2010 – GRANDEUR ET DECADENCE D’UN ENFANT DU SIECLE


 

 

http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748373981

Le dernier roman écrit avant mon intrusion dans le domaine des réseaux sociaux et de l’éciture en direct. Achevé en début de printemps, il est bien plus réaliste que certains des textes le précédant. J’avais envie de me démarquer des romans tels que Dialogue avec des ombres ou le lent glissement qui empruntaient des même procédés. Dans un enfant du siècle, l’action est plus vive, rapide et le devenir du personnage principal connu dès l’entrée, c’est à dire le titre.

J’ai donc décrit la lente ascension d’un opportuniste un brin désabusé et perdu dans le grand tourbillonnement du siècle naissant qui d’époux d’une fille de notable de province terminera grand industriel et ministre avant de sombrer dans un maelström qui le dépassera totalement. Il s’agit d’un personnage plus complexe qu’il n’y paraît, rongé par ses propres contradictions et conscients de ses limites. Il aimerait êter autrui mais ne fait aucun effort particulier pour y parvenir.

Ce roman démonte les travers de notre société contemporaine, essaie de décrypter les mécanismes du pouvoir qu’il soit politique, économique ou financier et s’intéresse au diktat du monde des apparences.

J’ai longtemps oscillé quant à la fin du livre mais le premier chapitre était dans mon esprit depuis longtemps. C’est un thème porteur du livre, celui du narrateur qui imagine ce qu’il aurait pu être alors même que sa vie en tant que telle, notamment au moment où il l’a décrit est loin d’être banale. Cependant, une part de lui-même se rend bien compte de la futilité de ce qu’il est, de la vacuité de son existence, du vide en et autour de lui.

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1. Dentelles et journalisme

J’aurais aimé être présentateur du journal de vingt heures. Cela aurait été pour moi un aboutissement et un devenir bien plus alléchant que celui qui a été le mien jusqu’à présent.

Je m’imagine face à des caméras ronronnant leur douce mélopée, petite lumière rouge ou verte indiquant vers quel objectif me tourner et par leur intermédiaire des millions de foyers passablement endormis ou goinfrés me contemplant dans mon habituel stoïcisme. Il faut bien admettre à ce propos que les décennies passées ont beaucoup fait pour accentuer ou améliorer ce trait de caractère qui en l’occurrence est non seulement une qualité mais également un exutoire et une formidable défense.

Les objectifs sont pointés sur moi, derrière eux un certain nombre d’individus, reflets de l’humanité névrosée qui nous entoure, manipulent leurs appareils de manière parfaitement adéquate mais avec une profonde distraction et une absence quasi-irréelle; un peu plus loin des visages et des individus bougent et parlent mais je ne les entends pas, un prompteur devant moi défile des phrases que je dois prononcer avec conviction. Des millions de personnes m’observent, me regardent et tentent de m’écouter mais je ne ressens pas une angoisse particulière. Je suis un professionnel de l’image et j’ai appris à reléguer de tels sentiments dans le plus profond de mon être. En réalité, je suis une personne de chair et peut-être d’esprit, présent dans un local surchauffé et oppressant, lisant des lignes défilant avec une parfaite méticulosité, et me concentrant sur les paroles, fixant un horizon abstrait, là-bas, loin derrière le prompteur. Je souris, naturellement. Je dois sourire. On me l’a appris et j’arbore à cette occasion le léger frémissement oblique de mes lèvres qui me donne l’impression d’un certain cynisme et d’une ironie à peine déguisée.

Mesdames et Messieurs bonsoir. En ce deuxième jour du mois d’avril des nouvelles préoccupantes nous parviennent du Tedjibikistan où environ deux cent mille personnes auraient été internées depuis le début de l’année dans des camps de travail forcé par le Président Kessayov.

Ailleurs dans le monde des manifestations contre la faim sont de plus en plus lourdement réprimées et à Setmani des membres de forces de l’ordre appuyés par des hélicoptères M12 livrés récemment par notre constructeur national ont tiré sur la foule. On ne compte pas moins de sept cent personnes décédées et des milliers de blessés. Treize officiers de police sont portés disparus tandis que les membres de l’opposition ayant appelé à ces émeutes sont en ce moment interrogés.

