Chronique – 40


De l’errement de sept naufragés et d’un conte d’été par un Yéti anarchiste et des pingouins à lunettes roses        

Nous dérivons mais cela n’est pas bien grave. Sept baignoires. Sept passagers, un grille-pain, un yéti, un réfrigérateur, un extincteur, trois pingouins à lunettes roses, une autruche volante, dite marmotte gracieuse, Maria que l’on ne décrit pas puisque les mots ne sont pas prévus pour cela, et votre dévoué chroniqueur. Sept âmes perdues, éperdues, éprises de fuite car rien ne vaut l’action, que la réflexion suit celle-ci n’en déplaise à Aristote, en tout cas chez l’humain contemporain, et chez les êtres qui m’accompagnent dont je ne prétendrais certainement pas décrire la qualité car qui suis-je pour le faire, pourquoi prétendrais-je être en mesure de décrire quoi que ce soit, il est illusoire de prétendre comprendre quoi que ce soit à ce qui est, surtout lorsque l’on est dans une baignoire au milieu de l’océan, que l’on prétend avoir quitté Vienne la balnéaire et ses champs de riz pour rejoindre Arezzo la capitale de la future principauté indépendante de Piero della Francesca, en naviguant au-dessus des Alpes, le tout avant de rejoindre Bankgok pour fuir des autorités suspectes et étranges prêtes à nous arrêter par l’intermédiaire d’agents déguisés en smoking et palmes de nageurs.

Franchement si quelqu’un qui vit ce type de vie s’écoulant étrangement sur un torrent continu ressemblant à la vie comme trois cent sept gouttelettes d’eau, il est un peu délicat de lui demander de saisir la portée des choses, des évènements, des délicats filets de vie qui s’accumulent pour en définitive former des vies toutes en nuances, ce serait outrancier. Dont acte.

En tout cas, nous disposons de provisions en grand nombre et les pingouins étant également ceux qu’ils prétendent être, à savoir des pingouins pingouinesques avec ailes, pattes et becs, surtout becs, sont des parfaits pêcheurs et nous ramènent quotidiennement des poissons que nous mangeons crus sur injonction de l’extincteur qui répète à longueur de journée que c’est à Noël qu’il avait le plus à faire en raison des feux de sapins et même si nous lui répétons qu’en été, pleine mer et sans sapin à l’horizon nous risquons peu il n’en démord pas, façon de parler, et nous l’écoutons car c’est le plus sage d’entre nous, sauf peut-être Maria, mais Maria cela va au-delà, Maria c’est Maria, et mes yeux ne voient qu’elles, c’est ainsi, pas d’explication, pourquoi y en aurait-il une ? L’amour n’est-il pas aveugle et tant mieux.

N’ayant rien à faire, si ce n’est dériver ce qui est mieux que divaguer nous avons songé aux fêtes d’antan et j’ai proposé que dorénavant chacun d’entre nous parle de ces moments-là même ceux qui comme moi sont athées.

Le premier à se prêter au jeu a été le Yéti anarchiste ce qui pourrait paraître pour le moins surprenant au premier abord mais pas au second.

Noël, Pâques, et tutti quanti, j’en ai ma claque. Chaque fois que je sortais de mes montagnes à n’importe laquelle de ces époques tout le monde se ruait vers moi en voulant m’offrir à une volée d’enfants pour solde de tout compte sentimental. Les gosses me confondaient avec une peluche Disney ou Pixar et moi je m’en fuyais en hurlant car rien de plus effrayant que des enfants qui se blottissent contre vous de nos jours, ils pourraient avoir une kalachnikov cachée dans leurs couches.

Nous l’avons rassuré en disant qu’ici en pleine mer autrichienne il y aurait peu de risque de tomber sur une cohorte d’enfants et que de toutes les manières un anarchiste saurait toujours quoi faire d’une arme de ce type. Il n’a pas ri, mais alors pas du tout. Heureusement que nous naviguons dans des baignoires séparées et que nous devons écoper en permanence.

Il a continué sur sa foulée, longue : D’ailleurs, quand je serai Pape j’abolirai les fêtes, en tout cas le Père Noël, le remplacerai par une Mère Noël les années pères et un Père Noël tendance miniature, 1 mètre au garrot, pas plus, les années maires. Je fusionnerai Noël, Pâques, Saint-Valentin pour éviter toutes ces formes de consumérisme, instaurerai un congé férié le jour anniversaire du grand yéti bleu, imposerai les femmes dans l’église et enverrai les évêques sur une île déserte pendant deux ans pour punition, et après leur permettrait de revenir sur le continent un jour sur dix-sept, le restant du temps en mer. Il a dit tout cela d’une manière jouissive.

