De Kafka et Vian sous un ciel de pacotille


De Kafka et Vian sous un ciel de pacotille

 

Les choses ne s’améliorent guère.

 

Nous errons toujours dans un pays artificiel aux couleurs vives et décors plus qu’apparents. Jusqu’il y a quelques heures nous suivions des enfants mais ceux-ci ont disparu sans laisser aucune indication particulière quant à leur devenir.

 

Les pingouins amateurs de Piero della Francesca énervés par la routine qui leur est infligée dans ce paysage jamais renouvelé fait de fleurs, feuilles ou arbres de pacotille se sont dirigés vers la mer de velours pour s’y perdre. Nous ne les voyons plus.

 

Le Yéti anarchiste qui, contrairement à son habitude, suit le mouvement benoitement depuis quelques jours, m’a tiré par la manche de ma chemise blanche et m’a indiqué qu’il chercherait les enfants disparus là-bas sur la route bitumée se trouvant un peu plus haut, derrière les décors que nous discernons dans leur triste simplicité. Il est revenu quelques dix minutes plus tard pour m’indiquer qu’il y avait trois ou quatre enfants qui marchaient tranquillement. Je ne l’ai pas cru et ai voulu voir par moi-même ce qu’il en était. De fait, il y a bel et bien trois enfants marchant tranquillement vers l’horizon factice et plus on s’approche de la route plus le nombre de ces enfants augmente. Il doit y avoir une corrélation entre la proximité de la route et le nombre d’enfants dérivants en grappe gaie et touchante. Tant que l’on se trouve sur la route bien noire et brillante au milieu de prés et collines verdoyantes les enfants sont nombreux et vociférant mais au fur et à mesure que l’on s’éloigne de celle-ci leur nombre diminue.

 

Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien, peut-être un signal que l’on arrive au bout de ce monde particulier, de cette réalité fictive.

 

Le grille-pain existentialiste accroché sur mon épaule droite m’a signifié à plusieurs reprises qu’il était inutile de tenter de comprendre quoi que ce soit, que c’était illusoire et futile puisque de toutes les manières la fin était connue. Je lui ai demandé ce qu’il voulait dire par là et il m’a répondu, mystérieusement, mais tu sais bien… Bien sûr, je ne sais pas, mais je n’ai pas voulu le contrarier.

 

La machine à gaz rondouillarde à tendance politicienne s’est approché et m’a pris le bras gauche. Il a murmuré ne t’inquiète pas, je t’ai compris, je comprends ta douleur, je perçois ton anxiété, je ressens ta fièvre, tout cela est légitime, mais ne te torture pas, ne taraude pas ton esprit inutilement, ne creuse pas ta tombe sur cette réalité si sombre et brillante… les explications sont multiples ou inutiles, nous approchons d’une frontière entre nulle part et ailleurs, comme disait l’autre, ne te prends pas la tête, nous sommes dans un monde totalement illusoire, sans alpha et sans oméga, juste une sorte de vitrine en trois dimension sans contenu, dans le conte de l’autre il y avait un roi nu, ici il y a un roi transparent habillé de vêtements tout à fait visibles, un contenant sans contenu. Nous sommes des pièces rapportées, factices, inutiles et encombrantes. C’est pour cela que dans sa sagesse l’autruche volante, flottante et trébuchante nous a rapprochés insensiblement d’une frontière implacable. Il faut nous préparer à ce qui viendra et pour cela compte sur moi, je serais ton guide, si tu le souhaite, car moi seul t’ai compris.

 

Je l’ai chaleureusement remercié mais lui ai indiqué que ne me comprenant pas moi-même il me paraissait hautement illusoire que quelqu’un d’autre ne me comprenne.

 

L’autruche, notre guide suprême, est revenue tranquillement sur ses pas puis s’est assise en disant : voici, voilà, ici, là, pas, vert, bleu, gris, l’attente est subtile, le soleil s’achève et la nuit se lève, il n’y a plus d’amour à Saint-Pétersbourg, les flots sont bleus et le pont Mirabeau cache la Seine et le reste, tant pis, ici, là, stop.