A Denver, les foules se sont ruées sur les dernières places disponibles pour la tournée d’adieu de Mélanie Cooper-Talwisht et son nouvel ami, John Cetrus. On semble escompter parmi les personnalités de premier plan attendues ce soir la filleule de John Alexander De-Vott dont on se rappellera l’agression récente dans des conditions particulièrement atroce lors de son entraînement au bord du fleuve Dakota.

En France, l’attention aujourd’hui s’est encore portée sur le scandale du cambrioleur de l’Elysée. L’entourage du Président s’est longuement interrogé sur les intérêts qui pourraient se trouver avantagés par cette affaire qui n’est pas sans entacher la Présidence. On se demande s’il n’y a pas là preuve une fois encore de la tendance de certains partis d’opposition à privilégier la surface des choses tandis que le gouvernement œuvre dans la durée pour redresser un pays trop longtemps délaissé par ces élites.

Nous avons avec nous sur notre plateau George De Meznières, sociologue et politologue au collège de France, qui va nous aider à décortiquer cette affaire. Je me tourne vers vous, Monsieur de Meznières, et vous demande crûment, A qui profite le crime ?

‘Merci de m’avoir invité. Il est évident que cette affaire de cambriolage à l’Elysée n’est pas sans évoquer des précédents largement connus des médias et qui ont toujours alimentés la controverse, on pense par exemple au Watergate ou au …’

Certes, mais il s’agit ici non point d’écoutes téléphoniques ou de secrets d’états mais d’un pur et simple vol d’effets personnels de l’épouse du Président. Rappelons les faits : Une ou plusieurs personnes se sont introduites dans le lieu le plus protégé de la République, s’y sont librement déplacées, ont pénétré le saint du saint, à savoir les appartements privés du Président et de son épouse, se sont introduits dans la chambre de cette dernière et ont dérobé une partie de ses vêtements les plus intimes… Vice, perversité ou message subliminal destiné aux français ou aux françaises…

Il ne faut rien écarter. L’hypothèse d’un fétichiste ayant accès à l’Elysée et utilisant sa profession pour s’y déplacer et dérober de la lingerie pour son usage personnel n’est pas à exclure. Cependant, je ne pense pas qu’il faille imaginer que tel puisse être le cas. Plus profondément, on pourrait imaginer que l’auteur de cet acte, vécue par certains comme une profanation, pourrait avoir voulu souligné la fragilité de nos institutions, ou la vacuité de celles-ci, voire la propension des médias à privilégier l’accessoire au principal. D’ailleurs, ce soir encore…’

Là n’est pas la question, Monsieur de Meznières, nous nous effarons, pardon nous nous égarons. Vous ne pensez pas qu’il y a là un crime de nature plus profondément ou prosaïquement politique qui touche ce qu’il y a de plus précieux dans un système démocratique et qui souhaite dévaloriser, jeter aux gémonies, fouler au pied, le Président par l’intermédiaire de son épouse ?… Après tout, il s’agit d’un individu forcément étranger à la Présidence, qui est parvenu à s’introduire dans le Palais Présidentiel, s’y est déplacé et a volé des effets personnels. Cela aurait pu être des secrets d’état. Ne croyez-vous pas ?

Excusez-moi, on me signale en régie que le porte-parole de l’Elysée souhaite s’exprimer…

Et je continue ainsi en donnant la parole en direct à une sorte de faucon vêtu d’un complet anthracite, les dents blanches fraîchement refaites, les peaux plus tirées qu’un canapé, des lunettes en écaille blanche et laque couleur émeraude. La tension est à son comble. Il y a là l’évènement, l’inattendu, je suis fébrile mais concentré. De l’adrénaline coule à profusion dans mes veines ou sillons lymphatiques, je suis en état de jouissance absolue.

