Chronique – 38


D’une certaine forme de lassitude, de la fin de la révolte des grille-pains, de l’exaltation des pingouins, et d’un voyage à Arezzo en baignoires

Dire qu’il y a quelque temps encore je vivais tranquillement dans mon appartement Genevois et me contentais de temps en temps de regarder par la fenêtre mélancoliquement à la recherche d’une raison d’être à ma vie ploutocrate et mal aboutie.

Plusieurs semaines se sont écoulées et entourés d’amis pour le moins particuliers, si l’on doit se baser sur l’éternelle notion de normalité ou d’anormalité, je suis à la recherche de la voie la plus discrète pour relier Vienne où nous pensons être et sommes vaguement camouflés et Bangkok, ce afin de ne pas éveiller les soupçons de représentants de puissances obscures et sournoises.

En parallèle, je ne cesse de me laisser dépasser par des évènements dont la plupart du temps je n’ai pas le moins du monde pressenti le déclanchement et parvient avec la plus grande des peine à contribuer à leur maîtrise. Mes compagnons sont dénués de tout point d’ancrage dans le temps et se situant exclusivement dans le présent évoluent librement et sans attache. Je les envie. Ils évoquent en permanence et au premier degré leurs désenchantement, tristesse, joie, colère, bouleversement ou passion. Je les suis avec peine mais contentement car tout plutôt que revenir derrière ma fenêtre mais d’une certaine manière je les envie.

Tenez par exemple cette révolte des grille-pains, bien entendu vous avez compris qu’elle terminerait en eau de boudin dans une rizière mal épanchée et qu’il nous faudrait de longues heures pour extraire de la vase les acteurs de cette révolution surréaliste, les grille-pains, gaufriers, cafetières et autres dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas équipés pour des routes aussi chaotiques surtout après avoir accompli un striptease d’anthologie.

Vous l’aviez vu venir, je le sais bien, mais moi pas du tout. Je me suis laissé totalement surprendre.

Bien entendu, mon état d’esprit est plutôt délétère ces temps-ci perdu dans une sombre folie amoureuse, sombre parce que je ne suis pas sûr qu’elle puisse terminer autrement que dans la vase, folie car comment pourrais-je prétendre pouvoir attirer autre chose qu’une sympathie de façade de la part d’une aussi parfaite femme que Maria et amour parce que c’est ainsi, cela s’appelle comme cela, je n’ai pas d’autre mot pour décrire ce que je ressens et tant pis si vous pensez que cela habille très mal cette chronique et encore plus tant pis si vous croyez que cela va finir avec un beau mot fin sur un couple niaisement enlacé au bord d’une cheminée kitsch.

Si vous avez lu mes livres (NDLR : On dit plus rien sur la publicité clandestine, ça sert à rien, y comprend pas, et ça nous lasse, mais ça nous lasse, vous pouvez pas imaginez, alors vous avez qu’à vous farcir le reste, on vous aura prévenu, nous, c’est bof !) vous devriez savoir qu’ils se terminent rarement bien, nada, niet, jamais, c’est comme cela.

Donc, je sais que tout cela terminera mal mais j’espère quand même que peut-être le présent me réservera un jour un fugace instant de bonheur…

Revenons à nos moutons, ou plutôt n’y revenons pas car notre quête a été interrompue avant la révolte des grille-pains et je doute qu’elle reprenne rapidement. Cela m’a surpris, je vous l’ai dit, tout me surprend.

Le coup des pingouins, pas des lapins, pingouins, suivez un peu ce que je vous dis, je ne l’ai pas vu venir non plus.

