D’une parenthèse incompréhensible, d’un discours sur la méthodologie, des faisceaux de convergence ou divergence, de l’impalpable nature de la réalité et de l’aisance du rêve


D’une parenthèse incompréhensible, d’un discours sur la méthodologie, des faisceaux de convergence ou divergence, de l’impalpable nature de la réalité et de l’aisance du rêve   

La réalité n’est jamais une, elle est diverse, variée, multiforme, composite, isotopique, un alliage souvent inconnu dont on soupçonne la composition sans jamais pouvoir le démontrer avec certitude, une multiplicité de couches se superposant et s’additionnant ou se soustrayant au gré des presbyties, myopies et hypermétropies des vivants s’essayant au délicat exercice de la désincarcération d’une once de vérité d’un fatras inaccessible, incompréhensible, et tentaculaire.

Nous en avons fait la cruelle expérience aujourd’hui.

Nous avons abordé cette zone fertile et verte, d’un vert quasiment émeraude, épais et vif, profond et suave, une étape grisante et euphorisante, un bond de Mars la rouge à la forêt équatoriale, j’exagère, vous le savez bien, mais vous suivez certainement ma pensée mieux que je ne pourrais le faire, il n’y avait à vrai dire que peu de traces de cette couleur, juste quelques signes par-ci par-là, quelques semblants de prés et champs, une drôle de sorte d’arbre aux feuilles sèches sans l’être vraiment, entortillées mais fines, et un mince filet d’eau qui s’écoulait au milieu de ce qui je présume pourrait être qualifié d’oasis, le contraste était cependant tel entre le monde de désolation, de mort, de peur et violence, de poussière, cendre et ruine que nous venions de quitter et celui-ci, agréable et frais, presque humide, humant la vie, respirant, exhalant une certaine fraîcheur, et exhibant une fascinante atmosphère de routine et de sérénité, de calme et paix, que tout s’est trouvé transfiguré, y compris le vert et le bleu, le rouge et le jaune.

Tout nous a semblé différent.

La vie trouvait en ce lieu une nouvelle floraison. Nous avions changé de monde, traversé une frontière invisible, franchit une porte invisible, nous étions sur une autre planète. Du moins c’est ainsi que nous avons interprété ceci avant que tout ne diverge et s’effondre sous le diktat des apparences et des faux-semblants.

Nous avons marché un moment puis atteint quelques maisonnettes en bon état, proprettes, bien équipées, et entendu les premiers vrais sons depuis fort longtemps, des chants d’enfants dans une école un brin désuète, des paroles échangées entre un berger et ses chèvres, des bienvenus gracieux qui nous étaient adressés.

Puis, un homme est venu à notre rencontre, nous a accompagné jusqu’à une sorte de place centrale entourée de plusieurs bâtiments simples et blancs, visiblement des habitations, une église ou temple, un magasin, une poste affublée d’un garage et d’un distributeur d’essence, et deux ou trois autres constructions blanches elles aussi ressemblant à de petites administrations, et nous a présenté à un couple qui nous attendait sur une véranda paisible issue d’un autre lieu et temps.

Nous avons été chaleureusement accueilli et on nous a proposé des boissons et des fruits, puis nous avons conversé, à bâtons rompus pendant plusieurs heures, avons dîné puis conduits à nos quartiers très simples, conventionnels mais fonctionnels.

Vous vous demandez certainement pour quelles raisons j’ai utilisé les termes de ‘cruelle expérience’ en introduction à ses propos… et bien ceci provient du fait que lorsque nous avons commenté les dires de cette soirée, les propos échangés, les informations et éclaircissements fournis, nous avons abouti à des conclusions proprement divergentes.

Pas un seul d’entre nous n’a vécu la même expérience, aucun n’a entendu la même chose. Nos souvenirs divergent totalement. On pourrait croire que nous n’avons pas été au même endroit au même moment.

Qui a raison ou qui a tort ?

Je n’en sais rien, nul n’en sait rien, personne ne peut le dire, mais la vérité n’est pas dans une quelconque convergence des expériences car toutes divergent. Généralement, on aboutit à une approximation quelconque en procédant à une moyenne arithmétique, si l’on raisonne de cette manière, ou un faisceau de convergences si l’on est juriste. En tout état de cause, on s’essaie à un recoupement des faits notés, des développements entendus, des récits faits, des démonstrations tentées ou réussies, des observations approchées.

C’est ce que nous avons fait. Mais nul n’est parvenu à approcher un début de caractère commun, rien que des conclusions divergentes.

A part le fait qu’il s’agissait d’un couple souriant, rien d’autre, absolument rien, n’a suscité le moindre agrément entre nous. Même une chose aussi triviale que l’âge ou le nom de l’un et l’autre n’a pas été agrée. La femme pourrait ainsi avoir 25, 30, 45, 60 ou 75 ans. Pour l’homme, la fourchette est entre 30 et 70 ans. Lui s’appellerait John, Maxime, Edouard, Bertrand, Albert, Ahmed, Benjamin, Sébastien ou François. Elle pourrait répondre au nom d’Eléonore, Margaret, Betty, Sarah, Julia, Bénédicte, Ellen, Mathilde ou Jennifer.

Le reste est à l’avenant.

Nous pourrions être tombée sur des représentants d’une secte, d’une entreprise multinationale spécialisée dans l’extraction de minéraux précieux, d’une association caritative et philanthrope, d’une institution multinationale chargée de répandre bonheur, paix et plénitude, d’une ancienne puissance coloniale, d’un pays souhaitant développer des relations commerciales avec celui dans lequel nous évoluons, d’une autre planète en visite d’exploration, d’une université anglo-franco-hystéro-maçonne spécialisée dans l’anthropologie, l’ethnographie, la collecte de sang, le ramassage de plantes médicinales rares, l’exploration de cavités et dessins préhistoriques ainsi que la collecte de fossiles et reliquats de périodes anciennes, ou de messianiques missionnaires spécialisés dans le prosélytisme avancé.

Maria nous a suggéré de ne pas en dire plus et de nous reposer.

Nous essaierons demain d’en savoir plus. Nous verrons bien. Pour l’heure il n’est pas possible de ne pas ressentir un profond sentiment de désillusion.

Plonger dans le rêve est peut-être, à ce stade, fort salutaire. A demain.

sol571

3 commentaires sur « D’une parenthèse incompréhensible, d’un discours sur la méthodologie, des faisceaux de convergence ou divergence, de l’impalpable nature de la réalité et de l’aisance du rêve »

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