Après l’avoir salué par son nom de famille et son titre, je cède la parole au porte-parole et il répond avec l’aplomb qu’on attend de lui que le scandale de l’Elysée n’en est pas un, que le Président avait aimablement plaisanté avec son épouse et inventé cette histoire de toute pièce dans un élan poétique. Il y avait dans un premier temps une simple intention ludique mal interprétée par les services de sécurité de la présidence. Cependant, dans un second temps et face aux réactions des milieux politiques et médiatiques, il avait décidé de laisser les loups s’emparer du dossier pour analyser l’ampleur des dégâts qu’ils pourraient causer et dans son dialogue direct avec la communauté nationale laisser les françaises et français les seuls juges de cette affaire. Il leur appartiendrait de conclure ou non sur les tenants et aboutissants de cette affaire au demeurant pas si ténébreuse qu’on l’avait envisagé au départ et constater avec effroi que, tandis que le Président devisait avec son gouvernement des affaires de l’Etat et du bien des françaises et françaises dans des circonstances périlleuses et difficiles, la sphère politique et médiatique, les trublions de l’opposition, les radoteurs de toute sorte, avaient transformé cette affaire en drame national et l’avaient exploité indûment et ignominieusement. Il n’y avait pas besoin d’une plus ample démonstration du caractère léger et irresponsable d’une opposition toujours à la recherche de scandale.

Je le remercie sobrement. Je suis indépendant et neutre et ne peut donc aller au-delà d’un simple et sec ‘merci’ et fait un commentaire que je trouve disgracieux mais dont le prompteur est le réceptacle suggérant aux françaises d’avoir l’amabilité de bien vouloir dorénavant mettre leurs affaires intimes sous clef le tout ponctué d’un délicieux sourire ambigu, celui-ci non imposé par la production.

J’aurais aimé être journaliste. On le voit bien.

Je me serai senti à l’aise dans ce milieu où la capacité d’analyser finement les différents traits de notre société contemporaine doit être mêlée à une profonde objectivité, la capacité de prendre du recul, et celle de réagir promptement à son déroulé.

Malheureusement, pour mon entourage et moi-même, il a été longtemps hors de question que je puisse évoluer dans cette direction ou toute autre d’ailleurs. Mon chemin a été tracé dès la fin de mes études.

Pour Eléonore, mon épouse, et son entourage des plus rigides, le leitmotiv était alors le même, l’usine, l’usine et l’usine.

Je me devais de soutenir mon beau-père, le charmant et sympathique patriarche, et les affaires des Laurier-du-Coult, me préparer à reprendre en main l’empire familial lorsque ceci s’avérerait nécessaire. Lorsque les circonstances ont changé, ce souhait ne s’est plus manifesté de la manière la plus ostentatoire qui soit et je n’ai donc pas pu ou voulu saisir la balle au bond.

Tant pis.

C’était ainsi et j’ai du m’y faire. Je m’y suis fait. J’ai appris à m’isoler de temps en temps et à me consacrer à certaines lubies ou passions qui n’étaient pas trop expansives ni visibles et pour autant que cela n’ait pas d’impact sur les apparences qui devaient être les miennes cela était accepté, ou plutôt toléré.

Les circonstances ont changé mais il demeure que je ne serais jamais journaliste. Je m’essaie à l’écriture à travers ces lignes ce qui est un succédané à cette passion. Il me manque cependant l’oralité, cette transposition de mon être vers l’extérieur. Il n’y aura ainsi jamais chez moi cette explosion de jouissance qui est celle du commentateur de l’actualité lorsqu’il a la chance d’être sous les bombes à Bagdad ou ailleurs. Tant mieux pour lui. Tant pis pour moi.

Bien sur, durant toute ma vie, il m’est restée de nombreux accessits, des moments privilégiés où je me suis autorisé des excès lyriques, ô combien, et me suis lancé dans des tirades qui je crois ont souvent produites leur effet.

Pour suivre un processus chronologique fort simple qui sera celui que je suivrai dans ces lignes, je me remémore la longue grève de Puy-en-Coult, celle de 1995, j’avais fait irruption dans les ateliers au milieu d’une réunion syndicale et m’étais précipité sur l’une des tables utilisées par le piquet de grève à l’entrée des établissements et après m’être saisi du micro j’avais harangué ceux qui étaient présents.

Je vous ai compris. Je sais ce qui est en vous. Je perçois la douleur qui est la votre et croyez-moi elle est mienne également. Je la ressens. La mondialisation nous opprime et nous pousse de plus en plus loin dans les dérives du capitalisme et des faux-semblants. Vos salaires et indemnités plafonnent tandis que les cours boursiers et les bénéfices des actionnaires s’envolent. Vos salaires augmentent d’un pourcentage dérisoire tandis que ceux des grands de ce monde explosent. Vous percevez la situation avec un intense sentiment d’injustice, frustration et douleur.