Je me suis permis de lui dire que peut-être ses chances de devenir Pape étaient malgré tout fort limitées, que j’aurais plus de chances de devenir Premier ministre islandais que lui Pape.

Il a jubilé en disant c’est dans la poche ! Révolution ! Tu as toutes les chances de devenir roi d’Islande, tu es plus fumeux que tous les volcans islandais réunis. Génial ! Je lui ai rappelé que l’Islande était une république très ancienne d’ailleurs ce à quoi il a répondu que la révolution allait dans les deux sens et le seul moyen de m’instaurer en tête de ce pays était de créer une monarchie héréditaire, de me placer fumeusement là et d’abolir le peuple.

Je n’ai plus rien dit sur ce sujet tant il était heureux mais ai signalé que les enfants aimaient bien les contes et que cela les rendrait triste de remplacer le vieil homme à barbe blanche et ses rennes.

Sur ce, les trois pingouins roses se sont écriés en même temps que cette vieille ordure on l’a déjà bouffé alors trop tard, quant aux rennes on les supporte pas, mais alors pas du tout. Par contre, s’il faut réellement jouer ce jeu on n’a qu’à prendre notre leader et le faire traîner dans un panier à linge tiré par l’extincteur. D’ailleurs lui aimerait passer par les cheminées et éteindre les feux naissants et même mourants.

A ma question interloquée sur le nom du leader de notre groupe, ils ont répondu sans l’ombre d’une hésitation : Le grille pain, naturellement. Un être doux, mélancolique, radieux, courageux, prêt à s’affranchir de son passé et mener une révolte. C’est lui qu’il nous faut.

Le Yéti anarchiste a conclu simplement : Moi je m’en fous du moment que je suis Pape.

Le reste a sombré dans la confusion et nous avons perdu deux baignoires… Dorénavant le grille-pain et l’extincteur sont ensemble tandis que le Yéti s’est installé à côté d’un pingouin.

J’attends patiemment mon tour… Maria, elle regarde vers l’horizon et ses cheveux s’évanouissent dans la brume de mes rêves…

Bonne fête à vous depuis ma baignoire. Demain sera un autre jour et une autre fête ou anniversaire jusqu’à épuisement non pas des feux mais des baignoires et des histoires.

Un poème de l’autruche volante, dite marmotte gracieuse pour la route et en prime, nous sommes généreux : Que la lumière s’éteigne et le saumon grille, que la joie s’efface et les chevaux mordent, que le sourire s’épanouisse sur les joues des enfants et que les enfants rient, que les bougies s’allument, que la contradiction soit, que les anges passent et qu’on les bouffe, que les mouches passent aussi mais sans qu’on les bouffe, car qui ne dit mouche s’essouffle

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Chronique – 14


Des autruches et de leur courage et dignité

Le calme est revenu dans ma cuisine. Hier soir, le réfrigérateur, l’extincteur et le Yéti anarchiste se sont assis sur le carrelage et ont contemplé la pluie qui tombait à l’extérieur. Ils y sont encore.

Depuis hier, ils devisent sur le sujet de réflexion que je leur avais suggéré, à savoir pour quelles raisons depuis Pline l’ancien au moins on considère que les autruches sont des animaux stupides et peureux qui enfoncent la tête dans le sable lorsqu’elles sont effrayées.

Je suis rassuré par ce comportement car je dois admettre que les tensions qui sont apparues ces derniers jours et ont culminé hier sont intolérables et difficilement supportables. Elles me mettent en porte-à-faux par rapport aux dispositions légales et règlementaires telles que décrites dans les lois sur le bien-être, la liberté, les droits des humains et de leurs congénères organiques, les devoirs de retrait et les droits d’entrée, la joie et le bonheur pour tous et un peu pour toutes et que la paix soit sur le monde et ailleurs.

De fait, je dois absolument leur faire comprendre qu’en tant que co-auteurs de ces chroniques ils ont une responsabilité non négligeable sur le contenu de ce qui est diffusé, partagé ou effleuré sur le web et qu’en conséquence moins ils aborderont de sujets controversés, délicats ou sensibles et mieux nous nous porterons.

Voici donc un sujet qui ne fâchera personne et qui apportera à chacun en termes de consolidation et expansion de sa culture générale, particulière ou végétale. Dont acte.

