De l’incongruité de ce monde et l’impossibilité qu’il soit autre chose que le produit de l’imaginaire d’un auteur endormi…


De l’incongruité de ce monde et l’impossibilité qu’il soit autre chose que le produit de l’imaginaire d’un auteur endormi…

 

Qu’arrive-t-il à mes amis ?

 

Ce monde étrange dans lequel mon alter ego, l’auteur, nous a plongés est insupportable de cynisme et d’indifférence. Les qualités et travers de chacun et chacune y sont exacerbés à l’extrême, les sentiments sont confondus, entremêlés, les comportements bouleversés.

 

Je vous ai parlé du Yéti anarchiste que j’ai croisé l’autre jour, qui m’a à peine reconnu et s’est plu à m’expliquer, brièvement, ses activités actuelles, les fonds révolutionnaires qu’il avait créés et introduit en bourse et qui prospéraient pour le bénéfice de la cause, laquelle ?, et dont ils tiraient des avantages certains et une motivation galvanisante, pour lui en tout cas.

 

J’ai retrouvé hier, mais ceci était dans un tout autre registre, Maria, la femme au regard si profond et étrange que je m’y perdais si souvent, accompagnée de cette jeune femme au chemisier rouge, qui nous avait aidés lors de notre séjour dans cette mégalopole traversée de convulsions profondes, marquée au fer rouge par la peur, le chaos et les désordres de toutes sortes, et qui m’avait ensuite guidé dans ma traversée du désert.

 

Toutes les deux sont apparues dans cette réalité incongrue mais leur présence est, si j’ose m’exprimer ainsi, celle d’absentes.

 

Dans un monde qui n’est qu’un contenant sans contenu elles sont assises empreintes d’une profonde léthargie, silencieuses, immobiles, sourdes à mes paroles, apparemment apaisées, mais leur être trahi quelque chose qui n’est ni tranquillité, ni sérénité, ni sagesse. Il y a ces tics quasiment imperceptibles, ces mouvements subis et brusques des paupières, ces doigts qui tremblent légèrement, le froncement des lèvres qui papillonnent, le teint du visage tirant les nuances vers le clair voire le diaphane, les vaisseaux sanguins qui dans les yeux se découvrent en arbres hivernaux minuscules et rouges.

 

Je me suis inquiété mais nul ne m’a aidé.

 

Le grille-pain, assis sur mon épaule droite, tel un perroquet de bonne compagnie, a supposé la chose suivante : nous sommes clairement installés dans un monde superficiel, artificiel, de façades et décors sans fondements, il y a là création d’un auteur endormi, ton autre toi-même qui couve son imaginaire dans un sommeil triste sous des pingouins avachis et un Vermeer blanc. Nous sommes en quelques sortes des acteurs d’un monde qui n’est pas réel, pas véridique, simplement plausible. Celui ou ceux dans lesquels nous avons évolué jusqu’à présent n’étaient guère mieux mais ils étaient plus détaillés, mieux finis, plus crédibles. Celui-ci est brut. Une composition simple. Moins de nuances, moins de subtilité. Donc, Maria et la jeune femme sont là mais sans y être vraiment. De la même manière que les pingouins qui sont pourtant, au-delà de leur passion particulière pour Piero della Francesca, râleurs, pesteurs et piaffeurs, sont installés sur le dos de ton autre toi-même dormant et ne prononcent pas un mot. Ce pauvre Yéti qui s’est toujours fichu comme d’une guigne des honneurs et de l’argent ne cherche plus que cela. Ce n’est pas crédible. C’est donc fantasmatique, imaginaire. Nous évoluons dans une création, peut-être le prélude d’un roman ou d’un film, va savoir. Nous sommes des personnages non point en quête d’auteur, pas de doute sur cela, mais en quête d’histoire. Nous attendons que les choses bougent, avancent, nous souhaitons rejoindre le flot de celles et ceux qui marchent, mais ne savons comment faire. On ne nous a pas donné la clef!

 

J’ai réfléchi un moment et ai acquiescé. Cela doit être vrai. En partie tout au moins.

 

Ce monde n’existe pas!

 

L’indifférence et le cynisme de ces gens ne peut qu’être feinte. Elle ne saurait être réelle.

 

Songez un moment aux conversations que j’aie entendu ces dernières heures:

 

Une jeune femme, marchant d’un pas ferme sous le crachin perpétuel s’adressant à un gestionnaire anonyme à l’autre bout d’une liaison téléphonique virtuelle et probablement inexistante, lui demandant d’étudier en détail les valeurs boursières qui monteraient en cas d’éruption volcanique, tremblements de terre, ou tsunami, de les cataloguer et les suivre avec précision pour créer un fonds d’investissement potentiellement très rentable nommé ‘Espoir’.

 

Ou encore, ce jeune homme au costume taillé dans la marque et le vernis s’adressant au monde virtuel collé à son oreille et lui disant que suite aux famines du Dixland et Mixterres il songeait à demander une mutation qui lui ferait compléter le cycle demandé et lui permettrait d’obtenir une promotion rapide et méritée au sein du secrétariat d’état à l’assistance humanitaire, la perpétuation du bonheur, et la diffusion de la sérénité envers les foules humaines et animales animées du désir de droits et liberté.

 

Sans parler de celui-ci qui se portait volontaire pour des concerts ou spectacles philanthropiques en arguant de sa disponibilité, de son souhait de diffuser gratuitement ses nouvelles créations hors frais généraux et indemnités de traitement pour lui et son orchestre, sa cousine et ses deux maîtresses, ce qui lui permettrait de propulser sa carrière inondée non pas de joie et soleil mais de poncifs certains.

 

Et cet autre individu charmant suggérant d’investir en masse dans une société condamnée et en faillite pour avoir diffuser des molécules dangereuses, voire mortelles, l’acheter pour le dollar symbolique, revendre tous les biens, transférer le fonds de commerce en Boulchanie Transversale sur la base du soutien à l’investissement mélancolique, y rester trois ans, licencier tout le monde et revenir au point de départ sur la base de l’assistance au retour des investissements étrangers, bénéficier des aides à l’emploi premier et second, à la création d’entreprise etcetera et à ce moment-là, faire comme les prédécesseurs et partir rapidement sous d’autres cieux plus hospitaliers.

 

Sans parler de celle-là qui venait de faire trois enfants de suite à trois maris différents et avait maintenant atteint la limite supérieure de pensions lui permettant de se lancer dans le soutien au botoxage intensif des âmes charitables et peaux élastiques ou celui-ci qui proposait à un anonyme de le rejoindre dans une boite de nuit pour ados de riches et atteindre bientôt le record d’un viol consentant par chimie interposée et par nuit de labeur, six nuits par semaine, par respect du jour du seigneur, et cinquante semaines par an, pour permettre le pèlerinage de Maigrelettes les bains durant les mois de processions mariales.

 

Non, ce monde ne saurait être réel.

 

Il ne peut être le fait que d’un esprit dérangé et maladif.

 

Je vais réveiller l’auteur, mon alter ego, le secouer et lui demander de nous transposer toutes et tous dans une réalité meilleure et cette-fois-ci plausible, quelque chose qui soit vivable.

 

Je vais également essayer de retrouver les absents, je veux dire l’extincteur fort sage et la machine à gaz rondouillarde à tendance politicienne.

 

Pour l’heure, cependant, j’ai du mal à quitter le banc où Maria et la jeune fille au chapeau rouge laisse leur mélancolie filtrer et baigner le monde impur de leur aura magique.

 

Je me sens si las. La pluie coule sur mon visage telle une douche de tristesse. Je devrais voler un parapluie.

 

§511

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