle chose.

Elle s’est mise à papoter et chantonner divers airs humés en altitude là où, dit-elle, on voit le monde plus beau qu’il n’est et surtout plus mélancolique. Elle a évoqué les vents mauvais et les bons aussi, ceux qui portent et ceux qui froissent les esprits chagrins, les vents d’est et les vents d’ailleurs, les vents tristes et les vents gais. Je ne savais pas qu’il y en a autant.

Surtout, elle s’est grattée la tête et en nous jetant une sorte de sort nous a mis la puce à l’oreille, à savoir que peut-être nous pourrions ne pas être à Copenhague, une chose qui ne m’a particulièrement surpris n’ayant pas trouvé de sandwichs ouverts succulents répondant au joli nom de smorrebrod sur les étals. Les plats au curry, le fleuve, la température chaude, la gentillesse et douceur des passants, le curry dans les plats, les mangoustans, mangues, papayes et litchi, les temples et pagodes, les bouddhas assis ou couchés, bref tout cela faisait un peu désordre au Danemark.

J’ai donc été rassuré de l’affirmation autruchienne selon laquelle nous n’étions pas à Copenhague du tout, pas le moins du monde, même pas en dessous du moins, encore plus bas que la norme pascalienne en vigueur, plus petitement que les doigts de fées des mers du nord ou les pieds assis de Corinthe, non nous ne sommes pas au Danemark, n’en déplaise à Hamlet et son copain Shakespeare, on est loin du compte, de l’assiette et du Jutland.

Le grille-pain qui se remet de ses émotions ne s’est pas affolé et sous médication intense consistant en un regard de Maria par demi-heure il a simplement hoché la tête langoureusement et s’est prostré sur les genoux de son divin médecin. S’il n’était aussi dépressif j’en serais presque jaloux. Cette perspective au demeurant m’est un peu désagréable car comment pourrais-je avouer à quelque médecin, psychiatre, psychanalyste, psychodramaturge que ce soit que je suis jaloux d’un grille-pain ?

Autant leur annoncer que le monde tourne dorénavant du nord au sud, que les caïmans montent aux arbres et que les humains s’aiment. Bizarre que ce monde où nous vivons.

En tout cas, pour en revenir à cela, nous ne sommes pas à Copenhague mais bel et bien en Autriche, foi d’autruche et marmotte gracile et cieuse. C’est un fait et nul ne le contestera, le pays des téléphériques, des montagnes et de la valse, de la tarte Sacher, autant de choses que nous n’avons pas encore vu mais qui dans ce monde où l’évidence est toujours cachée et l’hypocrisie, le cynisme et le machiavélisme règnent sans partage, c’est une preuve de plus de la justesse de l’autruche volante.

Le Yéti anarchiste s’est bien avancé à faire remarquer qu’après tout nous n’avions aucune preuve tangible d’être à Copenhague et que donc, suivant ce raisonnement autruchien fort habile, nous pourrions aussi bien nous trouver dans cette ville-là. Cependant, tout le monde en ayant plus qu’assez de trouver un téléphérique reliant Copenhague à Bangkok les arguments Yétiesques ont été balayés d’un revers de la main, du câble électrique, du tuyau, des lunettes roses et de la porte, respectivement.

Nous sommes donc à Vienne.

Reste à quitter ce lieu pour nous rendre à Bangkok et de trouver un chemin aisé, non surveillé et rapide pour la cité de nos rêves, là où nous ne serons plus poursuivis par des quémandeurs de toute catégorie nous enjoignant ce qui de droit, de fait ou d’ailleurs, ne nous regarde pas, ne nous concerne pas et ne nous intéresse pas.

L’autruche volante nous a ensuite soumis une idée à toutes fins ou débuts utiles, à savoir que rejoindre Bangkok pourrait se faire en sautant de montagne en montagne par l’intermédiaire de moutons coopératifs. Il est évident qu’aucun magistrat digne de ce nom ne pourrait simplement envisager que des fuyards quittent un pays en saute-mouton et c’est la raison pour laquelle cette idée nous a beaucoup plu. Elle est par ailleurs d’exécution assez simple : Il suffit de trouver des moutons coopératifs de les conduire au sommet des montagnes autrichiennes et de sauter au-dessus des uns puis des autres.

Tout cela fait sens, n’est-ce pas ? En tout cas, nous progressons à grands pas vers une solution pragmatique, réaliste et pratique. L’air autrichien nous convient bien et les sourires autruchiens volants nous conviennent bien.

Je vous livre son dernier aphorisme : il n’est pas pire autruche que celle qui soigne les dents des gens pour de l’argent.

Je ne suis pas sûr d’avoir saisi la subtilité de la chose, mais vous souhaite une belle et bonne soirée.

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