Lecture gratuite en cette fin de semaine


Des couloirs sans fin, des escaliers ne menant nulle part, des tunnels dans la mer, des falaises de marbre blanc, un océan sur lequel marche le narrateur, une ville en carton-pâte, des personnages qui n’entendent pas, d’autres qui ne disent rien, un procès impénétrable, des pingouins sans bec, un enfant qui explique l’incompréhensible sans être écouté, des navires rouillés dans un désert, des images dépourvues de sens, voici ce qui attend le lecteur, des propos énigmatiques jusqu’à la dernière page, ou plus exactement l’avant-dernière, avant que l’auteur ne tire sa révérence, pour le meilleur ou plutôt le pire.

Seul en Enfer

 

seul en enfer - couverture

 

 

 

Pour celles et ceux qui souhaitent reprendre la lecture des aventures du grille-pain existentialiste et de ses amis…


erranceUn grille-pain existentialiste, une autruche volante et trébuchante, un narrateur perplexe, une femme dans le regard de laquelle il se perd constamment, une autre femme, ou peut-être la même, aux manteaux ou cheveux rouges, une machine rondouillarde politicienne, des pingouins aux lunettes roses admirateurs de Piero della Francesca en quête de la Chapelle d’Arezzo pour proclamer son indépendance et beaucoup d’autres personnages encore, errent dans un monde inconnu entre des temples bouddhistes d’un pseudo Copenhague, des chalets alpins d’une possible Bangkok ou d’une improbable Mer d’Autriche liquéfiée.

Commencez ou reprenez la lecture ici: Une errance improbable

D’un entretien qui ne se déroule pas exactement comme on s’y attendait…


D’un entretien qui ne se déroule pas exactement comme on s’y attendait…

 

Les trois humains se trouvent dans une pièce quadrilatère blanche meublée d’une table carrée et de chaises, blanches elles aussi, il n’y a rien d’autre, la lumière est diffusée de manière indirecte par la phosphorescence des murs et des objets.

 

Une femme est assise en face d’eux et leur précise qu’elle ne dispose que de quelques minutes tout au plus pour les entendre. Elle leur rappelle que toutes les propositions faites doivent répondre aux critères définis dans une circulaire de type xwc/4 mais dans ses versions impaires seulement. Elle ajoute que la compagnie dont elle est l’une des dirigeantes subalternes de catégorie trois est prête à envisager toutes les formes de coopération imaginable pour autant qu’une relation inversement proportionnelle puisse être établie entre les gains potentiels et les frais envisagés. Des développements novateurs sont possibles tels que jeux à haute valeur ajoutée et forte impression médiatique, conflits localisés en milieux densément urbanisés ou large distribution de produits porteurs et diversifiés parmi les éléments les plus jeunes de la société.

 

Elle se tait. Le silence s’installe. Elle ne les regarde pas.

 

Ses yeux fixent un écran placé très exactement devant elle, ce qui empêche les trois humains de distinguer son visage avec précision. Des listes chiffrées, des références de matériels divers, des cartes géographiques coloriées se succèdent tandis que le silence se diffuse.

 

Maria au regard naturellement fort perçant est circonspecte, plus que perplexe. Elle se racle la gorge puis demande avec une timidité qui ne lui est pas habituelle plus de précisions sur le potentiel de croissance qu’elle discerne et sur la contribution envisagée de la part du groupe qu’elle représente.

 

La dirigeante subalterne ne détourne pas son regard de l’écran et précise d’une voix monotone et d’un ton saccadé: conflits internes de toute catégorie, guerres civiles à fort potentiel de dégénérescence, conflits larvés entre deux ou plusieurs nations pour autant que la possibilité de transformation en conflit ouvert est tangible, conflits ouverts mais croissants en intensité, conflits régionaux avec implications externes fortes sans recours à des moyens de règlements pacifiques des différends.

 

Maria ne sait que dire, ni que proposer. Le silence devient intense et gênant.