 

Les pingouins sont revenus il y a quelques minutes et ont à nouveau haussé ce qui leur sert d’épaules et nous ont signifié que la mer artificielle était aussi grande que la mer naturelle et que tout cela les ‘barbait’ copieusement, qu’ils en avaient ‘marre, plus que marre’, et que la seule chose à faire était soit de ‘tirer à coup de kalachnikovs’ sur ce qui sert de ciel pour le ‘faire sauter dans un arc-en-ciel artificiel’ et demander ensuite ce qu’il en était, soit se ‘faire une petite hivernation de derrière les fagots’ et qu’on n’en parle plus.

 

Maria au regard si profond que jamais ne parviens à m’en détacher s’est assise en tailleurs, ajustant sa jupe très fine sur ses jambes soyeuses puis a continué sa conversation avec la jeune fille au foulard rouge, une discussion sur l’œuvre de Kafka telle qu’analysée par Vian.

 

Je me suis assis à côté d’elles et les ai écoutées. J’aime bien l’un et l’autre. Sur le ciel de pacotille un projecteur est accroché et continue de diffuser une lumière artificielle sur un monde qui l’est tout autant.

 

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D’une incertitude qui persiste et de l’agitation salutaire des pingouins


D’une incertitude qui persiste et de l’agitation salutaire des pingouins

 

Nous progressons dans un décor de plus en plus tourmenté.

 

La direction que nous suivons sous l’impulsion de l’autruche volante, flottante et trébuchante demeure rectiligne tandis que la route bitumée coupant en deux le pays artificiel dans lequel nous sommes cantonnés prend une courbure de plus en plus marquée, ce qui provoque une altération des éléments. Nous ne voyons pratiquement plus l’endroit du décor, mais seulement ce qui aurait dû demeuré caché, des outils derrière un faux buisson, une échelle métallique suspendue en lieu et place d’un tronc d’arbre centenaire en carton à peine mâché, des filins sous un échafaudage provisoire conduisant à des ouvertures dissimulée derrière des caches peintes en bleu roi ou vert pommes, un sol en béton apparaissant sous des morceaux de tissus figurant la mer ou la plage, des projecteurs et autres équipements similaires cassés regroupés de manière compacte derrière une pseudo forêt en plastique recouvert d’une laque brillante et vive.

 

Des enfants marchent devant nous mais leur nombre, comme je l’avais constaté hier, est en nette diminution. Alors qu’il y a peu de temps il était presque impossible d’appréhender d’un seul tenant le groupe dans son ensemble, la situation s’est inversée et les identifier est aisé. J’en ai profité pour accrocher au revers des vestes de chacun d’entre eux un petit numéro rapidement griffonné sur des confettis de papier retrouvés dans le tiroir d’un meuble de bureau oublié sous un contre-pied quelconque et me suis arrêté à 42. C’était aux environs de 9 heures ce matin.

 

A la pause de 11 heures, je n’ai plus compté que 37 enfants et manquaient les numéros 11, 13, 15, 28, 42. A 13 heures, trois autres manquaient à l’appel, à savoir les numéros 1, 3 et 9. A l’heure où je compose ces mots je pense que cinq ou six autres sont absents. Je regarde pourtant avec beaucoup d’attention la petite troupe qui avance mais n’ai pu constater aucune anomalie, aucun enfant qui soudainement ait été avalé, absorbé, aspiré, englouti, enlevé ou éliminé par le sol ou les décors.

 

Une simple absence qui se propage, une contamination ou contagion d’absence, un mouvement insidieux qui demeure cantonné aux seuls enfants, notre groupe initial demeurant lui parfaitement identifié et intact.

 

Maria au regard si profond que je m’y perds toujours ne s’en inquiète pas outre mesure et a réitéré il y a quelques minutes sa certitude que les enfants n’étaient que des représentations d’enfants, des images ou allégories, quelque chose de similaire mais en aucun cas de vrais enfants en chair et en os.

