Chronique – 55


De Gorecki, du Pape, du Grand Yéti bleu, des aquariums et des pêcheurs

Nos âmes sont perdues quelque part mais nous ne savons pas où.

Nous cherchons un chemin qui peut-être ne conduit nulle part et ne savons même pas où son origine se trouve, et encore moins comment joindre notre destination. Nous sommes une masse grouillante d’individus perdus, des vivants parmi les vivants, sans boussole apparente, recherchant les raisons de notre condition.

Maria, notre guide, la seule parmi nous qui je crois a su garder la plus grande partie de sa raison nous a demandé hier de nous concentrer sur le présent, ici, sur la noble et belle île de Vienne, sous les tropiques, au milieu des rizières et au pied des monts fumants, et d’envisager le futur à partir de ce point.

Jusqu’alors nous fuyions les évènements, les représentants de l’ordre, de la liberté, des droits et du peuple, qui nous recherchaient et parfois nous trouvaient au titre de violations répétées de quelques dispositions particulières de lois, principes ou règlements dont nous ignorions jusqu’à l’existence.

Cependant, notre fuite ne nous a conduits nulle part, les convulsions du présent ont modifié l’environnement dans lequel nous évoluons. Nous ne sommes jamais parvenus à comprendre dans quelle ville nous évoluons et avons décidé qu’il s’agissait de Vienne, allez savoir pourquoi, peut-être s’agit-il en réalité de Reykjavik ou Port Moresby.

Nous souhaitions aller à Bangkok mais ignorions comment y parvenir. Nous avons traversé la Mer d’Autriche à la recherche d’Arezzo pour déclarer l’indépendance des fresques de Piero della Francesca mais ne les avons jamais trouvées. Dorénavant, nous essaierons d’accepter notre condition et de nous frayer un chemin parmi les vivants dans ce monde ci et pas ailleurs.

Au bord de cette rizière calme et paisible nous devisons et imaginons ce que chacun ou chacune pourrait faire dans cette réalité. Après le réfrigérateur, l’autruche et le grille-pain, c’est le Yéti qui nous a rappelé sans ironie ou humour apparent que son plus cher désir était de devenir Pape, leader de la chrétienté, tout en restant païen sans scrupule et espérant retrouver un Grand Yéti Bleu dont il ne se souvient plus s’il s’agissait du fruit de son imagination ou d’un personnage ayant existé ou existant encore quelque part au milieu des montagnes himalayennes dans un paradis perdu.

L’extincteur lui a fait remarquer que, dans la mesure où nous ne savions pas exactement où nous étions et encore moins où nous allions, il était difficile d’imaginer comment parvenir à cette fin particulière. Il a cependant admis que le droit au rêve existait, ainsi que celui au bonheur, tel que précisé dans la déclaration d’indépendance américaine, chose amusante si l’on veut bien y regarder d’un peu plus près, et qu’ainsi chacun devait avoir la possibilité d’exprimer ce qui était enfoui en lui, dixit le vieux copain Freud si contesté en ce moment car les ambulances sont toujours des cibles idéales. Maria a abondé dans son sens et, contrairement à hier, il n’y a pas eu de drame ou altercation.

L’extincteur, fort sage, a lui confessé que son désir d’être représentant des vivants lorsque les habitants d’exo planètes arriveront n’était pas forcément ce qui lui tenait le plus à cœur, au contraire, et que ce qui l’avait toujours attiré était la danse classique, afin de pouvoir un jour esquisser un pas qui ne soit pas ridicule sur la troisième Symphonie de Görecki. Nous n’avons rien dit, même pas le Yéti à côté duquel Maria s’est installé afin d’éviter toute manifestation intempestive et hautement contrariante.

Les pingouins ont fini par avouer qu’ils n’avaient pas seulement Piero della Francesca en tête et qu’ils aimeraient être surveillants d’aquariums de salon, passant d’un appartement, salle d’attente ou hall de gare à l’autre, pour apporter réconfort et calme aux dignes occupants de tels contenants.

Lorsque Maria a demandé, gravement, s’ils étaient sérieux compte tenu des difficultés rencontrées les jours précédents ayant conduit à l’incarcération de l’autruche volante, flottante et trébuchante, (NDLR : la publicité clandestine n’est pas admise au titre de la loi sur les propagations des vérités vraies en toute démagogie et sans implication commerciale ou autre adoptée le 31 avril 2002 dans la noble et belle république de toutlaland, on le sait, mais les auteurs de cette chronique ne le savent pas, que l’on veuille bien le rappeler aux auteurs de cette chronique perdus quelque part sur une autre planète, tant mieux pour nous), ils ont répondu par l’affirmative en disant qu’ils ne mangeaient pas les poissons tropicaux, question de principe, mais les regardaient, car la couleur de Piero se reflétaient dans leurs écailles, comme l’image d’un dieu des petites choses, et nous les avons cru, sans autre forme de procès, car après tout il n’est pas mauvais de le faire.

Enfin, les regards se sont tournés vers Maria et moi-même mais c’est à ce moment précis qu’un pêcheur est passé avec son matériel et a interrompu la retransmission des programmes qui reprendront demain à l’heure où ne blanchit pas la campagne pour autant que l’albatros n’atterrisse pas trop près des navires.
§5519

Un commentaire sur « Chronique – 55 »

  1. Heureux les simples car l’esprit ne les dérange, one direction , on mange , on survis , la faim justifie les moyens , pépin fait des bulles mais sa monnaie est de singe, le peuple riz mais sent le leurre, une question de survie suffit a vous pourrir la vie , open Bar pour les pêcheurs de miracles , paradis gratuit …!!!

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