 

La dirigeante subalterne lève son regard vers elle et lui demande ce qu’il en est, elle rappelle ne pas avoir beaucoup de temps à leur consacrer et que des conglomérats chimiques, sidérurgiques, pétroliers, agroalimentaires, miniers ou autres sont légions et attendent parfois des mois avant d’obtenir un entretien de cette nature et que lorsque celui-ci est enfin organisé elles font preuve d’innovation dans la gestion des dérivés conflictuels de toutes natures.

 

La jeune fille au manteau rouge prend la parole, elle parle des populations locales du pays d’où elle provient, elle souligne leur labeur et les soubresauts calamiteux dont ils ont été les témoins, sujets et victimes au cours des dernières décennies et indique qu’il est plus que temps que les soutiens extérieurs aillent non plus là où les ressources se trouvent et la puissance se cache mais dans les projets durables, les infrastructures pouvant assurer un niveau de vie suffisant à la majorité de ses concitoyens, des hôpitaux, des écoles, des marchés, des routes, des gares, des entrepôts, des hospices et tout autre équipement permettant de soutenir ensuite la production de biens et d’équipements et l’enrichissement de la société dans son ensemble.

 

La responsable subalterne hausse les épaules et demande de quel pays il s’agit, puis se reprenant avec une forme d’impatience légèrement retenue, rappelle que ce qui compte c’est l’épanouissement des désirs et plaisirs humains, que toute vie se terminant au même endroit, dans un vide absolue et sans fin, le chemin y conduisant devait être aménagé pour satisfaire aux souhaits des gouvernants des premières catégories, que l’humain ne cherchait jamais autre chose que le plaisir ou la survie par peur de la mort et que si l’on ne pouvait lui donner l’un ou l’autre, le dernier suffisait et qu’il serait hypocrite de laisser la souffrance se perpétuer lorsque la possibilité existait d’assurer à chacune et chacun un plaisir même éphémère, que l’essentiel était d’assurer une telle ivresse passagère à tous, chacun selon ses capacités, une heure, une journée, un mois, une année ou une vie, que la durée n’avait en fait qu’un importance limitée dans la mesure où au bout du compte toutes et tous finiraient par se décomposer en compost salvateur pour la gente végétale, et que si ces explications étaient jugées utiles il serait opportun de décrire (i) le pays en question, (ii) les ressources disponibles, (iii) la propension des autochtones à sombrer dans la violence, les revendications sociales ou similaires, la capacité de résistance et le niveau d’obéissance aux ordres des élites (iv) la composition ethnique de la société, (v) la nature des conglomérats industrio-humanitaires présents, (v) le degré d’épanouissement, corruptibilité, et éducation des élites, (v) les ressources présentement distribuées auxdites élites et la marge de progression disponible en rapport avec la proportion des sommes détournées mises à la disposition des individus de catégories dix ou supérieure.

 

Le silence reprend, s’étend, se prolonge et se propage.

 

Elle regarde à nouveau son écran.

 

La jeune fille est choquée mais ne dit plus rien. Maria au regard habituellement si intense se terre dans une apathie atypique.

 

L’homme hagard se lève, arrange les différents objets hétéroclites dans sa charrette que pour une raison ou une autre il continue de tirer derrière lui et annonce à la responsable subalterne que l’entretien était terminée, qu’ils étaient désolés d’avoir abusé de son temps, que le pays d’où ils provenaient se trouvaient dans les profondeurs de la Mer d’Autriche et que la ressource principale disponible était une eau vaguement salée et inexploitable, que la population locale était composée en majorité de poissons et crustacés et que les rares humains qui s’y aventuraient appartenaient à la race des pêcheurs étrangers, qu’en conséquence de quoi même s’il était envisageable de corrompre les oursins ceci ne pouvait qu’être un projet à long terme peu conciliable avec les intérêts de l’entreprise dont il s’agissait.

 

Le silence s’établit à nouveau, cristallin et léger.

 

La femme consulte son écran puis se lève, les salue brièvement, et ferme la porte derrière elle.

 

Ils se retrouvent seuls. Il n’y a plus d’autre son que celui de leur respiration.