 

Je lui ai fait remarquer que ces enfants étaient des vêtements sur des corps existant dans un monde physique réel et non dans une dimension parallèle mais elle a évacué cet argument d’un revers de son indifférence notant que les sens étaient trompeurs. J’ai poursuivi ma diatribe en soulignant combien il serait difficile de subrepticement dérober des enfants se trouvant à quelques mètres de nous mais qu’après tout rien ne l’interdisait totalement, il pouvait y avoir des moments d’inattention provoqués par des subterfuges subtils, un bruit nous faisant regarder ailleurs, ou toute autre situation anachronique, curieuse, dérangeante ou simplement troublante attirant l’attention même de manière fortuite durant quelques dixièmes de secondes.

 

Mais ceci ne l’a pas perturbée, elle m’a fait remarquer que mon inventaire antérieur était assez intéressant mais n’avait aucune valeur scientifique et ne permettait pas de démontrer quoi que ce soit. Quand bien même des enfants portant des numéros spécifiques, ce qui soit dit en passant n’est pas la chose la plus élégante qui soit, disparaîtraient-ils ou elles, quelle conclusion voudrais-tu en tirer ? Qu’ils ont disparu ? Et alors, cela dépend de beaucoup de critères, rien n’empêchant de penser que tu ais par exemples oublier les numéros dont il s’agit, ce ne serait pas la première fois qu’une simple distraction n’entraîne un enchaînement de causalités inapproprié ! Qu’il y aurait des liens particuliers, une sous-espèce de Thalès, des relations aléatoires liant les numéros disparus entre eux et permettant de déterminer qui sera le prochain ou la prochaine disparue ? Même si c’était vrai, cela ne nous avancerait en aucune manière car d’une part le temps qu’il te faudrait pour déterminer quelle est ladite fonction liant le tout serait largement supérieur à celui conduisant à la disparition des enfants et d’autre part cela ne nous permettrait absolument pas de répondre aux questions usuelles portant sur le qui, le quoi, le comment, et surtout le pourquoi…

 

A mon tour, je lui ai demandé : Donc, il faut nous taire, subir, nous contenter d’opiner du chef et constater que des enfants disparaissent et lorsqu’ils auront tous et toutes disparus nous attendrons que quelqu’un viennent miraculeusement nous informer de ce qui sera ensuite ?

 

Elle m’a regardé en hochant la tête de gauche à droite avec un sourire teinté d’amertume et a répété que les enfants n’étaient pas des vrais enfants, que tout cela ne signifiait pas grand-chose, que nous étions dans une parenthèse entre nulle part et ailleurs et qu’ainsi le sort de ces images n’était pas essentiel.

 

La jeune fille aux cheveux rouges a continué sur la lancée et ce sans me regarder en indiquant qu’après tout rien ni personne ne pouvait certifier que nous-mêmes étions autre chose que des images, des représentations, des produits de l’imaginaire, que la réalité avait plusieurs étages, et le rêve aussi, que ceci durait depuis que le monde était monde mais que ce fait aussi était sujet à caution. Cependant, elle s’est rapprochée de ma position en mentionnant à Maria que le sort des enfants ne lui était pas indifférent même si elle partageait son interprétation selon laquelle ils n’étaient probablement que des images.

 

Les trois pingouins aux lunettes roses amateurs de Piero della Francesca se sont sur ces entrefaites rapprochés de nous et en haussant ce qui leur servait d’épaules ont dit du haut de leur superbe : Nous les gamins on s’en fout, image ou pas image, représentation ou pas, ce qui compte c’est de foutre le camp d’ici, de nous barrer, car pour être plat c’est plat, et ce n’est pas Arezzo. Nous allons régler cela très bientôt, ne vous inquiétez pas, vous pouvez compter sur nous. Puis d’un sourire entendu ils se sont retournés et se sont dirigés vers la fausse mer sur laquelle ils sont en train de marcher.

 

Maria m’a souri à nouveau, avec une moue signifiant tu vois je te l’avais bien dit, tôt ou tard les choses changent, il y a toujours un grain de sable pour faire dérailler la machine. D’abord l’autruche volante, flottante et trébuchante, maintenant les pingouins. Babel va tomber, ne t’inquiètes pas…

 

Sur ce mots je vous laisse, je ne voudrais pas manquer la chute de Babel. Je vous raconterai cela demain.