Ils étaient comme nous en train d’essuyer les centaines de grille pains exsangues et totalement déprimés, surtout le nôtre, sortis de leur coque de boue lorsque soudain ils se sont dressés et se sont exprimés l’un après l’autre de façon parfaitement solennelle:

Qu’importe la défaite / le désespoir / il faut oser / vous avez osé / c’est géant / félicitations à vous les grille-pains / à notre Che à nous / et nous allons tous faire de même / pour aller à Bangkok nous passerons par Arezzo / et comme Vienne est dorénavant au bord de la mer / il n’y a pas de raison pour que Arezzo n’y soit pas non plus / et puisque nous n’avons pas trouvé de téléphérique souterrain / ou de moutons humains / nous irons de Vienne à Arezzo / traverserons les Alpes par la mer / et célébreront en grandes pompes les 519 années de sa mort / et prendrons de force la chapelle / et déclarerons son indépendance / et sous la céleste bonté de sa célèbre résurrection / nous placerons le grille-pain et il renaîtra lui aussi sous la forme de la Madonne de Senigalli.

Je me suis détourné de cet amoncellement de bêtises sans nom mais lorsqu’ils ont évoqué une réincarnation d’un grille-pain en Madonne je n’en ai pas cru mes oreilles et leur ai demandé de se taire. Comme si nous n’avions pas déjà assez de problèmes avec toutes les ligues et autorités que l’on peut imaginer!

L’extincteur leur a suggéré de demeurer coi et le réfrigérateur leur a proposé de passer quelques heures dans son sein pour refroidir leur esprit particulièrement échaudé par l’eau froide. Seule l’autruche volante, dite marmotte gracieuse, s’est sentie à même de répondre à leurs propos en posant une question qui je dois l’admettre n’était pas forcément ridicule, à savoir comment ferions-nous pour traverser les alpes par la mer ?

C’est à ce moment-là que les pingouins m’ont étonné, dressés sur leurs courtes pattes, les branches de leurs lunettes roses, dans leur bec jaune, ils ont dit pas compliqué les gringos il nous faut 7 baignoires que nous attacherons par des cordes, on jette le tout à l’eau et on laisse dériver comme les banques et tôt ou tard on arrivera en Italie, on dit bien qu’après la Grèce, l’Irlande et le Portugal c’est là que cela finira non ? Donc en bateau et que ça saute, et on sauvera la chapelle, et on évitera qu’elle soit détruite comme à Pompéi et on déclarera notre indépendance et on réincarnera le grille-pain. Logique, non ?

Je ne suis pas sûr qu’il y ait une véritable logique dans tout cela mais soyons honnête, il faut suivre l’actualité, c’est le propre d’une chronique réaliste, donc nous irons de Vienne la cité balnéaire à Arezzo, autre cité balnéaire et tropicale, par la mer et nous y irons par baignoires interposées.

Maria a demandé pourquoi 7 baignoires ?

Ils ont répondu pour deux raisons ma chère Maria, Uno parce que nous sommes 7 et deuxio parce qu’il y a bien 7 nains non dans l’histoire non? Tercio parce que nous approchons de l’été et qu’en été il vaut mieux disposer de baignoires ! Cuatro pourquoi pas !

Je n’ai pas compris l’à propos de ces deux remarques mais comme je vous l’ai dit je ne comprends pas grand-chose ces temps-ci, alors allons-y, cherchons des baignoires et voyons ce que nous pourrons en faire, plutôt cela qu’autre chose… d’ailleurs, auriez-vous mieux à proposer que traverser les alpes dans des baignoires ?

Pas l’avion, certainement pas, de toutes les manières ces temps-ci cela marche pas fort. Pas le reste non plus parce que ça glisse… Alors, pas vraiment mieux à proposer, les baignoires c’est exotique et économe, écologique et ne coûte rien en taxe carbone, pas de fumée, pas de fuite et surtout pas de risque de marée noire, non, rien que du bonheur, du plaisir, je vous le dis, je ne comprends rien à tout cela mais au moins nous avançons, et en plus l’idée de voir Maria dans une baignoire, cela serait tellement grisant s’il n’y avait la contrepartie, l’idée qu’elle m’y voit aussi… je vous l’ai souvent dit, tout est relatif.

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