 

Les regards des uns et des autres sont rougis par la honte, la peur, l’épuisement mais ceci ne laisse pas de trace autre que morale et intérieure.

 

Les objets autour d’eux sont blancs, immaculés, purs, l’image de la perfection dans un monde sans aspérité aucune.

§533

D’un parallépipède blanc, d’unités de production et des couloirs sans fin…


D’un parallépipède blanc, d’unités de production et des couloirs sans fin…

 

Les trois humains se trouvent face à un immense parallélépipède blanc de 1789 mètres de long sur 1792 de large avec une hauteur approximative de 89 mètres.

 

La structure brille intensément, reflétant les rayons du soleil réverbérés par les tuiles de céramique la recouvrant. Il n’y a pas de fenêtre, pas d’aspérité, pas de détail extérieur si ce n’est au centre de la façade leur faisant face une porte double de la taille habituelle c’est-à-dire totalement inadaptée à un bâtiment de cette nature et taille.

 

Il n’y a qu’une seule indication écrite en caractères noirs sur fond blanc sur une plaque de format A4 – paysage fixée aux deux-tiers de la hauteur de la porte : Périmètre productif automatisé du Conglomérat industrio-militaire Jacobson, Miller et Fred II. Interdiction d’entrer. Ne pas sonner.

 

Les trois humains regardent la façade luisant au soleil, notent qu’aucun passage, route ou chemin ne permet de contourner ce volume impressionnant et entendent les vociférations du parvis des religions derrière eux. Ils craignent que tôt ou tard les empoignades qui la caractérisaient ne débordent sur le parking, ou équivalent, un énorme carré noir sans voiture ou camion mais avec lignes jaunes et blanches caractéristiques d’un tel lieu.

 

Ils sonnent et, en l’absence de toute réponse, ouvre la porte qui saisit cette occasion pour ne pas grincer et obtempérer sans autre forme de procès ou louange. A l’intérieur, pas de réception ni d’accueil, pas d’individus violents, insolents ou menaçants pour leur enjoindre de faire demi-tour, personne, des couloirs blancs et brillants, une lumière ne provenant d’aucun plafonnier ou éclairage mural mais d’un sol quasiment transparent émettant une lueur mate, pas de signes aux murs, pas de bruit si ce n’est un vague ronronnement qui pourrait être celui d’un climatiseur, pas de musique mièvre façon salle d’attente d’un cabinet musical pro-zen.

 

Ils n’ont d’autre choix que d’avancer dans le couloir leur faisant face. L’homme d’évidence compte ses pas mais en catalan pour une raison qui n’est intelligible que par lui. Il tient de manière quasiment enfantine la machinerie posée sur son épaule droite avec son index gauche.

 

Les deux femmes marchent comme à leur habitude devant lui.

 

Le couloir fait à peine trois mètres de large et de haut mais ne semble jamais s’interrompre vers l’avant. Ils marchent et de temps à autres se trouvent dans une pièce de superficie double dans lequel vient se greffer un couloir perpendiculaire de même taille, complexion, forme et nature.

 

Maria dont le regard est à nouveau intense et profond explique à l’attention de la jeune femme au manteau rouge qu’ils prendront chaque fois le couloir de droite puisque ceci constitue la meilleure manière de sortir d’un labyrinthe. Ils procèdent de cette façon. Les couloirs s’ouvrent les uns après les autres, toujours de même longueur s’ouvrant sur des pièces un peu plus larges traversées par d’autres couloirs perpendiculaires, pas de meuble, pas de panneaux d’affichage, pas d’humain, pas de machine et encore moins d’animaux. Tout est blanc, d’un blanc parfaitement Spielbergien.

 

Finalement, après 1 heure et 23 minutes de marche ininterrompue, les trois humains et leur chargement dérisoire s’arrêtent dans une des petites salles précédemment mentionnées. Nul ne demande à Maria si par le plus grand des hasards elle aurait pu commettre une légère erreur dans son cheminement. Ils s’asseyent et grignotent quelques sablés achetés à l’extérieur, près des chutes et du jeu sidérant.

