De la faculté d’adaptation aux circonstances, de Purcell, et d’un débat télévisé à venir


De la faculté d’adaptation aux circonstances, de Purcell, et d’un débat télévisé à venir

Nous sommes ballotés par les circonstances et les évènements. Nous sommes sur un bateau ivre. Je ne cesse de le dire et je sais que ceci finit par vous gêner, et vous lasser. Je le comprends mais vivant au premier rang ces circonvolutions du temps, des émotions, des souffrances et de la vie, en général ou particulier, je ne peux m’empêcher de relever ce fait.

Notre petit groupe parfaitement improbable et parfois ridicule erre dans un pays rejoint par le tumulte mondial, le chaos et les excès de toutes sortes. Pas une journée ne passe sans que la révolution amorcée il y a quelques jours à peine ne plonge dans de nouvelles vicissitudes et nous avec.

Je me retrouve la plus grande partie du temps avec l’autruche volante, flottante et trébuchante, à la recherche non pas du temps perdu mais d’un ami disparu, ce cher grille-pain existentialiste réincarné en radiateur jaune artiste multiforme. Nous formons un équipage bien surprenant mais dans ces mouvances profondes du quotidien que traversent ce pays c’est à peine si l’on se retourne lorsque nous passons de notre pas lent au milieu des avenues désertes, des rocades sillonnées par des véhicules militaires ou des places arpentées par des milliers d’âme en quête de rédemption ou de liberté.

Nous ne demandons plus où se trouve notre ami par peur de nous heurter à des facteurs de violence ou les exacerber à nos corps et âme défendant. Nous progressons en cercles concentriques centrés sur la demeure où nous avons trouvé refuge, et où je me réjouis de retrouver Maria au regard si profond que je m’y perds souvent et qui est devenue, depuis nos retrouvailles, ma maîtresse, ou peut-être devrais-je dire l’inverse ? Je ne sais plus très bien, à dire vrai, ce qui est politiquement correct, peut-être devrais-je me contenter de dire que nous sommes amants et aimants, enfin ceci n’a qu’une importance secondaire pour vous et je le comprends bien.

Tandis que nous cherchons notre ami disparu, nos autres amis rencontrent des fortunes diverses dans leurs activités post ou prérévolutionnaires ce qui est parfaitement conforme à ce que l’on attend des vivants faisant face à des situations imprévues ou imprévisibles. Certains s’y révèlent d’autres s’y perdent. Vous aurez compris que je fais partie de cette dernière catégorie avec il est vrai ma chère autruche qui depuis hier s’est pris d’inspiration et d’amour pour Purcell et écoute avec un plaisir non dissimulé les fantaisies pour violes de 1680, en boucle, je crois, sur sa machine musical portable, ce qui ne mériterait pas d’être rapporté si cela ne la conduisait à danser et chanter de manière impromptue et, avouons-le, fort comique. Elle y transcrit ses propres paroles ce qui donne un résultat magistral dont beaucoup de surréalistes se serait plu à l’incorporer dans leurs œuvres. Un exemple ? En voici un, c’était vers 15 heures je pense, près d’un magasin de machines à laver récemment vidé de ses machines et pas encore lavé : « violes, joie, danse et candélabres, chantent et sapins, sur fond bleu, de dieu, et meuh, dit la vache, et moi pas, car je suis autruche, enfin je crois, sollicitude, et paresse, sont les mamelles de la France, et vive le vent. »

Je suis totalement dépassé par les évènements, je vous l’ai dit et redit, ne me demandez pas ce que je ne saurais offrir, le magasin n’a plus de stock.

Pourtant, et à l’autre extrême, certains parmi mes amis s’en sortent à la perfection. La machine à gaz rondouillarde à tendances politiciennes, vient d’intégrer le comité de salut public en tant que « porte-parole du gouvernement provisoire et vice-ministre en charge des relations avec le parlement, récemment dissous, la société publique, les autorités locales, régionales, transnationales, périphériques et philanthropiques pour la mise en place de conditions stables et prospères dans la défense des droits, des libertés, de l’ordre, de la santé, de la salubrité et de la notoriété publique et ailleurs ». Elle est présente dans les médias nationaux et internationaux et sa posture affable et quelle que peu opportuniste lui a d’emblée conféré un statut incontournable dans les conditions actuelles. Pas un journaliste qui ne lui demande ce qu’elle pense de ceci ou cela et à chacun elle réserve une de ses phrases favorites commençant inlassablement par un tonitruant « Je vous ai compris ! » quelle que puisse être la question ou le commentaire ce qui l’a propulsée au rang de monument national et symbole de la reprise en main du pays par une administration efficace et professionnelle.

Dommage, je dois l’ajouter immédiatement, que cette chère machine ne se soit pas préoccupée de chercher plus avant des détails sur le pays où elle se trouvait, sur une carte ou un dictionnaire et commette à chaque interview un impair monstrueux à cet égard qui en fait le chou gras et mauve de la presse internationale.

Ainsi, à chaque heure qui passe son rectificatif nécessaire et discret le porte-parole dans sa déclaration de tantôt ne souhaitait heurter en aucune manière les tribuns et populations du pays ami x, y, ou z mais souhaitait simplement faire une corrélation entre le comportement criminel de nos autorités prérévolutionnaires, leur corruption endémique, leur dédain des impératifs nationaux, et celui beaucoup plus respectueux et responsables de nos amis…

Je lui prédis un grand mais pas forcément long avenir.

Le plus anecdotique est naturellement le duel télévisé annoncé entre la machine à gaz porte-parole des nouvelles autorités et le leader de l’opposition opportuniste, utopique et contemplative, à savoir le Yéti anarchiste, qui devrait être diffusé dans les jours à venir.

Ceci fait les gorges chaudes et humides de beaucoup de commentateurs nationaux et internationaux et force est d’admettre que ceci constituera certainement un moment particulièrement intéressant et clef de l’évolution de ce pays dont j’aimerais que quelqu’un partage avec moi, ou nous, le nom. Je suis sûr que son nom est doux et aimable comme le sont ses habitants et les paysages désertiques que je contemple par-delà les maisons écroulées et les bidonvilles de tôles et planches vermoulues.

Je vous laisse, mon devoir m’appelle, tant l’un que l’autre des protagonistes du débat précédemment mentionné me demandent pour assister à la préparation de cet évènement.

L’avenir appartient à l’un comme à l’autre même s’ils ne se lèvent pas si tôt, contrairement à moi qui me perd dans les dédales des bouleversements de cet étrange parenthèse de l’histoire, du temps et des lieux.
story175

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