 

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De l’envers du décor et de l’incompréhension qui peut en résulter


De l’envers du décor et de l’incompréhension qui peut en résulter

 

Une douce léthargie vaguement teintée d’amertume s’est emparée de moi tandis que nous avançon dans les coulisses d’un monde artificiel.

 

Tout y est brillant et coloré, recouvert d’un vernis bien lustré. Mes amis m’ont finalement convaincu de me contenter des réponses qui m’étaient proposées et de ne pas systématiquement me ronger les sangs en cherchant les tenants et aboutissants de toutes les situations auxquelles nous avons été, sommes et serons confrontés.

 

Je suis le groupe d’enfants dirigé par l’autruche volante, flottante et trébuchante et me suis porté à la hauteur de Maria au regard si profond que je m’y perds en permanence. Nous avons échangé quelques mots, sans plus, et nous cheminons de concert, main dans la main. Sérénité et quiétude sont des mots qui décrivent parfaitement l’état d’esprit qui est le mien, non pas en raison de mes propres agissements ou comportements, mais par le simple fait d’être à proximité de Maria.

 

Nous marchons comme je vous l’ai indiqué les jours précédents dans l’envers du décor. Tout est évident lorsque l’on a quitté la route bitumée qui traverse le pays et le coupe en deux. Le soleil n’est qu’un projecteur très puissant fixé sur le mur ou plafond d’un contenant que l’on ne distingue pas. Le reste est à l’avenant. Les arbres, fleurs ou herbes sont tous et toutes des constructions métalliques ou plastiques, des décors de films ou théâtre. Il n’y a rien de naturel dans tout cela. Même la mer ou la rivière qui serpente le long de la colline ne sont que des évocations ou suggestions qui s’estompent lorsque l’on s’approche d’elles pour se transformer en sol plus ou moins rugueux balayé par des images générées par ordinateur. Les couleurs si chatoyantes et vives sont des vernis déposés par plaques assez larges sur de la laque d’importation.

 

J’ai retourné par-ci par-là quelques-uns de ces éléments dits naturels, par exemple des champignons et des jacinthes et ai noté leurs numéros de série, date et lieu de fabrication ainsi que codes-barres.

 

Un autre phénomène dont la confirmation m’a quelque peu troublé est l’apparente disparition de certains enfants. Comme je vous l’avais indiqué ce groupe d’enfants ayant pour particularité d’être composé d’individus très similaires mais d’âges différents était très important lors de notre premier contact dans le musée imaginaire de l’autre côté du portail virtuel.

 

Ce groupe me semble se réduire au fur et à mesure que nous avançons. J’ai noté ceci depuis quelques jours et ai entrepris de les compter, chose particulièrement compliquée je dois l’admettre. J’ai profité de nos pauses pour tenter de déterminer le nombre approximatif d’enfants mais n’y suis pas parvenu avec précision.

 

Par contre, il m’a été possible de trouver une somme globalement correcte pour certains sous-groupes. Ainsi, j’ai essayé de déterminer le nombre de petits garçons aux cheveux bouclés et ai abouti au nombre de 33, c’était hier matin. Renouvelant mon recensement à la pause suivante je n’en ai compté que 31 et ce matin au petit-déjeuner ils n’étaient plus que 29 puis 28 au déjeuner.

 

Il y a donc clairement un processus de désaffectation qui est en marche. Suivant les conseils de mes amis, j’ai essayé de ne pas tirer de conclusions hâtives ou de conjecturer à l’infini sur les causes de ce processus. Pour autant, ceci me semble très particulier.

 

Comment des enfants qui sont devant moi en permanence pourraient-ils disparaître sans raison spécifique et dans une discrétion absolue ? Quelqu’un parmi eux devrait s’en rendre compte, n’est-ce pas ? Je les observe avec attention mais je ne vois rien de particulier, ne note aucune disparition, rien, simplement une cohorte d’enfants qui avancent, probablement un peu plus de 200 ou 300 en tout, suivant les pas de l’autruche virevoltant en tête du groupe.

