D’une énorme surprise suivie d’une étrange situation et d’un profond désarroi


D’une énorme surprise suivie d’une étrange situation et d’un profond désarroi

 

Les choses se sont compliquées…

 

Je ne sais comment vous dire cela.

 

Vous vous rappelez certainement mes dernières descriptions de ce monde gris et humide, pluvieux à l’extrême où les vivants ne songent qu’à l’apparence et sont entièrement pris par des considérations purement matérialistes. Je vous ai parlé de leurs monologues sans fin et leur égocentrisme de bas étage. Je vous ai narré mes tentatives désespérées et infructueuses de conversations. Je suis ignoré de toutes et tous. Nul ne me voit, nul ne me reconnait. J’ai retrouvé le Yéti anarchiste mais sous une apparence indigne de lui. Je me promène avec le grille-pain existentialiste sur mon épaule droite. Au musée l’auteur, mon alter ego, mon autre moi-même, dort sous un Vermeer blanc. Les trois pingouins amateurs de Piero della Francesca sont assis sur lui et ne cessent de causer.

 

Ce monde tourne dans une ronde sans fin.

 

Tout semble rituel et routinier.

 

Semblait, devrais-je dire.

 

La pluie, les façades sans âme, les vivants sans cœur, les mouvements perpétuels, l’arrogance et l’égoïsme, la superbe indifférence. Pourtant, les choses ont évolué.

 

J’AI RETROUVÉ MARIA, MA MARIA, celle au regard si profond que je m’y perdais si souvent.

 

J’ai retrouvé la jeune fille au foulard rouge.

 

Toutes les deux assises sur une terrasse.

 

Toutes les deux immobiles et les yeux perdus, le regard en berne, le teint blanchâtre, semblant hypnotisées, absentes, perdues. Je me suis précipité vers elles et leur ai parlé avec émotion, dévotion, passion, mais elles n’ont pas levé les yeux vers moi, ne m’ont pas remarqué, sont restées parfaitement immobiles. J’ai posé ma main sur leurs épaules, les ai même secouées légèrement mais sans impact particulier.

 

Silence, calme, sérénité, absence.

 

J’ai tellement attendu de les revoir mais lorsque, enfin, nous nous retrouvons, c’est elles qui sont absentes, toutes en étant présentes.

 

Un regard perdu, noyé, dérouté, un corps immobile, mais en vie, heureusement, des silhouettes voutées, des drames cachés, des accidents ou des violences, des chocs ou que sais-je encore.

 

Avant je me noyais de ne plus voir Maria, maintenant je me meurs de la voir dans cet état.

 

Qu’est-il arrivé ? Comment les ramener à la vie, comment les faire émerger dans ce monde, comment les sauver.

 

Je cours parmi les nuées de vivants aux téléphones portés à l’oreille droite et le parapluie tenu à la main gauche, ou inversement, en permanence, je demande de l’aide, de l’assistance, l’adresse de médecins, mais personne ne me reconnait et nul ne m’aide.

 

Je me suis emparé de téléphones et ce que j’ai entendu disait : il n’y a personne au numéro que vous ne demandez pas, il n’y a personne au numéro que vous demandez, il n’y a personne…

 

Je me suis emparé d’un autre, et ai entendu la même chose… Tous ces gens de faisaient que parler à des boites vocales ridicules.

 

Aucun ne me répond, aucun n’est utile à quoi que ce soit, tous sont des ombres gesticulantes, des parangons d’égoïsmes, des façades, des contenants sans contenus, je cours mais rien ni personne ne peut m’aider.

 

J’ai essayé de pénétrer dans un bâtiment qui indiquait : Clinique de Marthe la Mielleuse mais la porte ne s’ouvrait pas.

 

J’ai essayé de casser les fenêtres d’un commissariat de police pour m’y introduire mais le verre était plus dur que du béton.

 

J’ai souhaité prendre une voiture, mais elle était plus lourde que l’acier et ses portes ne s’ouvraient pas.

 

J’ai crié mais nul ne m’a entendu et encore moins écouté.

 

Maria et la jeune fille au mouchoir rouge sont là mais absentes…

 

Les autres sont présents mais vides…

 

Où suis-je ?

 

Qui suis-je et qui sont-ils ?

 

Y a-t-il un pilote dans l’avion, y a-t-il un avion, y a-t-il une réalité telle que celle dans laquelle j’avance aveuglé ?

 

Je ne sais pas…

 

Je suis maintenant assis à côté de Maria et lui tient la main. Celle-ci est tiède. Je lui parle. Son regard est vide. Sa bouche ne prononce aucun mot.

 

Mais je lui parle et lui dit tout l’amour que j’ai dans mon cœur. A ce stade je préfère ne pas vous conter très précisément ce que je lui dis.

 

Je pense que vous comprendrez.

 

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