Des extincteurs, des broyeurs, des pingouins et des marsouins


Des extincteurs, des broyeurs, des pingouins et des marsouins

 

Vous conviendrez, j’en suis sûr, que les modes de fonctionnement de cette ville dans les sinuosités de laquelle j’erre depuis quelques temps sont difficilement déchiffrables ou interprétables.

 

Une blessure d’évidence considérable a marqué ses habitants au fer rouge. Impossible de savoir de quelle blessure il s’agit, ni quand elle s’est produite.

 

Un grille-pain existentialiste amateur de Kierkegaard, mon fidèle ami, a avoué en être le responsable principal et le seul coupable, pour des raisons qui sont les siennes, parce qu’il estime, pour schématiser sa pensée, que tout individu quel qu’il soit est en partie responsable de par ses actions ou omissions de l’ensemble des évènements qui se produisent dans le monde dans lequel il évolue.

 

Naturellement, ceci n’est pas un raisonnement particulièrement attractif ni compréhensible dans une société où nul n’est responsable de quoi que ce soit et où les coupables sont forcément, naturellement, évidemment, pourquoi en serait-il autrement, si vous avez un doute allez voir ailleurs, les autres, toutes et tous les autres à l’exclusion du cercle restreint des membres de sa caste.

 

Il en était ainsi dans ma ville d’origine, à Copenhague et Vienne, en Mer d’Autriche, dans l’île de Vienne, dans toutes les autres cités où nous avons divagués sans savoir où ni comment, à la recherche de la désormais quasi mythique Arezzo, la ville de Piero della Francesca… Il doit en être de même ici. Pas besoin de discuter, cela doit être humain, que voulez-vous que je vous dise, je ne vais pas sauter sur place en dansant la danse de saint-guy ou de tous les autres, franchement je me fiche de saint-guy comme d’une guigne, un raisonnement doit s’appuyer à un moment ou un autre sur un ou plusieurs postulats, ceci en est un, excusez-moi.

 

Suite aux aveux du grille-pain, l’autruche volante, flottante et trébuchante s’est rendue aux autorités du bien public, de l’amour constant et de l’appétit des âmes fières, se déclarant elle aussi responsable et coupable exclusive, bientôt suivie par l’extincteur fort sage, et ce quasiment en direct sur radio-ragot, rumeur et commérage (RRRC 103.765433) laissant les foules hurlantes, grouillantes et maugréantes diriger leur haine sans limite vers un autre récipiendaire, puis un autre, puis encore un autre, sans se lasser du jeu de marée dont elle était ainsi à l’origine. Le socle sur lequel la justice de cet endroit est bâtie vacille mais pour l’heure ne rompt pas.

 

Pourtant, un nouvel assaut des forces du destin est à l’œuvre, je veux dire une manifestation spontanée dirigée par les trois pingouins aux lunettes roses amateurs de Piero della Francesca qui marchent en ce moment vers le palais de la justice suprême, belle et bonne, dans une atmosphère de grande impartialité et grosse indépendance, en portant une immense banderole représentant le rêve de ce cher et brave Constantin et criant des slogans qui, je crois, disent à peu près ceci :

 

Les autruches au crachoir, les pingouins au pouvoir / les grille-pains au baston, les pingouins au bastion / L’extincteur au broyeur, les pingouins aux marsouins.

 

Sous mes yeux rougis par la tension, l’incompréhension, la désillusion et le rhume des foins, je vois mes amis manifester contre mes autres amis devant une foule noire de colère et d’ivresse, non pas celle du pouvoir car celle-ci est rentrée, passive, contagieuse, vertigineuse, et fricqueuse, non je veux dire la vraie ivresse, celle de l’alcool, de la déprime et de l’ennui au sens philosophique du terme.

 

Je les vois se battre entre eux en criant à peu près :

 

Pingouin 1/Mais cela ne veut rien dire tes slogans, les pingouins aux marsouins ? Mais t’es complètement con ou quoi ? Ces crétins de marsouins y nous bouffent alors pourquoi tu voudrais que nous soyons à eux ?

Pingouin 2 / Parce que ça rime

Pingouin 1/ Parce que ça rime on doit se faire bouffer ?

Pingouin 3 / Fermez-là crétins absolus, les cons d’ici ne connaissent pas les cons de là-bas, c’est universel, marsouin ou pas y s’en foutent mais y nous suivent, alors on reprend les banderoles et on manifeste dignement, on gueule contre les malades qui se sont précipités les bras ouverts vers la gloire et on prend leur place !

Pingouin 2 / Pourquoi voudrais-tu qu’on prenne leur place, la seule chose qu’on voulait c’était gueuler contre les imbéciles et obtenir l’indépendance d’Arezzo, c’est pas cela ?

Pingouin 3 / Non, ce n’est pas cela ! Pourquoi voudrais-tu que ces crétins qui nous suivent nous soutiennent pour obtenir l’indépendance d’une ville qu’ils ne connaissent même pas ?

Pingouin 1 / Gueulez pas comme cela, ces crétins comme vous dites, crétins ou pas vont finir par comprendre qu’on parle d’eux!

Pingouin 3 / Ils ne vont rien comprendre du tout parce que pour le moment ils gueulent des slogans qui ne veulent rien dire qu’un con a inventé parce que cela rime, alors pourquoi voudrais-tu qu’ils se mettent à réaliser que les crétins dont on parle c’est eux ?

Pingouin 2 / Le crétin qui a inventé les rimes, c’est moi, et tu sais ce qu’il te dit ce crétin-ci ?

Pingouin 3 / M’en fous !

Pingouin 2 / Quoi ?

Pingouin 1 / La fermes les deux, si vous continuez à gueuler comme cela, notre soulèvement va échouer !

Pingouin 2 / Toi le malin de nous trois, pourrais-tu nous indiquer quel est le lien même infiniment ténu existant entre les aveux des trois malades qui nous servent de copains et l’indépendance d’Arezzo ?

Pingouin 3 /Il n’y en pas, c’est cela qui est magique, machiavélique, tout est dans la durée, tout est insidieux, c’est ça qui est fascinant !

 

Les trois pingouins marchent ainsi très lentement passant beaucoup de temps à hurler des slogans, se battre un peu, crier à nouveau, se battre un peu plus, vociférer des jurons et ainsi de suite.

 

Ils sont suivis par, à vue de nez approximation dominicale comprise, à peu près deux-cent-quatre-vingt-huit ou trois mille-sept-cent-une personnes, quelque part entre les deux. Je me demande si la raison va un jour finir par triompher mais j’ai des doutes.

 

J’ai demandé à une passante qui criait l’extincteur au broyeur, les pingouins aux marsouins qui était l’extincteur dont elle parlait, si elle avait déjà vu des marsouins et quel était le lien entre extincteur, broyeur, pingouins et broyeur. Elle m’a regardé avec beaucoup de hauteur et un peu de largeur, m’a repoussé de ses paupières révulsées, puis a repris ses vocalises avec beaucoup d’énergie et de passion.

 

Il en est ainsi de toutes choses, elles passent mais pas moi. Moi, je reste et ne comprend pas. J’en reste sur ces mots pour aujourd’hui et vais essayer de glaner un peu de sagesse et d’information auprès de ma Maria au regard si profond que je m’y perds si souvent.

 

§575

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