 

J’ai demandé à Maria ce qu’elle en pensait et elle m’a répondu qu’elle s’était rendue compte de ce rétrécissement du groupe mais ne s’inquiétait pas outre mesure. Tout est relatif et aléatoire a-t-elle dit dans ce monde artificiel. D’ailleurs nous ne savons même pas s’il s’agit d’enfants véritables ou d’images d’enfants. Leur gaieté est contagieuse mais un brin surfaite, exagérée. Ils ne se disputent jamais, pas d’invectives ou d’insultes, que des rires et gloussements, jeux et chansons, tout cela est surnaturel. Pour autant je ne pense pas qu’il y ait un danger pour eux ou pour nous. Mais il faut être vigilant. Pour l’heure, détends-toi, il n’y a rien à dire ou faire.

 

Puis elle m’a souri et a regardé la mer striée d’écume tout en conservant ma main dans la paume de la sienne. Je regarde le même paysage mais décidément je ne vois plus mer ou écume mais simplement parquet et peinture.

 

Autour de nous je ne distingue plus fleurs, collines ou champs mais décors, décors et décors. Tout est décidément bien relatif, la vérité d’un jour est le mensonge du lendemain.

 

§52

De la réflexion qui précède l’action et des réalités qui s’emmêlent de plus en plus…


De la réflexion qui précède l’action et des réalités qui s’emmêlent de plus en plus…

 

Le monde triste dans lequel un auteur inconnu me fait évoluer demeure aussi triste qu’il était les jours précédents.

 

La bruine incessante qui s’échappe de nuages omniprésents imbibe les parapluies et mon visage tandis que je marche au milieu d’une foule compacte et sombre, une vague lourde et cynique, une marée sans nom, une association d’individus sans relation les uns avec les autres si ce n’est par engin électronique interposé.

 

J’ai tenté d’obtenir de mon alter ego, l’auteur endormi au musée sous les Vermeer imaginaires, une certaine forme de coopération et une ouverture sur un autre monde, une autre réalité mais il a refusé de coopérer arguant de sa neutralité dans des circonstances qui lui échappaient.

 

Vous vous rappellerez certainement que nous en étions arrivé à la conclusion que d’autres auteurs ailleurs ou ici, peu importe, jouaient avec nos nerfs et créaient au fur et à mesure des mondes aux dimensions, natures et formats différents. Cela rejoint d’ailleurs ces théories mathématiques qui prônent l’existence de plusieurs dizaines de dimensions voire de mondes parallèles qui jamais ne se croisent.

 

Un de mes alter ego a écrit là-dessus (publicité clandestine, je sais, je sais, désolé). Dans une réalité vous êtes architecte, marié(e), avez trois enfants, un chien, une villa et deux maitresses/amants, tandis que dans une autre vous ne vous êtes jamais présenté au concours dont il s’agissait pour d’obscures raisons tenant à l’horaire des bus, un joint mal supporté, ou que sais-je, avez bifurqué vers la sculpture, n’avez jamais émergé, puis, dans l’ordre, la bureautique, les barrages, les portes d’ascenseur, le culture du pavot, celle des fraises, puis le chocolat et enfin, en ce moment, êtes buraliste à Bloufarques-les-oies en Charentes Maritimes, célibataire, et pseudo-gourou d’une secte prônant les vertus d’un retour aux enseignements de Diogène.

 

Vous voyez ce que je veux dire, n’est-ce pas ? Tout est possible, tout est envisageable.

 

Ce cher Musset avait dit ceci dans un sonnet qui ne me revient pas en tête que dieu rêve, ce qui revient à peu près à cela. Nous sommes dans un rêve, plutôt que dans un autre, dont jamais nous nous réveillons, donc peu importe ce que nous sommes ou faisons puisque cela n’a pas plus de valeur qu’un courant d’air, chaud ou froid.

 

Bientôt nous nous réveillerons ou sombrerons dans un somme sans fin, quelle importance.

 

Bref, tout est possible, plausible, envisageable.