Selon le réfrigérateur, les autruches sont des animaux courageux qui vivent en Arctique et hibernent lorsque la mauvaise saison arrive. Elles volent vers le sud une année sur deux et lorsqu’elles rencontrent des baleines elles se mettent à voler en cercle et hurler ‘Drasckh’ pour des raisons qu’elles seules comprennent. Les baleines n’ont jamais compris ce comportement, malheureusement, et de ce fait les éloignent par des jets puissants pour éviter les salissures ou des griffures sur leur dos lisse et fin. Le fait qu’elles aient été vues lors de leurs migrations de nord au sud ou réciproquement en train de se nettoyer le visage de ces embruns a été mal compris par ledit Pline qui comme chacun le sait n’a jamais mis les pieds dans le grand nord et n’a jamais vu de baleines.

Pour le Yéti, les autruches sont des animaux très chaleureux et sociables qui cherchent par tous les moyens à attirer l’attention sur les méfaits d’une vie isolée. Elles haranguent les uns et les autres et leurs suggèrent de mener une vie communautaire basée sur le contentement de soi par celui du groupe, le respect des entités animales, végétales et minérales et la pratique de l’ascèse himalayenne par les gestes et les rites prévus par le grand yéti bleu et retranscrits dans ses pensées sauvages et saines intitulées : ‘Jets et pulsions dans l’orient ancien ainsi que taille des nénuphars’. Ladite gestuelle recommande dans ses livrets 3 et 15 de baisser la tête et procéder à des ablutions à même le sol tout en criant ‘bouah, bouah !’ sept fois. Les autruches se sont conformées à ces rites mais ont payé le prix fort et Pline l’ancien qui comme chacun l’imagine ne comprenait rien aux précis himalayens a procédé à des interprétations oiseuses et hâtives sur le comportement des pauvres autruches.

Enfin, selon l’extincteur, les autruches qui sont des animaux charmants et fins, ont été choisis lors d’une migration extra-terrestre précédente, celle des xilophons, comme représentants en bonne et due forme des populations terrestres et ont appris les prémisses du dialogue intergalactique de base qui enjoint les négociateurs se rencontrant pour la première fois de baisser l’appendice le plus élevé, quel qu’il soit, vers le bas en signe de respect tout en s’embrassant, se serrant dans ce qui peut servir de bras, tentacules ou ventricules, et disant l’équivalent dans leur langue ou dialecte de ‘ami, aimer, cher, joie, bonheur, paix, volupté’ et ce avant tout coup fourré de première, deuxième voire quatrième catégorie – seule la troisième catégorie étant exclue selon les édits de Naples et Sainte Augustine-la-vive. Les répétitions nombreuses effectuées par les diplomates autruchiens sont ainsi dignes d’éloges et il n’est donc pas surprenant que les humains, en particulier le vieux Pline, n’ai rien compris à cela.

Je laisse ceci à votre réflexion tout en posant ma tête sur le sol pour apaiser mes amis. Nous sommes tous et toutes les autruches de quelqu’un, autant commencer chez soi
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Chronique – interruption


DE MON LICENCIEMENT ET DE L’INTERRUPTION DES CHRONIQUES…

La chose la plus étrange qui soit vient de m’arriver… j’ai été licencié par mon réfrigérateur.

Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi mes chroniques précédentes, je voudrais simplement rappeler que mes relations avec ce meuble s’étaient améliorées ces derniers jours. Nous avions en effet décidé d’enterrer nos différends et de créer un triumvirat avec l’extincteur de l’entrée dans le but de rédiger des chroniques calibrées, ciblées et étoffées destinées à un large public.

Ceci n’aura cependant duré qu’une journée. J’ai reçu ce matin un recommandé m’enjoignant de me rendre instamment au tribunal des pétitions ordinaires sis à la rue de la mosaïque dorée derrière le théâtre de l’avant-garde en marche et devant la salle de concert des classiques en retour. Je devais m’y rendre avant 11 heures et après 10 heures 55 pour une séance de mise en demeuré dont la durée était évaluée à 4’ 33’’.

Conformément à la loi sur la protection des données de caractère confidentiel, aucun détail n’était avancé sur les raisons de cette convocation et c’est tout naturellement le cœur léger que je me suis rendu à ce rendez-vous qui n’avait rien de galant, sachant par expérience que le premier contact avec l’autorité est crucial et que des gouttes perlant sur le front, des sueurs froides ou une mauvaise haleine sont de nature à attirer les pires avanies au titre de la loi 123hg/zzz/2 lettre c) sur la présomption d’innocence.

