De l’envers du décor et de l’incompréhension qui peut en résulter


De l’envers du décor et de l’incompréhension qui peut en résulter

 

Une douce léthargie vaguement teintée d’amertume s’est emparée de moi tandis que nous avançon dans les coulisses d’un monde artificiel.

 

Tout y est brillant et coloré, recouvert d’un vernis bien lustré. Mes amis m’ont finalement convaincu de me contenter des réponses qui m’étaient proposées et de ne pas systématiquement me ronger les sangs en cherchant les tenants et aboutissants de toutes les situations auxquelles nous avons été, sommes et serons confrontés.

 

Je suis le groupe d’enfants dirigé par l’autruche volante, flottante et trébuchante et me suis porté à la hauteur de Maria au regard si profond que je m’y perds en permanence. Nous avons échangé quelques mots, sans plus, et nous cheminons de concert, main dans la main. Sérénité et quiétude sont des mots qui décrivent parfaitement l’état d’esprit qui est le mien, non pas en raison de mes propres agissements ou comportements, mais par le simple fait d’être à proximité de Maria.

 

Nous marchons comme je vous l’ai indiqué les jours précédents dans l’envers du décor. Tout est évident lorsque l’on a quitté la route bitumée qui traverse le pays et le coupe en deux. Le soleil n’est qu’un projecteur très puissant fixé sur le mur ou plafond d’un contenant que l’on ne distingue pas. Le reste est à l’avenant. Les arbres, fleurs ou herbes sont tous et toutes des constructions métalliques ou plastiques, des décors de films ou théâtre. Il n’y a rien de naturel dans tout cela. Même la mer ou la rivière qui serpente le long de la colline ne sont que des évocations ou suggestions qui s’estompent lorsque l’on s’approche d’elles pour se transformer en sol plus ou moins rugueux balayé par des images générées par ordinateur. Les couleurs si chatoyantes et vives sont des vernis déposés par plaques assez larges sur de la laque d’importation.

 

J’ai retourné par-ci par-là quelques-uns de ces éléments dits naturels, par exemple des champignons et des jacinthes et ai noté leurs numéros de série, date et lieu de fabrication ainsi que codes-barres.

 

Un autre phénomène dont la confirmation m’a quelque peu troublé est l’apparente disparition de certains enfants. Comme je vous l’avais indiqué ce groupe d’enfants ayant pour particularité d’être composé d’individus très similaires mais d’âges différents était très important lors de notre premier contact dans le musée imaginaire de l’autre côté du portail virtuel.

 

Ce groupe me semble se réduire au fur et à mesure que nous avançons. J’ai noté ceci depuis quelques jours et ai entrepris de les compter, chose particulièrement compliquée je dois l’admettre. J’ai profité de nos pauses pour tenter de déterminer le nombre approximatif d’enfants mais n’y suis pas parvenu avec précision.

 

Par contre, il m’a été possible de trouver une somme globalement correcte pour certains sous-groupes. Ainsi, j’ai essayé de déterminer le nombre de petits garçons aux cheveux bouclés et ai abouti au nombre de 33, c’était hier matin. Renouvelant mon recensement à la pause suivante je n’en ai compté que 31 et ce matin au petit-déjeuner ils n’étaient plus que 29 puis 28 au déjeuner.

 

Il y a donc clairement un processus de désaffectation qui est en marche. Suivant les conseils de mes amis, j’ai essayé de ne pas tirer de conclusions hâtives ou de conjecturer à l’infini sur les causes de ce processus. Pour autant, ceci me semble très particulier.

 

Comment des enfants qui sont devant moi en permanence pourraient-ils disparaître sans raison spécifique et dans une discrétion absolue ? Quelqu’un parmi eux devrait s’en rendre compte, n’est-ce pas ? Je les observe avec attention mais je ne vois rien de particulier, ne note aucune disparition, rien, simplement une cohorte d’enfants qui avancent, probablement un peu plus de 200 ou 300 en tout, suivant les pas de l’autruche virevoltant en tête du groupe.

 

J’ai demandé à Maria ce qu’elle en pensait et elle m’a répondu qu’elle s’était rendue compte de ce rétrécissement du groupe mais ne s’inquiétait pas outre mesure. Tout est relatif et aléatoire a-t-elle dit dans ce monde artificiel. D’ailleurs nous ne savons même pas s’il s’agit d’enfants véritables ou d’images d’enfants. Leur gaieté est contagieuse mais un brin surfaite, exagérée. Ils ne se disputent jamais, pas d’invectives ou d’insultes, que des rires et gloussements, jeux et chansons, tout cela est surnaturel. Pour autant je ne pense pas qu’il y ait un danger pour eux ou pour nous. Mais il faut être vigilant. Pour l’heure, détends-toi, il n’y a rien à dire ou faire.

 

Puis elle m’a souri et a regardé la mer striée d’écume tout en conservant ma main dans la paume de la sienne. Je regarde le même paysage mais décidément je ne vois plus mer ou écume mais simplement parquet et peinture.

 

Autour de nous je ne distingue plus fleurs, collines ou champs mais décors, décors et décors. Tout est décidément bien relatif, la vérité d’un jour est le mensonge du lendemain.

 

§52

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