 

Donc, puisque tout est ainsi imaginable, il n’est pas totalement inconcevable que j’essaie de sortir de ce monde cynique et triste pour rejoindre une réalité différente, plus gaie, avec lumière au sortir du tunnel et tutti quanti, avec mes amis à mes côtés et non pas des ombres sans sourires ou des figures empaillées comme celles que j’aie retrouvées hier ou avant-hier.

 

J’ai donc procédé selon cette bizarre circonvolution de ma pensée, et me suis attelé à la tâche consistant à réunir mes amis, les mener au centre de ce monde sombre, soit la pièce central du musée imaginaire, pour, demain, déclarer notre sécession et advienne que pourra. Nous verrons bien.

 

Dans cette tâche délicate, j’ai malheureusement dû faire face à des impératifs logistiques évidents. J’étais seul, ou presque puisque l’assistance matérielle que le grille-pain existentialiste pouvait m’apporter m’est rapidement apparue négligeable, soyons honnête, mais devais regrouper tous mes amis.

 

Le Yéti anarchiste dorénavant homme d’affaires à succès, ne s’est pas montré fort coopératif et j’ai dû utiliser la manière forte, c’est-à-dire m’emparer de son portable brillant et doré et m’enfuir avec, lui me poursuivant avec forces insultes et parapluie dans la main droite. Arrivé au musée, je l’ai laissé aux mains des pingouins après leur avoir laissé croire qu’il, le yéti, souhaitait voler l’une des toiles imaginaires de Piero della Francesca. Ils se sont montrés fort brusques mais il n’aura pas été surpris outre mesure puisque dans ce monde, la fin justifie toujours les moyens.

 

Pour Maria au regard si profond que je m’y perds systématiquement et la jeune fille au pull rouge qui l’accompagne, j’ai dû les transporter dans une brouette de fortune ce qui a été fort éprouvant mais heureusement n’a provoqué aucune réaction symptomatique de la foule ; En fait, nul n’a bronché puisque dans cette réalité-ci tout est permis pour autant que l’on ne rompe pas le fil des monologues téléphoniques ou facebookiens.

 

S’agissant de l’extincteur, cela n’a pas posé de problème particulier, je l’ai décroché du mur où il était pendu et l’ai porté avec précaution.

 

Plus difficile aura été la transposition de l’autruche volante, flottante et trébuchante, dorénavant empaillée en compagnie d’ours blancs dans la devanture factice d’un taxidermiste de troisième catégorie. Je m’y suis pris à plusieurs fois pour tailler un carré d’environ deux mètre sur trois dans une sorte de toile de jute qui constitue la matière de ce monde de façade, ai enroulé l’image de mes amis et ai transporté le tout sur mon épaule gauche, la droite servant comme vous le savez de support au grille-pain fataliste.

 

Enfin, j’ai accroché une sorte de laisse à la machine à gaz rondouillarde muette dans cette dimension et l’ai trainée derrière moi.

 

Bref, ce tour de force – que je pourrais qualifier de chemin de croix si je ne craignais que des fanatiques religieux viennent m’accuser de tous les maux et détruire ma pauvre chronique au titre de l’alinéa 5,paragraphe 2, article 12, livre III, de l’encyclopédie des droits virtuels et devoirs réels des vivants de catégorie b, comme blanc, et c, comme … vous savez quoi, et que je me contenterais aujourd’hui de qualifier de calvaire, ah ! – s’est achevé il y a une petite demi-heure au centre du musée.

 

J’ai fermé les portes, ai baissé la lumière et me prépare pour le changement d’environnement.

 

J’effectuerai ceci en direct demain sur les principales chaînes de télévision retransmettant cette chronique en directe et, si vous deviez ne pas les trouver dans votre monde, pauvre de vous, sur ce vecteur de communication que parfois on nomme blog.

 

D’ici là, je vous souhaite la plus merveilleuse des nuits et les plus merveilleux rêves en espérant que vous vous réveilliez demain dans la même réalité qu’hier, on ne sait jamais…

 

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Des errements et doutes au milieu d’une réalité qui dépasse la fiction


Des errements et doutes au milieu d’une réalité qui dépasse la fiction

Je suis confus, désolé, navré, je ne sais comment vous dire cela mais je sens que nous nous égarons.