 

Puis, soudainement, aussi naturellement que la bruine dans un paysage atlantique, une femme vêtue de blanc surgit de nulle part et leur demande de les suivre. Elle se présente comme étant Ann Beatriz Clara. Elle n’attend pas de savoir leurs noms ou raisons de leur présence.

 

Elle marche rapidement puis arrivée à mi-chemin entre une salle et une autre elle s’arrête, fait face à un mur et appuie longuement sa paume droite, ce qui provoque un léger soufflement et l’apparition d’une porte coulissante. Le petit groupe franchit le seuil et se retrouve dans un immense hall, blanc naturellement, en perpétuel mouvement, des murs ou parois blanches bougeant, se frottant l’une contre l’autre, s’élevant ou s’abaissant, et, par moments, des sifflements secs et des objets chromés tombent lourdement sur des socles carrés blanc puis disparaissent dans des sortes de tiroirs longs, vibrants et se mouvant rapidement, des objets qu’ils ne parviennent à identifier, peut-être des armes, peut-être des écrans de télévision ou du matériel informatique, en tout cas des machineries neuves et lustrées, contrastant avec le blanc immatériel ambiant.

 

Tout est quasiment silencieux.

 

Il n’y a, à part eux, aucun individu, aucune forme organique, aucune couleur. Tout bouge perpétuellement mais sans apparente signification. La femme qui les guide leur demande sèchement mais poliment de les suivre ajoutant que le temps leur est compté et que la responsable de catégorie quatre désignée pour interagir avec eux les attends depuis 7 minutes et 44 secondes et ne disposera que de quelques minutes, vingt-trois pour être exact, pour les écouter.

 

Ils marchent le long de la salle qui selon le deuxième panneau qu’ils découvrent maintenant est une unité de production de niveau 7 et accessible aux seules catégories 5 à 8 ou aux non-identifiés invités. Les diagonales, perpendiculaires et parallèles bougent uniformément et les objets chromés apparaissent à intervalles réguliers puis disparaissent tout aussi rapidement.

 

La jeune fille au manteau rouge demande à la guide de quelle production il s’agit et celle-ci répond armes légères mécrobiotiques et servo-contrôleurs mixtes de régulation interne s-7 troisième génération.

 

La marche se fait un peu plus rapide et au bout de la salle, de la même manière que précédemment le groupe franchit un mur pour se retrouver dans un couloir parfaitement similaire aux précédents. Maria demande s’ils sont revenus au point de départ. Ann Béatriz Clara répond qu’il n’en n’est rien. Ils tournent sur la droite le long d’un couloir blanc, tournent à droite une fois puis tout droit et à gauche et franchissent une autre porte dissimulée dans le mur pour se retrouver dans une autre unité de production parfaitement similaire à la précédente mais avec l’ajout d’une lumière ocre diffuse et de tapis roulant blanc sur lesquels des objets cubiques, blancs sur quatre faces et chromés au sommet.

 

Sans attendre leur question la jeune femme leur indique qu’ils se trouvent dans l’unité de production de niveau 127 et que les objets produits sont des surrifleurs à recharge multiples pour usage prolongé en guerre civile larvée ou patente.

 

Après une autre marche de cette nature et des circonvolutions similaires, les trois humains et leur accompagnatrice se trouvent enfin devant une porte transparente cette fois-ci.

 

La jeune femme les invite à pénétrer dans le bureau de la responsable désignée pour les accueillir puis s’efface sans bruit. Les trois humains se regardent l’un l’autre, hésitent, mais finissent par prendre la seule décision possible, celle d’entrer…

§2254

Du conflit des religions dans un monde dénué de sens


Du conflit des religions dans un monde dénué de sens

 

Les trois humains interrompent leur marche.

 

Ils sont parvenus au seuil d’un gigantesque parvis, une place immense, en dalles blanches et noir façon Vermeer éclaboussées de soleil et inondée de perles de pluie projetées par les chutes du Niagara omniprésentes quoique invisibles en cet endroit particulier.