Vous ne comprenez pas comment on a pu en arriver là, pourquoi l’usine de Puy-en-Coult fait l’objet de mesures sévères alors même que d’autres semblent épargnées ? Bien entendu, les explications de la direction ne vous paraissent pas convaincantes et vous avez raison. Il vous semble que ce qui est derrière c’est le désir de faire plus d’argent et là encore vous avez raison. Vous regardez autour de vous et vous vous dites que l’investissement a été pratiquement inexistant durant les dernières années, que l’outil de travail est vieux, que les méthodes de travail sont désuètes et les relations sociales sont déplorables. Là encore, vous avez raison.

Il reste que les Laurier-du-Coult, même s’ils le souhaitaient ou le pouvaient, seraient bien en peine de remettre l’usine à niveau avant deux ou trois ans. S’il devenait alors impératif de vendre Puy-en-Coult personne n’en voudrait, absolument personne. L’usine ne vaut plus un centime, même pas la valeur du pet d’une mouche. Votre travail depuis des générations est en passe d’être perdu, dilapidé, gaspillé, détruit, si tout s’arrêtait aujourd’hui. Que faut-il faire ? Des augmentations de salaire ? Ne rêvez pas, ce qu’on vous a promis, on aura du mal à le tenir. Le chômage ? Il n’est pas loin. La faillite ? Elle n’est pas loin elle non plus.

Alors, à vous de choisir. Reprenez le travail et essayons, ensemble, de remettre cette bonne vieille usine sur les rails ou alors continuez et laissez le patriarche et les autres Laurier-du-Coult émigrer vers d’autres cieux dans leur longue marche vers le XVIème arrondissement tandis que la votre vous amènera directement à Emmaüs sans passer par la case départ. L’avenir vous appartient.

Le patriarche n’a pas aimé du tout et Eléonore m’a demandé si j’avais bu ou fureté avec quelque maîtresse boueuse. Je les comprends l’un et l’autre, naturellement, mais lorsque les grévistes ont le lendemain voté la reprise du travail le premier m’a salué en me croisant au bureau avec une marque de respect et la seconde m’a fait l’amour avec une certaine sincérité en remarquant que j’étais plus vicieux à l’extérieur qu’au lit. Je n’ai réagi à aucune de ces témoignages d’intérêt, je suis au dessus de cela.

J’essaie autant que faire se peut de réitérer ces moments d’expression orale. J’aime ces contacts avec mes congénères humains. Probablement pourrait-on y déceler quelque volonté de puissance ou de reconnaissance dans le monde extrêmement typé dans lequel nous évoluons tous. J’imagine que ce constat ne serait pas tout à fait faux.

Au-delà de tout le manque qui était alors déjà le mien, il y avait cette volonté de me lancer dans un domaine qui m’aurait vraiment été propre. Mais, cela ne sera pas, ne sera plus devrais-je dire.

J’aurais, je crois, essayé de tracer ma voie dans de nombreuses directions mais pas celles du théâtre, du cinéma, du journalisme ou de la chanson. Est-ce que les choses auraient pu évoluer différemment ? Je n’en sais rien, qui peut le dire ?

Nous nous perdons tous dans le labyrinthe oppressant qu’est la vie.

Pour certains le chemin est bref, pour d’autres aussi long que notre image de l’infini peut l’être ; cela n’y fait rien, nous finirons tous par avouer notre défaite.

Mais, il me restait alors ces moments délicats, jouissifs. Ainsi, cet autre exemple qui me vient en tête, nous étions alors dans les années quatre-vingt dix, voici mille ans me semble-t-il. C’était lors du mariage de Charlotte, la sœur jumelle d’Eléonore, fausse jumelle, on m’avait intimement suggéré de demeurer dans le domaine du raisonnable – dixit Marie-Sophie, ma très chère belle-mère. On avait demandé à un cousin lointain ayant fait office de chaperon ou témoin ou quelque chose de ce style de prononcer un discours tout à l’honneur des – pas si jeunes que cela –mariés. Il s’en était sorti avec les honneurs citant Sénèque et Chateaubriand, se référant aux usines, au château, à la très chère et sainte terre, et à tout le reste, se permettant même une générosité appréciée par tous consistant à se référer au marié, un aparté dont nul n’avait eu la gentillesse de me faire bénéficier quelques années auparavant dans les mêmes circonstances.