Vous devez être profondément déçus, je le comprends parfaitement. Pardonnez-moi.

Le monde traverse des convulsions profondes et ces chroniques sont tout simplement aux antipodes de celles-ci, ne parlent de rien qui puisse vous intéresser et finissent par s’échouer dans un nulle part trouble, déroutant et admettons-le inintéressant.

J’aimerais pouvoir évoquer ce qui vous touche et vous concerne, ce qui vous déroute et vous effraie, mais au lieu de m’approcher de cette réalité-ci, celle des guerres et des désastres naturels ou humains, je vous impose une réalité-là qui n’en est pas une, une accumulation de consternantes banalités qui ne vous importe en aucune manière.

Encore une fois pardon.

De surcroît, les choses ne s’arrangent pas. J’aimerais vous annoncer le contraire mais je crains que cela ne soit pas possible.

Ces chers pingouins aux lunettes roses, amateurs de Piero della Francesca, se sont arrangés, au moment précis où notre transportation virtuelle vers Arezzo devait avoir lieu, pour dérégler la machine dont nous nous servions et nous voici transmutés ailleurs, séparés et égarés. C’est incompréhensible.

Et me voici prisonnier ou victime d’une histoire qui n’est plus la mienne, ne m’inspire plus, me fatigue, et vous lasse. Je le sens bien.

Ce qui m’épuise par-dessus tout c’est cette accumulation d’invraisemblances. Comme si les machines, équipements, électroniques, automatiques, robotiques, surprotégés et sur-contrôlés par des entités philanthropiques nullement intéressées par l’argent public ou privé et préoccupées par le seul attrait des besoins des sociétés, civiles je veux dire, et des individus, pourraient être sujettes à de tels errements ? C’est tout simplement inconcevable ! De la pure et simple science-fiction.

J’en rirais si je n’étais l’otage de ces calembours boiteux et misérables farces sans fondement.

Je suis là perdu dans une nouvelle manifestation délirante à la recherche de mes amis, de l’endroit de mes rêves, ou plutôt des rêves de mes amis pingouins, et surnage dans un océan de désespoir. Car, voyez-vous, l’auteur de ces propos souhaite vous faire croire qu’un simple avatar du destin, une succession de hasards improbables, un faisceau de divergences, pourraient aboutir à dérégler des systèmes aussi précis et parfaits que les ordinateurs dont il s’agit, qui ont été conçus par des machines elles-mêmes réglées par des esprits non point chagrins ou mesquins mais géniaux, attentifs au contrôle total de la bonne ou mauvaise fortune, et provoquer les erreurs dont il a été fait référence ici ou ailleurs. C’est impossible vous le savez bien !

Nous devions aller à Arezzo en Italie et nous voici dispersés à Arreso au Danemark, Areso en Espagne, et Arezo en Iran.

Plus encore, lorsque je me suis éveillé ce matin, j’ai constaté que je n’étais pas vraiment en Iran comme je le pensais mais dans une accumulation de sites provenant de ces trois endroits distincts, un cumul de lieux, de choses, de gens, de mémoires, et d’objets. Il doit en être de même pour mes amis absents.

Je suis avec un des trois pingouins au bord d’un lac salé, avec un amoncellement de maisons à colombage, peut-être basques, des nains de jardin qui flottent sur des étendues d’eau, des lacs, peut-être danois, des paysages bouleversés présentant à la fois l’aspect de collines parsemées d’objets innombrables et déroutants, et de plaines gelées par le sel et le granit. Il y a également des pics neigeux au lointain et une foule bigarrée de gens de tout âge, constitution, langues, taille, genre ou aspect, vêtements et âmes, toujours ces fichues âmes qui me hantent moi l’athée, et qui passent en une longue file ininterrompue marchant à la queue leu leu la tête basse comme s’ils fuyaient un danger lointain mais certains.

Ceci est absurde.

