De la réflexion qui précède l’action et des réalités qui s’emmêlent de plus en plus…


De la réflexion qui précède l’action et des réalités qui s’emmêlent de plus en plus…

 

Le monde triste dans lequel un auteur inconnu me fait évoluer demeure aussi triste qu’il était les jours précédents.

 

La bruine incessante qui s’échappe de nuages omniprésents imbibe les parapluies et mon visage tandis que je marche au milieu d’une foule compacte et sombre, une vague lourde et cynique, une marée sans nom, une association d’individus sans relation les uns avec les autres si ce n’est par engin électronique interposé.

 

J’ai tenté d’obtenir de mon alter ego, l’auteur endormi au musée sous les Vermeer imaginaires, une certaine forme de coopération et une ouverture sur un autre monde, une autre réalité mais il a refusé de coopérer arguant de sa neutralité dans des circonstances qui lui échappaient.

 

Vous vous rappellerez certainement que nous en étions arrivé à la conclusion que d’autres auteurs ailleurs ou ici, peu importe, jouaient avec nos nerfs et créaient au fur et à mesure des mondes aux dimensions, natures et formats différents. Cela rejoint d’ailleurs ces théories mathématiques qui prônent l’existence de plusieurs dizaines de dimensions voire de mondes parallèles qui jamais ne se croisent.

 

Un de mes alter ego a écrit là-dessus (publicité clandestine, je sais, je sais, désolé). Dans une réalité vous êtes architecte, marié(e), avez trois enfants, un chien, une villa et deux maitresses/amants, tandis que dans une autre vous ne vous êtes jamais présenté au concours dont il s’agissait pour d’obscures raisons tenant à l’horaire des bus, un joint mal supporté, ou que sais-je, avez bifurqué vers la sculpture, n’avez jamais émergé, puis, dans l’ordre, la bureautique, les barrages, les portes d’ascenseur, le culture du pavot, celle des fraises, puis le chocolat et enfin, en ce moment, êtes buraliste à Bloufarques-les-oies en Charentes Maritimes, célibataire, et pseudo-gourou d’une secte prônant les vertus d’un retour aux enseignements de Diogène.

 

Vous voyez ce que je veux dire, n’est-ce pas ? Tout est possible, tout est envisageable.

 

Ce cher Musset avait dit ceci dans un sonnet qui ne me revient pas en tête que dieu rêve, ce qui revient à peu près à cela. Nous sommes dans un rêve, plutôt que dans un autre, dont jamais nous nous réveillons, donc peu importe ce que nous sommes ou faisons puisque cela n’a pas plus de valeur qu’un courant d’air, chaud ou froid.

 

Bientôt nous nous réveillerons ou sombrerons dans un somme sans fin, quelle importance.

 

Bref, tout est possible, plausible, envisageable.

 

Donc, puisque tout est ainsi imaginable, il n’est pas totalement inconcevable que j’essaie de sortir de ce monde cynique et triste pour rejoindre une réalité différente, plus gaie, avec lumière au sortir du tunnel et tutti quanti, avec mes amis à mes côtés et non pas des ombres sans sourires ou des figures empaillées comme celles que j’aie retrouvées hier ou avant-hier.

 

J’ai donc procédé selon cette bizarre circonvolution de ma pensée, et me suis attelé à la tâche consistant à réunir mes amis, les mener au centre de ce monde sombre, soit la pièce central du musée imaginaire, pour, demain, déclarer notre sécession et advienne que pourra. Nous verrons bien.

 

Dans cette tâche délicate, j’ai malheureusement dû faire face à des impératifs logistiques évidents. J’étais seul, ou presque puisque l’assistance matérielle que le grille-pain existentialiste pouvait m’apporter m’est rapidement apparue négligeable, soyons honnête, mais devais regrouper tous mes amis.

 

Le Yéti anarchiste dorénavant homme d’affaires à succès, ne s’est pas montré fort coopératif et j’ai dû utiliser la manière forte, c’est-à-dire m’emparer de son portable brillant et doré et m’enfuir avec, lui me poursuivant avec forces insultes et parapluie dans la main droite. Arrivé au musée, je l’ai laissé aux mains des pingouins après leur avoir laissé croire qu’il, le yéti, souhaitait voler l’une des toiles imaginaires de Piero della Francesca. Ils se sont montrés fort brusques mais il n’aura pas été surpris outre mesure puisque dans ce monde, la fin justifie toujours les moyens.

 

Pour Maria au regard si profond que je m’y perds systématiquement et la jeune fille au pull rouge qui l’accompagne, j’ai dû les transporter dans une brouette de fortune ce qui a été fort éprouvant mais heureusement n’a provoqué aucune réaction symptomatique de la foule ; En fait, nul n’a bronché puisque dans cette réalité-ci tout est permis pour autant que l’on ne rompe pas le fil des monologues téléphoniques ou facebookiens.

 

S’agissant de l’extincteur, cela n’a pas posé de problème particulier, je l’ai décroché du mur où il était pendu et l’ai porté avec précaution.

 

Plus difficile aura été la transposition de l’autruche volante, flottante et trébuchante, dorénavant empaillée en compagnie d’ours blancs dans la devanture factice d’un taxidermiste de troisième catégorie. Je m’y suis pris à plusieurs fois pour tailler un carré d’environ deux mètre sur trois dans une sorte de toile de jute qui constitue la matière de ce monde de façade, ai enroulé l’image de mes amis et ai transporté le tout sur mon épaule gauche, la droite servant comme vous le savez de support au grille-pain fataliste.

 

Enfin, j’ai accroché une sorte de laisse à la machine à gaz rondouillarde muette dans cette dimension et l’ai trainée derrière moi.

 

Bref, ce tour de force – que je pourrais qualifier de chemin de croix si je ne craignais que des fanatiques religieux viennent m’accuser de tous les maux et détruire ma pauvre chronique au titre de l’alinéa 5,paragraphe 2, article 12, livre III, de l’encyclopédie des droits virtuels et devoirs réels des vivants de catégorie b, comme blanc, et c, comme … vous savez quoi, et que je me contenterais aujourd’hui de qualifier de calvaire, ah ! – s’est achevé il y a une petite demi-heure au centre du musée.

 

J’ai fermé les portes, ai baissé la lumière et me prépare pour le changement d’environnement.

 

J’effectuerai ceci en direct demain sur les principales chaînes de télévision retransmettant cette chronique en directe et, si vous deviez ne pas les trouver dans votre monde, pauvre de vous, sur ce vecteur de communication que parfois on nomme blog.

 

D’ici là, je vous souhaite la plus merveilleuse des nuits et les plus merveilleux rêves en espérant que vous vous réveilliez demain dans la même réalité qu’hier, on ne sait jamais…

 

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