Des retrouvailles des uns, de la disparition des autres et d’Hollywood


Des retrouvailles des uns, de la disparition des autres et d’Hollywood

Nous sommes ballotés par les circonstances, les évènements, la vie en général, nous sommes des bateaux ivres, nous errons de par le monde et au gré des vents, du hasard et des conséquences de nos propres choix ou omissions, nous sommes jetés sur des cotes hostiles ou plaisantes.

J’ai retrouvé Maria debout sur un char, haranguant la foule, la dirigeant vers une prison où elle pensait que nous, ses amis, nous trouvions encore, sans savoir que ladite prison avait été abandonnée et que nous étions libres, errant de notre côté, craignant son sort.

Nous nous sommes retrouvés tels des amants séparés de films hollywoodien, peu avant le générique de fin, larmes sur les joues, sanglots dans la salle, reniflements et soupirs, soulagements en prime de savoir que les images vont bientôt se figer et que la lumière reviendra, que tout va bientôt rentrer dans l’ordre des choses, qu’ils vont se marier et auront une pléthore d’enfants, de bonheur, de joie et tout et tout…

Nous nous sommes embrassés et avons réalisés qu’il y avait entre nous autre chose que de l’amitié. C’est une situation très réjouissante, surtout pour moi, car après tout s’il était évident de longue date que mes sentiments pour elle allaient largement au-delà de ceux liant deux amis ou connaissances l’inverse n’allait pas de soi. D’ailleurs, il restera à déterminer dans un avenir plus ou moins proche – disons lointain car après tout qui souhaite vraiment savoir cela ? – si le profond soulagement de nous retrouver en vie et en pleine santé n’a pas quelque peu masqué ou souligné la force de ces sentiments.

Plus tard, nous nous sommes installés dans la petite pension de famille choisie par Maria parce qu’elle accueillait généreusement un monde d’exilés, d’abandonnés ou de militants, et avons ensemble ri aux images du Yéti anarchiste appelant à la révolution permanente et celles de la machine à gaz rondouillarde à tendances politicienne interpellant la jeunesse, pour elle inconnue, d’un peuple, également inconnu, et lui enjoignant de cesser son tumulte pour se concentrer sur la reconstruction du pays, naturellement inconnu.

L’autruche volante, flottante et trébuchante, a regardé ce flots d’images bleues avec délice, sans les comprendre, sa tête posée sur les genoux de Maria et clignant fréquemment des paupières à force de regarder à la sauvette le visage radieux de celle-ci.

J’ai évoqué notre séjour dans ce charmant établissement pénitentiaire que nous venons de quitter et me suis gardé d’évoquer mes péripéties avec mon très charmant et gentil policier. Je n’ai fait que tracer à demi-mots nos épreuves et le sentiment de rétrécissement que nous avons ressenti dans notre cellule obscure.

Maria nous a décrit sa longue fuite, son errance avec les trois pingouins aux lunettes roses amateurs de Piero della Francesca et l’extincteur fort sage, qui les a conduits dans les faubourgs de la ville où nous nous trouvons actuellement, leur caches et camouflages successifs, puis leur implication dans les révoltes en cours, les premières manifestations devant la prison ayant résulté en une tentative manquée d’évasion, les nouvelles errances et enfin les manifestations décisives des jours précédents et le retournement de certains pans du pouvoir et la chute des autres.

J’ai été profondément soulagé de savoir que jamais, selon ses dires, Maria n’était tombée dans les crocs ou griffes des miliciens œuvrant dans les tréfonds et boyaux du système policier de ce pays.

J’ai été heureux d’apprendre le devenir des pingouins qui s’attelaient depuis quelques jours à la confection d’une grande bannière sur la place de la République et devant représenter à terme une partie de la bataille d’Héraclès telle que figurant sur les fresques d’Arezzo.

J’ai également été fort apaisé d’apprendre que l’extincteur fort sage consultait avec un groupe d’intellectuels les ouvrages d’historiens des différentes périodes révolutionnaires pour déterminer quelles devaient être les suites à donner à ce mouvement ainsi que les pièges à éviter.

Par contre, ni l’un ni l’autre n’a la moindre nouvelle du radiateur jaune, réincarnation du grille-pain existentialiste. Nous ne savons pas ce qui est advenu de lui. Maria pensait qu’il avait été enlevé par les miliciens en même temps que moi tandis que j’étais persuadé qu’il avait été sauvé par quelque heureux hasard et ce en même temps qu’elle.

Dans l’euphorie du moment, de nos retrouvailles si heureuses, nous n’avons pris garde à cette absence marquée et nous nous en voulons.

Il est évident que le tableau est incomplet, que le sort de notre ami fait ombrage à notre plaisir commun et que nous devrons incessamment arpenter à nouveau les artères de ce monde pour déterminer ce qu’il en est exactement.
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