2007 – CELUI QUI RESTE


http://www.edkiro.fr/celui-qui-reste.html

 

Dans Celui qui reste j’ai souhaité dépeindre une atmosphère irréelle dès l’abord en introduisant la notion de monde déserté de ses habitants sauf un, le narrateur. Mais contrairement aux films récents ‘I am a legend’ ou ‘The road ‘ je n’ai pas introduit de violence, de confrontation ou explications pseudo-apocalyptique. Pas de météorite, prédiction maya, virus sauvage, bombe nucléaire, ou combats de rues dantesques, pas de cannibalisme non plus.

Simplement un fait brut et simple, inexpliqué : le monde est abandonné de ses habitants et le narrateur laissé seul. Il évolue accompagné d’un chien et d’une personne virtuelle qu’il s’est plus ou moins inventée pour l’occasion, pour ne pas perdre le langage.

Evidemment, il y a l’omniprésente peur et la quête existentielle. Naturellement, il y a le poids des souvenirs et un évènement formateur, une ligne de l’ombre. Mais quels sont les liens entre tout cela ?

J’ai voulu laisser une large marge de manoeuvre au lecteur, lui permettre de tirer aussi souvent que possible ses propres conclusions.

De fait, il y a une atmosphère onirique évidente mais également un lent délire angoissant qui renvoie à certains cauchemars, la solitude, la peur, le glissement vers la mort. En parallèle, un besoin de solitude, un appel vers une marche sans fin ni limite, l’impérieux besoin de silence et de calme qui nous affecte tous et toutes dans notre société contemporaine foisonnante de bruits, stress, requêtes diverses et autres démarches contradictoires.

Au total ? Un livre assez ambigu je crois et une atmosphère qui je l’espère restera inqualifiable, indiscernable, non quantifiable et donc s’insinuera dans les rêveries du lecteur.

 

 

 

*****

1.

Je sors rarement de mon abri. Je m’y trouve bien. Je me suis installé dans cet endroit car j’imagine que lorsqu’ils reviendront je serai bien placé pour les revoir. Ils finiront bien par revenir, tout passe.

Je vais d’une casemate à l’autre et contemple les infinis au dehors, de part et d’autre de la cabine. Le vent parfois amène un objet qui déboule de loin et heurte un rail ou une barrière puis finit par disparaitre de l’autre côté.

Dire qu’il y a peu cet endroit et tant d’autres similaires étaient arpentés par un nombre quasiment infini de véhicules et autant de conducteurs irascibles, somnolents, désagréables ou vaguement polis, certaines rares fois drôles et, le plus souvent, indifférents !

La nature déroule son long cycle de vie et je le contemple en mangeant mes spaghettis en boite et écoutant des dizaines de disques empruntés au magasin du supermarché de la ville voisine où je me rend de temps en temps pour rompre la monotonie des jours sans fins.

J’écoute indifféremment Tristan et Isolde, Pink Floyd, Fauré ou Marsalis. J’écoute tout et n’importe quoi, à mon gré.

Des dizaines de pochettes sont empilées dans chacune des cabines de péage et je les écoute tout en lisant ce qu’il me plait de lire. J’ai ainsi créé une cabine Wagner, une autre musique électronique, une troisième musique baroque et ainsi de suite jusqu’à plus soif et ai découvert que l’atmosphère de chaque lieu favorisait la lecture de livres ou ouvrages tout à fait spécifiques.

Ainsi, les manuels d’astronomie ou de physique quantique, enfin l’initiation à cette science que je domine si peu, se prêtent bien à la musique New Age et au classique contemporain, dodécaphonie et autre. Les antiques se découvrent ou se lisent avec des requiem, j’ai ma cabine Requiem que je respecte par-dessus tout et dont je ne foule le sol que lorsque les dépressions s’achèvent, les miennes naturellement ; fins de cycle assurément. Racine s’accommode de musique baroque quant au rock alternatif je ne le conçois qu’avec des auteurs canadiens, allez savoir pourquoi.

La petite fille à la robe rouge me disait l’autre jour que j’étais un bien étrange personnage et je dois avouer avoir abondé dans son sens. Je lui ai simplement rappelé qu’étant dans une situation tout à fait particulière il n’y avait pas de raison spécifique pour moi de régler mon comportement d’après telle ou telle règle ou principe. Si l’envie me prend d’écouter comme c’est le cas en ce moment Placébo en diffusant cette musique en puissance maximale sur toute l’aire autoroutière, que m’importe ? Qui pourrait être dérangé ?