 

Des grappes humaines évoluent telles des colonies de fourmis, défilent avec panneaux à la main, cris en primes, haranguent des foules absentes, se défient les unes les autres par slogans interposés. Des chants impromptus surgissent par intermittences des bouches en cœur et des regards flous contemplant le ciel pour l’heure dégagé, des larmes de bonheur, d’ingénuité, de soumission, ou de contrition imbibant leurs paupières puis se fanent et sont remplacés par d’autres semblables en apparence mais probablement différents pour les connaisseurs, amateurs ou spécialistes.

 

Les trois humains ne sont ni l’un ni l’autre. Ils regardent ces marées humaines qui se rencontrent à peine mais lorsqu’elles le font se chamaillent verbalement avant de se ruer de coups et de s’arracher les vêtements, se mêler les uns avec ou dans les autres et finalement se broyer les membres, se crever les yeux ou s’arracher les membres externes puis jeter le tout vers le ciel en criant ‘rédemption, rédemption, rédemption’. La violence constitue la colonne vertébrale de cette société extrême.

 

Les trois humains essaient de progresser dans leur longue fuite en empruntant la voie la moins visible, la plus étroite, coincée entre quelques rangées d’arbre brûlés, le parvis et le torrent mais la vigueur des assauts des assaillants et assaillis est telle qu’ils doivent à plusieurs reprises s’arrêter, se cacher derrière des troncs salutaires puis reprendre leur course maintenant rapide. Ils ne cherchent pas à savoir ce que cette violence cache. L’homme qui hier est parvenu à extirper ses deux amies des griffes d’individus particulièrement pervers marche en tirant sa charrette dérisoire tout en tenant dans ses bras un bout d’extincteur, prêt à intervenir si les circonstances l’exigent. Son regard a retrouvé un peu de sa profondeur et ses gestes ont l’air un peu moins empruntés et lents qu’il y a peu. Les deux femmes conservent leur allure mais parlent moins ensemble. L’épisode de la veille les a marquées et elles ne souhaitent pas se retrouver en pareille situation. Leur démarche est cependant ferme et droite, ne semblant pas affectée en profondeur par les délires d’un monde sujets aux débordements les plus extrêmes.

 

Ils marchent sans ostentation, par à-coup presque, cherchant du regard les obstacles ou dangers éventuels et d’évidence souhaitent dépasser le parvis aussi rapidement que possible. Cependant, trois enfants habillés de pulls vert et jaune les aperçoivent et courent vers eux. Ils ont peut-être 7 ou 8 ans. Leurs visages sont naïfs et rondouillards, éclaboussés d’un sourire mielleux et brillant, des étoiles lustrant leurs dents blanches. Le panneau que le petit garçon tient fermement dans sa petite main indique : Payez moins, Priez plus, le salut est assuré à moindre coût chez les Parnassiens Sublimes et Divins (PSD – ccp No.33-333-33-333). Une petite fille, la plus jeune des deux, se présente, Marie Divine et Mélancolique, et leur indique que le salut est à leur portée, que les trois dieux majeurs, Jésus Mineur – le Messie renouvelé, Moïse Abraham Junior – le Gentilhomme, et Abdallah Mohammed III – le Retrouvé, ont choisi les Parnassiens Sublimes et Divins entre toutes les confréries et les ont inondés d’argent, bonheur et sexe pour le restant des temps à venir, jusqu’à l’apocalypse selon Saint-Justin. L’autre jeune fille opine du chef et répète certains mots en les psalmodiant : Jésus Mineur, Moïse Abraham Junior, Abdallah Mohammed III, Parnassiens Sublimes et Divins… Le petit garçon sourie humblement et prend la main de la jeune femme au manteau rouge tout en conservant son panneau dérisoire dans sa main droite.