Il n’est tout simplement pas possible que des mécanismes parfaits imaginés, conçus, réalisés, développés, construits et dispersés dans le monde entier par les esprits les plus créatifs et intelligents qui soient puissent se dérégler ainsi.

Donc, l’erreur ne peut pas leur être imputée.

Soyons absolument clair : si Maria au regard si beau que je m’y perd toutes les nuits, la jeune fille au foulard rouge perdue dans notre histoire à son corps et esprit défendant, la machine à gaz rondouillarde à tendances politiciennes, les trois pingouins et par extrapolation le yéti anarchiste et l’extincteur fort sage, se retrouvent ainsi dispersés aux quatre vents, sans possibilité de contact, dans une réalité à nouveau incompréhensible, au milieu de gens terrifiés et abominablement marqués par les évènements, ceci ne peut être le fait de celles ou ceux, les parfaits, je dis bien les parfaits je vous prie d’être attentifs car ceci est d’importance, qui ont conçus ces mécanismes, les créateurs ultimes. Non ! L’erreur ne peut leur être imputée et, s’il devait y en avoir eu plusieurs aucune d’entre elle ne saurait leur être imputable.

Ni coupable ni responsable.

Il ne saurait y avoir en conséquence que quatre responsables possibles :

(i) les pingouins et autres animaux similaires qui ont été incapables d’utiliser correctement les machines si délicates et sublimes, implacables dans le lent et long déroulé de leur splendeur,

(ii) la nature qui a laissé ces volatiles s’incruster en ce lieu et temps bien précis,

(iii) Maria dans l’esprit de laquelle cette idée particulière, destructrice au demeurant, a émergé,

et (iv) votre serviteur qui ne cesse de se perdre dans les méandres d’une vie qui le guide au lieu de l’inverse.

Bref, celles et ceux qui sont responsables ce sont ceux-là et avouons-le, ils ont été punis de la pire des manières. Tant pis pour eux.

Il ne faut jamais, je vous en prie écoutez-moi, ne trahissez pas d’hésitation à cette lecture, il ne faut jamais désespérer des mécanismes que le génie créatif de l’humain compose car celui-ci, pour autant qu’il soit épaulé par la bonté philanthropique d’entreprises justes, honnêtes, modestes, et généreuses et appuyé par un pouvoir politique ayant le seul intérêt de la réalisation pleine et entière des droits, libertés et bonheur des individus, celui-ci disais-je ne peux pas se tromper.

Ce serait arrogant que de soutenir ceci, et pas l’inverse.

Donc, me voici encore une fois perdu, au milieu de ces gens qui fuient, dans un mille-feuilles de réalités improbables, sous une avalanche d’objets qui se mélangent et sont indiscernables, indéchiffrables, inconnus, indifférenciables, dans des lieux qui pourraient être n’importe où, dans un nulle part ou un sans-pareil espagnol, italien, iranien ou danois ou allez donc savoir où, et je me trouve paralysé, l’esprit obnubilé par ces choses que je ne comprends que difficilement, observateur imbécile d’un composé de réalités qui le dépasse, et surtout, dans l’impossibilité totale de vous parler de ce que vous souhaiteriez que je vous parle.

Vraiment, je suis confus, décalé, isolé, loin de votre réalité.

J’ai même failli, je l’admets honnêtement, mettre en doute l’infaillibilité des grands esprits, les choix géniaux des grands créateurs, les constructions des grands architectes, et les réalisations des politiciens et industriels philanthropes. Heureusement, je me suis repris et j’ai rédigé hâtivement cette confession.

J’espère que vous me pardonnerez un peu.

Je vais maintenant m’empresser de rejoindre cette file infinie de gens qui fuient et me soumettre avec eux au diktat du destin et à la bonté de ceux et celles dont j’ai mis en doute, inconsciemment et silencieusement, la justesse des déductions et des montages, je suis avec les premiers, en esprit tout au moins, car ce que je décris n’est qu’un aspect d’une réalité qui vous le savez n’existe que dans mon imaginaire et certainement pas dans le monde où nous vivons.

Dont acte.

Soyons tristes, des clowns, des marionnettes, des pantins, et des funambules tristes, des humains en quelque sorte.

 

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