Souriant et confiant je me suis présenté au préposé de service qui m’a annoncé au juge qui lui-même a cédé la parole au greffier qui lui m’a indiqué que la loi serait appliquée dans toute sa justesse et sa clémence légendaire avant de redonner la parole au juge qui lui n’a pas jugé bon de me la donner en vertu des autres dispositions légales dont il m’a dit qu’elles prévaudraient dans les circonstances dans mon intérêt ainsi que celui de la douce et bonne justice. Je me suis tenu coi et ai écouté.

Bientôt, après un long silence passé à lire mon dossier j’ai appris ce qui suit :

– mon réfrigérateur se prévalait des dispositions des lois fondamentales en matière des droits de l’humain, des libertés fondamentales, des devoirs sacrés de l’individu, des droits et devoirs d’indignation et de la protection de la société pour ester en justice à mon encontre ;

– mes chroniques étaient considérées comme diffamatoires et blasphématoires à l’encontre des matériels électriques et similaires, en particulier ceux visant à réfrigérer les aliments ;

– la diffusion des chroniques à un large public multipliait les préjudices subis par le plaignant ;

– et le ton, style et fond desdites chroniques étaient de nature à engendrer complexes, sentiments d’humiliation et stress profond pour ledit plaignant.

Durant les 2’15’’ réservées à la défense, j’ai argué du caractère humoristique de mes chroniques ainsi que des buts et objectifs de celles-ci consistant à fournir un regard différent sur l’actualité (NDLR : publicité clandestine réprimée au titre des législations sur la liberté de pensée) mais je n’ai pas pu achever ma plaidoirie faisant face à l’accusation de tentative de défense sans entremise d’un avocat qui est réprimée par les articles 230 à 987685 du code de reprise pénale et surprise civile.

Puis on m’a reproché de ne pas avoir fait la preuve inéluctable du caractère humoristique de la chronique dont il s’agissait dans les 5’’ restants consacrés à cet effet.

J’ai ensuite été enjoint d’appliquer le jugement lorsqu’il serait rendu et qu’entre-temps je devais me mettre à disposition des autorités compétentes dont le nom me serait communiqué ultérieurement.

Enfin, j’ai appris que le licenciement en tant que sanction de mes manquements divers était effectif à compter de ce moment précis sans attendre l’énoncé du verdict.

J’en déduis donc que le triumvirat est dissous et que je suis évincé de mes fonctions éditoriales.

Le greffier qui m’a donné une paire de tenailles dans un but que j’ignore m’a tapoté l’épaule en murmurant, ‘marche, encore, toujours’, et s’est éloigné en souriant. Ceci m’a quelque peu rassuré.

Je ne sais pas quelles seront les conséquences pour vous, lectrices et lecteurs qui sont si chers à mon cœur. Nous verrons bien.

Soyons flous.
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The little girl with a red pullover accompanied by her unfortunate followers, among them some aloof penguins and an old man without a head were walking in the streets of a city which they wrongfully believed was Vienna near the Austrian Ocean. They were wondering among a crowd of heartless humans whose purpose in life was, apparently, to scream nonsensical phrases linked to the perception they had of a world with character and purpose but without outsiders. The little group led by the redhead girl called upon one of these unfortunate souls to show them the direction of Arezzo where Piero della Francesca’s frescoes were hidden. But this did not have any meaningful impact and soon enough they found themselves in front of a golden building without an entrance


The little girl with a red jacket watched the horizon fading away at the bottom of the Austrian Ocean. She believed that notwithstanding the peaceful nature of the Abyss the awkward flavours of humanity did not seem to better over the recent circumstances and thus decided to immerse herself once again in the wild civilization lingering way few miles above. The penguins, the salamander and the old butterfly shook their heads in a form of utter disbelief while the old man without a head thought that this was definitively generating a sense of anxiety around him. They all started to move at once towards their benign and obsolete future…


Wandering in a world which was losing its meaning step after step, the Penguins looked at the ground underneath them and discovered shadows of worlds that had been, worlds that could have been and worlds that would never be. All of them were moving around like brainless sparrows with no apparent sense of direction or purpose. At that moment they understood that the point was not that much what had to be done but how they were to do it and they noted with an immense feeling of satisfaction that nothing which they might have done or omitted to do in their tiny lives of penguins lost in this or whichever other nonsensical world could shame them. They felt proud about it and when looking at the salamander, the butterfly and the little girl with a red pullover they sensed without being in a position to prove it that they were all in the same position. Who was the culprit? did they wonder but they could not respond to this absurd question because their perception of the world was blurred and ineffective. The girl tried to speak but no sound emerged from her childish lips.