 

Les trois humains les remercie et s’éloigne juste à temps pour ne pas être mêlés à une bagarre à venir entre ce petit groupe d’enfants et un autre de vieillards représentant les Frères et Sœurs des Justes Contrées Célestes qui se précipitent à leur rencontre en hurlant des slogans effrayants, mort à l’enfance, mort à la jeunesse, tuez-les tous car ils représentent la mort à venir, la décadence de l’humanité, les valeurs perdues, la fuite et la peur, mort à l’enfance, mort à la jeunesse. D’autres adultes surgissent, probablement les tuteurs et tutrices des trois jeunes gens et tirent à bout portant utilisant une sorte d’arbalète métallique.

 

Les trois humains se précipitent vers le bout de l’allée que maintenant ils distinguent mais trois jeunes femmes habillées de jupes blanches et transparentes, le torse nu et des fleurs roses dans les cheveux les attendent. Elles ne portent pas de panneaux, ne crient pas, ne disent rien du tout d’ailleurs, se tiennent la main et regardent vers le sol. Lorsque les trois humains les rejoignent, elles se mettent en ligne et leur tendent une feuille de papier blanche sur laquelle est écrit : nous sommes les vierges de talents, nous vouons notre vie au silence des sept dieux et déesses, des douze vierges écartelées, des onze moines éventrés, et des soixante-quatre représentants des castes mineures dévoués corps et âmes à la paix du monde. Remettez-nous votre cœur et votre âme en héritage et nous vous les rendrons au centuple. Confiez-nous votre foi et nous vous la ferons prospérer, 25% par an au minimum, auprès de la cour des comptes et calculs divers et mélodieux, pour les siècles à venir en l’attente de la paix sublime et ultime. Laissez-nous vos corps en dotation et nous utiliserons les bénéfices qu’ils procureront à l’avènement de la paix, du bonheur et de la joie ultime pour nos sept dieux et dieux et déesses, des douze vierges écartelées, des onze moines éventrés, et des soixante-quatre représentants des castes mineures dévoués corps et âmes à la paix du monde.

 

Maria au regard dont l’intensité n’a jamais failli les bouscule et tire derrière elle sa compagne et son compagnon. Elle ressent la présence d’une foule qui grouille et gronde et s’affermit tout en s’assaillant les uns les autres. Les risques sont grands qu’ils ne deviennent à nouveau les proies d’individus sans scrupule. Les trois humains courent et voient dorénavant un parking immense s’ouvrant peu après le dernier arbre et le dernier coin noir et blanc du parvis.

 

Un individu haut et aux cheveux bleus leur barre la route sans le vouloir, il est debout sur une valise blanche posée de travers, porte une toge à la romaine blanche, ses cheveux sont rasés, et un tatouage noir indique que dieu est mort mais les saints de retour, il exulte, saute sur sa pauvre valise qui n’en demande pas tant, et s’exclame de manière brouillonne, confuse et tourbillonnante : chez les Cœurs de Ciel, les dieux ont abandonnés le monde mais les Saints et Prophètes ont survécu au cours des âges ; il en existe dorénavant deux mille cinq cent trois, chaque jour de nouveaux surgissent ; pour la somme de 2345 dollars ou l’équivalent en organes humains ou nuits de sacrifice il est possible de donner son nom et son image à un Saint renouvelé et assagi ; il n’y aura pas d’apocalypse avant la naissance du dix millième Saint ; et la paix est sur la terre et dans les corps à défaut des âmes.

 

Marie se précipite sur lui et de façon peu orthodoxe le bouscule et le fait tomber à terre. Derrière elle, les dizaines de pèlerins d’églises diverses qui les poursuivaient se réjouissent et se jettent sur l’homme à terre et le gifle, le frappent avec des barres de fer ou des bâtons, le griffent, lui crachent dessus tout en revendiquant la primauté de leur église, croyance ou dogme, mais bientôt chacun réalisant être d’une autre chapelle que son voisin, la mêlée devient générale.

 

Restent trois humains essoufflés, soulagés d’avoir enfin dépassé le parvis des soupirs et de pouvoir déambuler presque tranquillement au milieu d’un parking noir d’ébène au pied d’un énorme cube blanc occupant tout l’horizon disponible.

 

Ils s’arrêtent et contemplent la scène, ils sont interdits, épuisés, ahuris…

§2107