Chronique – 39


Des derviches tourneurs, d’Ibn Battuta, de la croisière des sept baignoires, et d’une berceuse interprétée par une autruche volante dite marmotte gracieuse   

Je dois admettre que récupérer sept baignoires pour entreprendre la traversée des Alpes a été chose relativement aisée.

Naturellement, les autrichiens que nous avons abordés pour leur proposer de nous louer de tels objets pour une croisière de cette nature n’ont guère compris notre empressement. Il s’agissait d’humbles paysans au bord de leur rizière et nos explications en langage alémanique approximatif n’ont pas plaidé en notre faveur.

Maria aurait probablement pu de par ses origines nous aider dans cette entreprise mais elle était partie dans une autre direction avec le réfrigérateur et l’autruche volante, dite marmotte gracieuse, pour faire réserve de victuailles tant il est vrai que voguer de Vienne depuis l’embouchure du Danube à Arezzo au nord de Florence ne sera pas forcément chose aisée. Allez savoir quels vents ou courants nous rencontrerons.

Ibn Battuta a raconté avec force détails son retour catastrophique vers l’Andalousie depuis l’Egypte marquée par une longue dérive et un échouage sur les terres siciliennes limitrophes du monde barbare. C’était au douzième siècle si ma mémoire ne me fait pas défaut mais les circonstances n’ont pas forcément changées. Donc nous avons eu peur, donc l’extincteur a plaidé pour une forme de prévoyance raisonnable, donc les uns et autres avons réfléchi, pas que l’image de nous-mêmes d’ailleurs, et donc nous avons pensé que des vivres nous seraient utiles, donc nous nous sommes divisés en deux groupes.

Bref, pas de Maria avec nous et en conséquence pas de possibilité de converser librement avec elle et les humbles paysans du bord des rizières à l’embouchure du Danube.

Nous nous sommes concentrés sur le but ultime de notre virée campagnarde et, tout en admirant les palmiers et autres plantes tropicales et échangeant quelques étranges billets de Bohème, Moravie et Nietzche pour solde de l’achat d’orchidées blanches et roses, nous avons fini par faire comprendre notre souhait et avons pu procéder à l’acquisition desdites baignoires, sept pour être précis.

Tout cela en contrepartie de quelques danses étranges, similaires en quelque sorte aux transes des derviches tourneurs qui tournent par définition scandant une longue litanie dont le rythme rapide s’adapte à une série de Fibonacci, enfin d’après les pingouins aux lunettes roses qui ont tourné sans arrêt pendant une demi-heure en criant sans s’arrêter non pas le nom de Dieu, excusez-moi, mais celui de Piero della Francesca, ce qui a bien fait rire les enfants et se tordre de douleur les adultes car allez critiquer ou vous moquer des pingouins colériques et vous comprendrez votre douleur assez rapidement, ou plus exactement la ressentirez durablement dans votre partie masculine, si vous êtes de ce sexe, car des pingouins en colère cognent sec avec leurs becs pointus.

Cela a fait beaucoup rire les enfants, certainement moins les adultes, en tout cas les humains mâles.

Les baignoires nous ont été données après avoir signé une signification officielle en vertu des dispositions de la règle de trois titrée ‘je vous salue’ dans l’ordre cinq de la constitution Andine et Belge de 1965 relative au bien-être des gens, de leurs casseroles et des biens et personnes qui s’y rattachent, y compris les derviches tourneurs, loi 8765/hu/oztg du 7 février 2005 amendée dix années auparavant.

Bref, ils nous ont donné les baignoires pour que nous dégagions les lieux rapidement, ce que nous avons fait mais avec un peu plus de difficultés que prévues les pingouins étant rancuniers et s’adaptant avec joie aux délices de la récidives au grand plaisir des enfants mais pas à celui des adultes mâles…

Les sept baignoires ont ainsi été acquises rapidement et ramenées en partie sur le dos de votre chroniqueur préféré, amarrées à un ponton près de notre abri de fortune au pied d’un village de pêcheurs autrichiens, emplies des victuailles ramenées par Maria et son petit groupe, poncées et polies par le soin de l’extincteur qui adore montrer ainsi son utilité et déployer sans fard son indicible besoin de faire le bien et de bien le faire et ensuite, vogue la galère !

Nous avons attaché les baignoires entre elles par des rubans roses et bleus servant de liens pour les cadeaux durables, véritables, sincères et utiles et vogue la galère.

Nous avons dérivé au gré de la marée, avons manqué être renversé à plusieurs reprises par des barges immenses ramenant d’immenses cargaisons emplies de fruits, légumes et boules de cristal locaux, mais n’avons cessé de démontrer au regard des curieux assez nombreux je dois l’admettre notre enthousiasme à peine gêné par la nécessité qui est la nôtre de laisser un doigt, un pied ou quelque autre objet de ce style dans l’orifice prévu pour l’embranchement d’un siphon et qui a la fâcheuse tendance de laisser pénétrer l’eau de mer ou de source ou de rivière ou de quoi que ce soit que vous voudrez si vous ne le bouchez pas, Archimède vous le dirait bien, il a essayé la chose à Syracuse tout en chantant Euréka et tout le reste.

Nous avons pénétré dans le bassin marin assez rapidement finalement et nous sommes depuis lors en lente dérivation vers le sud, donc vers l’Italie, donc vers Arezzo, la cité de Piero qui nous attend pour sa déclaration d’indépendance.

Nous ne voyons plus les côtes de Vienne mais nous laissons porter par le bon air marin. Il est tellement étonnant de songer que nous sommes ainsi parvenus à contrer les vents mauvais, les complots nombreux, les oracles maudits, tout cela en nous appuyant sur notre sérénité, perspicacité, ténacité et sagacité. Nous parviendrons à Arezzo, puis partirons pour Bangkok en traînant derrière nous la chapelle de Piero après avoir obtenu son indépendance. De cela je suis sûr.

Pour l’heure, nous sommes à quelques heures de Noël et tout en grignotant des grains de riz bien dur – nous n’avons pas le droit selon l’extincteur de faire bouillir l’eau qui pourtant existe en quantité assez importante dans la mer sur laquelle nous voguons – une mer qui soit dit en passant et de manière narquoise à l’intention des résidents de la Vallée de Chamonix pas si lointaine que cela n’est pas de glace elle ! Cette mer qui recouvre les montagnes est faite d’eau et pas n’importe laquelle, de l’eau parfaitement humide et chaude, pas un semblant grisâtre et pollué, une vraie et bonne quantité d’eau transparente et douce avec des poissons en prime. Vienne et les massifs alpins qui l’entourent sont décidément très étonnants!

Nous croquons le riz craquant et laissons le vent nous pousser et tandis que nous songeons à ce que l’avenir nous apportera, l’autruche volante, dite marmotte gracieuse, nous chantonne un joli berceuse que je vous offre pour votre veillée:

Haute la joie, belle la vie, suintant le sapin, que le Père Noël et Léon d’ici et pas d’ailleurs, s’amusent à faire tomber la neige, les fleurs, et les enclumes, car Noël est bon, et Berlin est allemande, vive Mozart l’autrichien et José le brésilien, et Nestor l’autruche d’un soir, sur l’or d’Harfleur, et les ponts d’Honfleur, je vous dédie ce chant, pour l’amour de la paix, et le pain des cigales, la joie des enfants et le sourire des vieux, Point, pas virgule, car virgule y a plus ! 

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pain des cigales, la joie des enfants et le sourire des vieux, Point, pas virgule, car virgule y a plus ! 

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