Lorsque les applaudissements spontanés on fusé au moment opportun, je me suis levé et tous se sont tus, certains en souriant d’autres, telle ma charmante épouse ou Charlotte, avec un brin d’appréhension dans le regard.

Aux mariés… A toi Antonin. A l’honneur qui t’es fait quelques années après moi de rejoindre cette lignée inscrite dans l’histoire de France depuis des lustres. Tu ne te maries pas seulement avec Charlotte, cette belle femme au regard perçant et à au visage issu des manuels de la Renaissance. Tu rejoins une cohorte de Laurier-du-Coult qui toutes et tous ont marché hauts et fiers sur le chemin de l’histoire, non pas celle qui s’inscrit en filigrane, italique ou note de bas de page, non, celle qui est souligné de noir.

Je ne prétends pas être historien mais il y a ce Laurier-du-Coult, un Alexandre je crois, qui au XVème siècle a de la pointe de sa seule épée torché la vie à sept ou huit chevaliers anglais et qui ensuite a été appelé à la cour – peut-être dans ses souterrains – après avoir fait de même avec une petite dizaine de chevaliers français qui voulaient l’empêcher de violer toutes les femmes qui passaient à sa proximité chaque fois qu’il se bourrait la gueule et la vésicule biliaire pour célébrer sa victoire sur l’anglais.

Il y a cet autre Laurier-du-Coult qui après avoir aidé à bouter les espagnols hors de l’Artois et la Franche-Comté, s’est retrouvé propulsé Comte et Vicomte de plusieurs nouveaux cheptels, et qui s’y est si bien pris dans sa poursuite de l’espagnol qu’on l’a un peu plus tard gentiment prié d’en faire de même pour ne pas risquer de provoquer une révolution parmi les paysans paumés qui le voyait avec effroi brûler leurs églises, tuer leurs gosses et là encore bousculer leurs femmes. Il y a eu tant d’autres héros chez les Laurier-du-Coult, mon ami, mais je ne voudrais pas monopoliser l’attention en cette belle soirée…

Antonin, bienvenu ! Ne sous-estime pas l’honneur qui t’est fait, ne songe pas à ces années plus proches d’aujourd’hui, un peu grisâtres, une certaine forme de résistance teintée de collaboration mais félicite-toi de trouver ces usines et ces terrains, ces bâtisses, ces tableaux, toujours là, sans que les révolutions ou guerres successives n’aient réussi à les vider de leur substance.

Qu’il en aura fallu d’opportunisme, de déshonneur et d’intelligence pour mener à bien ce projet ambitieux de survivre avec dignité et aplomb au temps qui passe.

Il y a là quelque chose qui mérite le respect quoi qu’on en dise.

Mes amis, fêtons et dansons, Trinquons aux jeunes mariés…

Lorsque je me suis rassis, Eléonore ne m’a pas regardé mais un peu plus tard, lorsque sa colère s’est un peu adoucie et que nos regards se sont croisés elle a soupiré, longuement, puis a levé les yeux vers le plafond et peut-être, mais ceci est une extrapolation marquée par de forts a priori, la chambre des vieux cons eux-mêmes, j’entends par là ses parents. J’en ai fait de même mais je n’ai rien vu d’autre que la faille de la grande salle qui depuis quelque temps ne faisait que s’élargir menaçant à chaque instant de faire céder le chandelier.

A cet instant j’ai, je crois, prié le ciel pour qu’un jour des briques finissent par s’abattre sur le vieux patriarche. Ce sont des torts que je partage avec mes frères humains, celui de me tourner vers le ciel pour une intervention divine alors même qu’en y réfléchissant bien il est évident que tôt ou tard le sol finit par s’ouvrir sous nos pas, au propre comme au figuré ; celui également de souhaiter dans des cas extrêmes que la destin de tel ou tel personnage grotesque ou monstrueux finisse par chanceler alors que par définition le destin de tous et toutes, pas seulement ces derniers, est de s’arrêter un jour ou l’autre au bord du long chemin ; enfin, celui d’espérer que la mauvaise graine ou herbe disparaisse avant la bonne, tandis qu’il est une vérité implacable que la pourriture, l’odieux, la brute, le sadique, la lubrique, le médisant, est par définition bâti pour durer bien plus longtemps que le bien-disant et le moralement ou politiquement acceptable.

Voilà.

www.thebookedition.com/livres-eric-tistounet-auteur-28271.html

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