D’un parallépipède blanc, d’unités de production et des couloirs sans fin…


D’un parallépipède blanc, d’unités de production et des couloirs sans fin…

 

Les trois humains se trouvent face à un immense parallélépipède blanc de 1789 mètres de long sur 1792 de large avec une hauteur approximative de 89 mètres.

 

La structure brille intensément, reflétant les rayons du soleil réverbérés par les tuiles de céramique la recouvrant. Il n’y a pas de fenêtre, pas d’aspérité, pas de détail extérieur si ce n’est au centre de la façade leur faisant face une porte double de la taille habituelle c’est-à-dire totalement inadaptée à un bâtiment de cette nature et taille.

 

Il n’y a qu’une seule indication écrite en caractères noirs sur fond blanc sur une plaque de format A4 – paysage fixée aux deux-tiers de la hauteur de la porte : Périmètre productif automatisé du Conglomérat industrio-militaire Jacobson, Miller et Fred II. Interdiction d’entrer. Ne pas sonner.

 

Les trois humains regardent la façade luisant au soleil, notent qu’aucun passage, route ou chemin ne permet de contourner ce volume impressionnant et entendent les vociférations du parvis des religions derrière eux. Ils craignent que tôt ou tard les empoignades qui la caractérisaient ne débordent sur le parking, ou équivalent, un énorme carré noir sans voiture ou camion mais avec lignes jaunes et blanches caractéristiques d’un tel lieu.

 

Ils sonnent et, en l’absence de toute réponse, ouvre la porte qui saisit cette occasion pour ne pas grincer et obtempérer sans autre forme de procès ou louange. A l’intérieur, pas de réception ni d’accueil, pas d’individus violents, insolents ou menaçants pour leur enjoindre de faire demi-tour, personne, des couloirs blancs et brillants, une lumière ne provenant d’aucun plafonnier ou éclairage mural mais d’un sol quasiment transparent émettant une lueur mate, pas de signes aux murs, pas de bruit si ce n’est un vague ronronnement qui pourrait être celui d’un climatiseur, pas de musique mièvre façon salle d’attente d’un cabinet musical pro-zen.

 

Ils n’ont d’autre choix que d’avancer dans le couloir leur faisant face. L’homme d’évidence compte ses pas mais en catalan pour une raison qui n’est intelligible que par lui. Il tient de manière quasiment enfantine la machinerie posée sur son épaule droite avec son index gauche.

 

Les deux femmes marchent comme à leur habitude devant lui.

 

Le couloir fait à peine trois mètres de large et de haut mais ne semble jamais s’interrompre vers l’avant. Ils marchent et de temps à autres se trouvent dans une pièce de superficie double dans lequel vient se greffer un couloir perpendiculaire de même taille, complexion, forme et nature.

 

Maria dont le regard est à nouveau intense et profond explique à l’attention de la jeune femme au manteau rouge qu’ils prendront chaque fois le couloir de droite puisque ceci constitue la meilleure manière de sortir d’un labyrinthe. Ils procèdent de cette façon. Les couloirs s’ouvrent les uns après les autres, toujours de même longueur s’ouvrant sur des pièces un peu plus larges traversées par d’autres couloirs perpendiculaires, pas de meuble, pas de panneaux d’affichage, pas d’humain, pas de machine et encore moins d’animaux. Tout est blanc, d’un blanc parfaitement Spielbergien.

 

Finalement, après 1 heure et 23 minutes de marche ininterrompue, les trois humains et leur chargement dérisoire s’arrêtent dans une des petites salles précédemment mentionnées. Nul ne demande à Maria si par le plus grand des hasards elle aurait pu commettre une légère erreur dans son cheminement. Ils s’asseyent et grignotent quelques sablés achetés à l’extérieur, près des chutes et du jeu sidérant.

 

Puis, soudainement, aussi naturellement que la bruine dans un paysage atlantique, une femme vêtue de blanc surgit de nulle part et leur demande de les suivre. Elle se présente comme étant Ann Beatriz Clara. Elle n’attend pas de savoir leurs noms ou raisons de leur présence.

 

Elle marche rapidement puis arrivée à mi-chemin entre une salle et une autre elle s’arrête, fait face à un mur et appuie longuement sa paume droite, ce qui provoque un léger soufflement et l’apparition d’une porte coulissante. Le petit groupe franchit le seuil et se retrouve dans un immense hall, blanc naturellement, en perpétuel mouvement, des murs ou parois blanches bougeant, se frottant l’une contre l’autre, s’élevant ou s’abaissant, et, par moments, des sifflements secs et des objets chromés tombent lourdement sur des socles carrés blanc puis disparaissent dans des sortes de tiroirs longs, vibrants et se mouvant rapidement, des objets qu’ils ne parviennent à identifier, peut-être des armes, peut-être des écrans de télévision ou du matériel informatique, en tout cas des machineries neuves et lustrées, contrastant avec le blanc immatériel ambiant.

 

Tout est quasiment silencieux.

 

Il n’y a, à part eux, aucun individu, aucune forme organique, aucune couleur. Tout bouge perpétuellement mais sans apparente signification. La femme qui les guide leur demande sèchement mais poliment de les suivre ajoutant que le temps leur est compté et que la responsable de catégorie quatre désignée pour interagir avec eux les attends depuis 7 minutes et 44 secondes et ne disposera que de quelques minutes, vingt-trois pour être exact, pour les écouter.

 

Ils marchent le long de la salle qui selon le deuxième panneau qu’ils découvrent maintenant est une unité de production de niveau 7 et accessible aux seules catégories 5 à 8 ou aux non-identifiés invités. Les diagonales, perpendiculaires et parallèles bougent uniformément et les objets chromés apparaissent à intervalles réguliers puis disparaissent tout aussi rapidement.

 

La jeune fille au manteau rouge demande à la guide de quelle production il s’agit et celle-ci répond armes légères mécrobiotiques et servo-contrôleurs mixtes de régulation interne s-7 troisième génération.

 

La marche se fait un peu plus rapide et au bout de la salle, de la même manière que précédemment le groupe franchit un mur pour se retrouver dans un couloir parfaitement similaire aux précédents. Maria demande s’ils sont revenus au point de départ. Ann Béatriz Clara répond qu’il n’en n’est rien. Ils tournent sur la droite le long d’un couloir blanc, tournent à droite une fois puis tout droit et à gauche et franchissent une autre porte dissimulée dans le mur pour se retrouver dans une autre unité de production parfaitement similaire à la précédente mais avec l’ajout d’une lumière ocre diffuse et de tapis roulant blanc sur lesquels des objets cubiques, blancs sur quatre faces et chromés au sommet.

 

Sans attendre leur question la jeune femme leur indique qu’ils se trouvent dans l’unité de production de niveau 127 et que les objets produits sont des surrifleurs à recharge multiples pour usage prolongé en guerre civile larvée ou patente.

 

Après une autre marche de cette nature et des circonvolutions similaires, les trois humains et leur accompagnatrice se trouvent enfin devant une porte transparente cette fois-ci.

 

La jeune femme les invite à pénétrer dans le bureau de la responsable désignée pour les accueillir puis s’efface sans bruit. Les trois humains se regardent l’un l’autre, hésitent, mais finissent par prendre la seule décision possible, celle d’entrer…

§2254

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