Elle n’a pas répondu, n’étant plus là pour le faire. Elle disparait souvent pour ne plus reparaitre pour quelques jours. D’autres fois, elle ne me quitte pas d’une semelle pendant des heures. La vie est ainsi faite. J’ai cessé d’essayer de comprendre quoi que ce soit, tout cela est bien au-delà de mes capacités et il est inutile de me creuser l’esprit pour trouver des solutions qui ne peuvent pas s’y trouver.

Tout cela est bien étrange.

2.

Le revêtement du sol doit être un amalgame de béton, macadam et composants divers particulièrement bien adaptés à la pluie. Il pleut souvent maintenant, beaucoup plus qu’auparavant, enfin me semble-t-il. Peut-être est-ce que je me trompe et ceci n’est-il que le résultat du temps qui m’est offert en ce printemps, ne sont-ils pas tous ainsi ?

N’ayant plus de tâche particulière à effectuer j’ai le bénéfice d’une vie de contemplation et de toutes les heures dont j’ai besoin, jusqu’à satiété.

Ceci n’aura qu’un temps, je l’espère. Mais je ne me pose pas de trop de question à cet égard. Je ne veux pas devenir dément.

La petite fille rouge me disait l’autre fois : ‘tout cela n’a aucun sens, mais cela est-il important ?

‘Bien sur que c’est important’ lui ai-je alors répondu, ‘je ne comprends rien à ce qui est arrivé ou plus exactement à ce qui m’arrive. Qu’est-ce que tout ceci ? Où sont-ils passés ? … Pourquoi est-ce sur moi que cela retombe ?’

C’est très exactement ce que je disais’ m’a-t-elle répondu ‘tout cela n’a aucun sens mais cela n’a pas d’importance. J’ajouterai pour enfoncer le clou que cela a toujours été le cas, mais que tu ne t’es jamais vraiment posé la question par la force de l’habitude, ni toi ni les tiens d’ailleurs.’ Puis elle s’est éclipsée délicatement, comme elle le fait si souvent.

J’ai songé à tout cela et me suis rendu compte qu’elle n’avait pas tort. Après tout, si nous contemplons une mouche, un de ces satanés insectes que j’exècre, et bien force est de constater que nous n’y trouvons aucun intérêt. La plupart du temps nous la chassons et si nécessaire n’hésitons pas à la tuer. Développe-t-elle une forme de pensée quelconque ? Souffre-t-elle lorsqu’on l’écrase contre une vitre ? Songe-t-elle à une autre mouche ou à ses enfants dans ses dernières secondes ? Est elle affamée ou avide de sexe ou exténuée lorsqu’elle s’accroche à un plafond ?

Rien de tout cela ne nous touche vraiment et nous n’y accordons aucune importance.

Dans l’échelle du temps et de l’univers cette mouche est nada, rien, même pas une parcelle de quelque chose, juste un murmure.

Peut-être en est-il de même pour nous.

Un murmure du temps ? C’est une jolie expression. Tu progresses’ a simplement souligné la petite fille rouge qui est revenue à l’improviste.

J’ai apprécié son regard et son sourire amical.

J’ai continué ma digression et ai ajouté que si Dieu il y avait peut-être réagissait-il de la même manière en nous voyant nous exténuer et sauter partout comme des cabris.

Ce n’est pas aussi original que cela. Tu as du lire cela dans Musset ou équivalent. Ne te laisse pas gagner par la facilité d’emprunter aux autres ce qu’ils ont trouvé en grattant leurs pauvres méninges’ m’a-t-elle répondu sèchement puis elle a disparu.

Je n’aime pas Musset alors pourquoi aurais-je mémorisé une phrase de lui ? Peut-être n’a-t-elle même jamais lu une ligne de Musset. Mais, admettons que cela n’ait aucune signification, l’intérêt que représente la présence affective de cette petite fille à la robe rouge contrebalance n’importe quel inconvénient et ô diable Musset…

Après tout je n’ai pas le luxe d’une si nombreuse compagnie.

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